Le tortionnaire jugé aux Assises : "Je suis restée pour pas qu’il tue mon garçon et moi"

"Pourquoi rester avec quelqu’un de violent ?" C’est la question que beaucoup se posent dans les cas de violences conjugales et c’est la question que le président d’audience a posée à la victime ce mardi. "Je suis restée pour pas qu’il tue mon garçon et moi", a-t-elle répondu.
Grégory Richard est jugé pour actes de torture et barbarie, viols et séquestration sur sa compagne à son domicile à Bellemène Saint-Paul du 1er au 6 août 2018. Six jours d’horreur passés à survivre, gagner la confiance de son bourreau avant de s’échapper et se rendre au plus vite à l’hôpital. Le médecin légiste affirmait ce mardi que les blessures correspondaient bien à son récit. Battue à coups de poings, de pieds, de gifles et de "bout de bois", trainée par les cheveux, attachée à une barre de fer, brûlée avec une cigarette, arrosée avec un jet d’eau, violée… La jeune femme était couverte d’hématomes, ses dents cassées et elle ne parvenait plus à marcher. D’autant plus que, pour rajouter à l’horreur, elle était enceinte.
Cela faisait six mois qu’ils se fréquentaient. Ils ont fait connaissance sur un site de rencontre avant qu’elle n’emménage chez lui, avec son petit de 6 ans, deux semaines plus tard. Puis la relation s’est montrée instable avec des jalousies et confiscations de téléphone. Un mois plus tard, il la frappait devant l’enfant ; le petit se prenant aussi une gifle au passage. "On est resté dans une cachette jusqu’au lendemain, puis je l’ai déposé chez mes parents", affirme-t-elle. Les larmes coulent à chaque mention de son petit garçon qu'elle décrit comme "traumatisé". La victime avait porté plainte, mais entre promesses de changer et menaces de mort, elle a fini par retirer sa plainte.
C’est par peur qu’il s’en prenne à ses parents et son fils qu’elle aurait accepté de vivre dans le garage de la maison de Grégory Richard, sans téléphone, télévision, réfrigérateur ou argent. "Je ne mangeais pas le midi parce que sa mère qui habitait à l’étage ne voulait pas". Une mère qui avait été condamnée pour non-assistance à personne en danger et nettoyage de scène de crime. "Quasiment prisonnière", a noté le président d’audience.
"On a l’impression que rien n’arrête monsieur Richard", en récidive
Pour l’accusé, c’était par choix que la victime demeurait en couple. "Pourquoi elle appelle pas la police si elle se sent menacée ?" demande-t-il. Il nie les viols ("relations consenties", selon lui) et assure n’avoir jamais frappé avec un morceau de bois : "Il faut dire les choses comme elles sont". Et en guise d’explication sur les violences : "J’ai pété un câble, je sais pas ce qui m’est arrivé". Réponse du président: "Des violences qui durent plus de trois heures, ce n’est pas péter un câble. C’est avoir le gout de la violence, aimer humilier. S’il faut dire les choses comme elles sont, c’est aussi se demander comment elle pouvait avoir envie de vous alors que sa bouche saignait et elle avait mal de partout ?"
L’hypothèse du "pétage de câble" est d’autant plus difficile à croire au vu de son casier judiciaire. Condamné pour les mêmes faits commis sur une ex-compagne en 2011. Sorti de prison en 2016, il était sous libération conditionnelle jusqu’au 31 août 2018, soit quelques mois après les faits. "On a l’impression que rien n’arrête monsieur Richard", conclut le magistrat. Le verdict est prévu mercredi.


