Le Port : braquage à main armée sur fond de trafic de stupéfiants

Un jeune homme de 20 ans à peine comparaissait ce mercredi 2 juillet devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de vol avec violence et de trafic de stupéfiants. Si l'affaire paraît simple au départ, elle montre en réalité un mécanisme d'agression d'une rare violence qui relève de faits criminels de violences avec arme. Ces faits sont jugés d'ordinaire devant une cour d'assises.
Tout débute le 7 mai dernier au Port. Un couple de jeunes dépose plainte pour une agression par deux hommes cagoulés dont un détenait une arme. Le jeune homme prétend avoir reconnu son agresseur. Il est tenu par le premier pendant que le deuxième le braque avec une arme de poing sur la tempe. Ils lui volent sa sacoche et décampent. Sa compagne fuit en voyant l'agression. Il explique qu'il a ensuite reçu un message lui disant où était son bien. Il la récupère sans l'argent et le téléphone qu'elle contenait. Il a des soupçons sur un dalon qu'il devait voir au même moment pour "fumer un joint".
Un achat de 100 g de cannabis
Les investigations mènent à Ivan B., qui est interpellé quelque temps plus tard. En audition, il reconnait l'agression avec l'arme et le vol, mais donne une autre version des faits. Il confirme un rendez-vous avec la victime, mais pour deal de drogue. Il est question d'un achat de 100 g de cannabis pour une somme de 2.000 euros. Il sait qu'il n'a pas la came, mais décide de donner rendez-vous à son acheteur. Pour assurer son plan, il demande à son neveu mineur de l'accompagner. Il est aussi interpellé plus tard. Les enquêteurs décident de perquisitionner chez lui et là, c'est le jackpot. Ils y trouvent deux fusils dont un de chasse à canon scié considéré comme létal. L'arme de poing n'est pas retrouvée.
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Ivan B. se met à table. Il explique qu'il gère un trafic de stupéfiants pour le compte d'un individu qu'il refuse de balancer. Il indique qu'il deale 100 g de cocaïne par mois, ce pourquoi il est payé à hauteur de 4.000 euros et qu'il a touché environ 50.000 euros depuis un an et demi. En effet, les enquêteurs saisissent 3.490 euros, un poket-bike, une game boy et un téléphone dernier cri à son domicile. Il a à peine 20 ans, ne travaille pas et est déscolarisé depuis la 3ᵉ. Il balance que son neveu deale aussi, mais ils ont chacun leur business. Mineur, le neveu est jugé au tribunal pour enfants.
"4.000 euros, ce n'est pas une grosse somme"
À la barre, c'est un jeune homme fluet qui s'exprime avec une parole enfantine. Il reste sur ses déclarations et reconnait les faits à l'exception de la cagoule : il portait un sweat à capuche et avait le visage découvert. Il affirme que l'arme était factice. Il explique que la victime n'est pas non plus une oie blanche puisqu'il la décrit comme étant aussi un dealer. Pour la petite histoire, la victime a accepté la correctionnalisation des faits, mais elle ne s'est pas présentée à l'audience. Concernant ses revenus issus du deal, le prévenu lâche au tribunal que "4.000 euros, ce n'est pas une grosse somme". La présidente lui rétorque que "le Smic est à 1200 euros pour des gens qui se lèvent travailler tôt le matin", et questionne : "Mais pour vous, 4.000 euros, ce n'est rien ?". "Oui", assume le prévenu.
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Étonnée par le propos du prévenu, la procureure relève "le contraste entre sa parole presque enfantine et la gravité des faits reconnus". La magistrate fustige "une attitude de gangster, une absence de recul et des faits totalement assumés". Le ministère public estime qu'il s'agit "tout simplement d'un braquage", et requiert une peine de 3 ans de prison dont 1 de sursis, 8.000 euros d'amende, la confiscation des scellés et un mandat de dépôt. "C'est un profil de gangster qui vient avec des intentions de violence et agit avec sang-froid", conclut la procureure.
"Il a agi sous l'influence dévastatrice de gros trafiquants"
"Oui, il y a un contraste énorme entre son parcours de vie, son absence de casier et la gravité des faits", rétorque la défense. "C'est un jeune homme extrêmement introverti et qui a eu une enfance difficile. Il est à noter qu'il a collaboré et a tout exposé dès le début. Ces trafics ont toujours pour excuse l'argent facile. Il a agi sous l'influence dévastatrice de gros trafiquants, lui n'est qu'une petite main", indique la robe noire qui conclut : "La victime est moins sincère que lui, pour preuve, elle n'est pas là aujourd'hui".
Tenant compte de la gravité des faits qui auraient pu être jugés devant une cour d'assises et du profil inquiétant du prévenu, le tribunal prononce une peine plus lourde que les réquisitions. Le prévenu est condamné à 4 ans de prison dont 1 an de sursis, 5.000 euros d'amende et prononce un mandat de dépôt à son encontre.


