Le Parlement européen met la pression à Madagascar

C'est en son palais à Strasbourg que le Parlement européen s'est réuni le 12 février dernier pour débattre d'un certain nombre de résolutions d'urgence concernant la Grande Ile. Dans le texte qui a été publié et repris sur le journal en ligne madagascar-tribune.com, le Parlement européen est ferme sur sa position et considère que l'instabilité politique qui règne aujourd'hui sur la Grande Ile est la conséquence d'un "coup d'État" d'Andry Rajoelina, l'actuel président de la HAT (Haute autorité de transition), ce qui a conduit le pays "dans une situation précaire tant sur le plan socio-économique qu'humanitaire".
Ainsi le Parlement européen :
1. "réitère sa condamnation énergique du processus de la prise de pouvoir à Madagascar par M. Rajoelina, en violation flagrante des dispositions de la constitution malgache, ce qui constitue bel et bien un coup d’État ;
2. condamne fermement la décision de M. Rajoelina d’annuler la nomination d’Eugène Mangalaza comme premier ministre, installé après un accord de partage de pouvoir entre tous les partis politiques au mois d’octobre 2009 ;
3. condamne fermement la décision de M. Rajoelina de boycotter la troisième série de négociations à Maputo au mois de décembre et de se retirer des discussions sur le partage du pouvoir ;
4. demande instamment la mise en œuvre des Accords signés à Maputo et à Addis Abeba conduisant à la restauration d’un gouvernement constitutionnel ;
5. condamne la répression systématique de l’opposition, la censure des médias et l’intimidation et l’arrestation systématique de journalistes, les arrestations et tortures des civils, d’hommes politiques et la détention sans inculpation et dans des lieux inconnus de nombreuses personnes ; demande la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques et l’annulation des procédures judiciaires contre ceux-ci ;
6. exprime sa profonde préoccupation quant à la disparition de plusieurs centaines de personnes dont une centaine d’enfants et d’adolescents ;
7. réclame une enquête internationale indépendante sur tous les meurtres politiques à Madagascar, toutes les violations des droits de l’homme et tous les actes de répression perpétrés par les forces de sécurité et l’armée ;
8. désapprouve toute tentative de M. Rajoelina d’organiser unilatéralement des élections en mars 2010 et ne soutient que des élections préparées par un gouvernement consensuel et inclusif tel que prévu dans la Charte de Maputo et l’Acte additionnel d’Addis-Abeba, et conformément au calendrier électoral et après consultation du peuple malgache ; demande, par conséquent, à la Commission et aux États membres de n’envoyer une mission d’observation des élections que dans le cadre défini par les Accords de Maputo et d’Addis-Abeba ;
9. est convaincu que l’accord de Maputo et l’Acte additionnel d’Addis-Abeba sur Madagascar est le seul cadre possible d’une solution à la crise politique à Madagascar ; considère que le dialogue constructif est la seule manière viable d’aboutir à une solution politique de la crise ;
10. demande la mise en place rapide du processus de désarmement et de dissolution des milices en vue de rétablir une armée républicaine ;
11. demande qu’en cas de non-respect des engagements pris à Maputo et à Addis-Abeba, des sanctions individuelles et ciblées soient prises sélectivement à l’encontre des dirigeants actuels de la Haute Autorité de Transition (HAT) qui font un blocage délibéré ;
12. demande que des poursuites judiciaires soient engagées contre des auteurs présumés de pillage des biens privés, des biens publics et des ressources naturelles de Madagascar ; demande à tout gouvernement intérimaire de Madagascar de ne conclure aucun accord ou contrat avec d’autres pays ou entreprises portant sur les richesses naturelles et le patrimoine national, avant que des élections ne soient tenues et que la population malgache n’octroie un mandat légitime à un nouveau gouvernement ;
13. demande à la communauté internationale et à l’Union européenne d’accroître leur aide humanitaire en faveur du peuple malgache ; rappelle que le rétablissement progressif des programmes de coopération avec Madagascar est conditionné par la mise en place des institutions de la Transition conventionnelle du gouvernement consensuel et inclusif conformément à la Charte de Maputo et à l’Acte additionnel d’Addis-Abeba, et par le respect intégral de l’ensemble des principes démocratiques et des libertés fondamentales ;
14. soutient les efforts de l’ancien Président de la République du Mozambique, M. Joachim Chissano, médiateur de la Communauté de développement de l’Afrique australe dans ce processus ; et demande aux quatre mouvements politiques à Madagascar de revenir immédiatement à la table des négociations pour convenir d’un agenda politique pour des élections justes, démocratiques et transparentes en 2010 ;
15. demande à l’Union africaine, à la Communauté de développement de l’Afrique australe et au groupe international de contact de mener le processus de transition à bonne fin ;
16. demande à la Commission de rendre compte au Parlement européen de l’évolution du processus de consultation en cours avec Madagascar à la suite de l’application de l’Article 96 de l’Accord de Cotonou ;
17. charge son Président de transmettre la présente résolution à la Vice-Présidente/Haute Représentante de l’Union européenne, à la Commission européenne, au Conseil de l’Union européenne, au Conseil ACP-UE, au Secrétaire général des Nations unies, à la Communauté de développement de l’Afrique australe, au Président Joaquim Chissano et à la Commission de l’Union africaine".
Dans un communiqué, le président de la HAT, Andry Rajoelina, dit "avoir pris acte avec regret" de ces résolutions et considère qu'elles ont été prises de manière "unilatérale".
Un nouveau GIC (Groupe international de contact) est par ailleurs prévu à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 18 février prochain pour discuter de la Transition à Madagascar et d’un éventuel retour à la table des négociations.


