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Le mystère de la disparition de Mathieu Caizergues, presque intact depuis huit ans

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 23 juin 2025 à 07H31

Pas de corps, pas d'odeur suspecte et pas la moindre trace tout court... Beaucoup de questions et peu de réponses. Mais des zones d'ombre. Beaucoup de zones d'ombre. La disparition du gendarme Mathieu Caizergues, le 23 juin 2017 à Mafate, est l'une des plus mystérieuses que La Réunion n'ait jamais connue. Rappel des faits.

Pour comprendre les ressorts de cette incroyable énigme, il faut se mettre dans les pas du jeune gendarme mobile de 24 ans. Le vendredi 23 juin 2017, Mathieu Caizergues part en randonnée avec deux autres hommes. L’un est gendarme comme lui, mais plus âgé et plus chevronné, car il est enquêteur à la brigade de recherches de Saint-Paul. L’autre est bon randonneur et mari d’une gendarme, collègue de travail de Mathieu.

Il est 9 h 30. Les trois hommes laissent leur voiture au parking du Maïdo pour descendre le sentier de Ti-Col. Le but est de rejoindre le gîte Thomas Judex de Roche Plate. Ils y sont à l’heure du déjeuner. Un repas bien arrosé, peut-être un peu trop. Puis ils repartent sous un ciel bleu, aux environs de 15 heures.

Très vite, Mathieu Caizergues, plus jeune et plus fougueux, chemine en tête. L’ordre de marche change vers 16 heures. Pascal, le gendarme aguerri, dépasse Mathieu, qui se retrouve pris en sandwich entre les deux. Une heure s’écoule encore avant que le premier de cordée arrive à Ti-Col, leur point de départ. Il est 17 heures.

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Mince échappatoire

Trente-cinq minutes plus tard, celui qui ferme la marche arrive à son tour. Sans Mathieu Caizergues. Comment est-ce possible ? Car il n’y a pas de chemin de traverse quand on remonte à Ti-Col. À gauche, une paroi rocheuse infranchissable et à droite, le précipice. La seule échappatoire est un sentier caillouteux, plat et sans issue. En cinq minutes à peine, il mène à une barrière en bois qui délimite le point de vue du Belvédère. L’absence de Mathieu Caizergues a beau être troublante, elle ne semble pas alarmer les deux autres randonneurs. Ils sont transis de froid et c’est cela qui les préoccupe.

Quand la nuit commence à envelopper le Maïdo vers 18 h 20, ils déplacent leur voiture dans le sens de la marche. Ils s’engouffrent à l’intérieur et mettent le chauffage à fond. Il n’est pas encore 19 heures quand les deux hommes décident de rejoindre Saint-Paul pour récupérer des vêtements chauds et recharger leur téléphone. Sans Mathieu, sans que l’un d’eux reste sur place, et sans avoir donné l’alerte. C’est incompréhensible ! D’autant que vers 18 heures, ils ont raconté leur mésaventure à un adjudant de la brigade de La Possession qui leur a dit de déclencher les secours. Et ils ne l’ont pas fait.

Sur la route du retour, les deux hommes s’arrêtent à l’épicerie Padre de Petite France pour tenter de recharger leur téléphone qui n’a plus de batterie. Mais le propriétaire n’a pas le cordon adéquat. Ils auraient pu en profiter pour passer un coup de fil et donner l’alerte. Mais non, ils continuent leur route.

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Toujours pas d’alerte

Quand ils arrivent enfin à Saint-Paul, il est 20 heures. Ils tentent à nouveau de joindre Mathieu Caizergues. Sans résultat. Alors, à 20 h 30, ils repartent avec des vêtements chauds. Direction le Maïdo.

Ce n’est qu’à 20 h 44 que le commandant de la compagnie de Saint-Paul est enfin prévenu. Pas par eux, mais par le gendarme de permanence de La Possession. Le PGHM est mis dans la boucle à 21 h 12. Cela fait plus de trois heures que la disparition de Mathieu est inquiétante.

La patrouille du PGHM, qui refait le trajet jusqu’au point de vue cette nuit-là, interrompt ses recherches à 2 h 30 du matin. Sans découvrir la moindre trace du gendarme mobile égaré.

Le 24 juin au grand matin, les secours s’organisent pour explorer les précipices et les abords du sentier entre Roche Plate et Ti-Col à la recherche de Mathieu Caizergues ou du plus petit indice susceptible d’orienter les investigations. Les abords du sentier et ses précipices sont passés au peigne fin par des pompiers, des militaires et des gendarmes. Des équipes cynophiles sont engagées sur le terrain.

Le 29 juin, un chien de race Saint-Hubert au flair exceptionnel est spécialement dépêché par avion à La Réunion, en provenance de la base de Gramat. Les survols avec drones et hélicoptères se multiplient dans le ciel de Mafate.

Des cordistes descendent en rappel le long des parois rocheuses qui bordent les quelques trois kilomètres de sentier. L’incessant ballet des hommes et des machines s’étire pendant plus de quinze jours. En octobre 2017, ce sont des chiens spécialisés dans la recherche de restes humains qui sillonnent Mafate pendant une semaine. Mais toujours sans l’ombre d’une piste.

Lire aussi : Disparition de Mathieu Caizergues : le timing de la funeste randonnée du 23 juin 2017

“Nous ne sommes pas loin d'avoir fait 100% du maximum”

Screenshot

Tous les secteurs de réception d'une chute ont été fouillés. Aucune trace de pénétration d'un corps dans la végétation et aucune remontée d'odeurs dues aux brises montantes journalières de ce secteur ne sont décelées”, indique un rapport du PGHM. A défaut d'indices, les fouilles sont élargies avec le ratissage de la route du Maïdo en descendant vers le Guillaume, couplé à une enquête de voisinage.

« Nous ne sommes pas loin d'avoir fait 100% du maximum dans le cadre normal d'un accident sur ce type de terrain et compte-tenu des possibilités de localisation restreintes. Tout ce qui était plausible et probable a été fouillé”poursuit le PGHM dans ses conclusions.

Tout ce qui était plausible et probable a été fouillé.” Et pourtant aucune trace de Mathieu Caizergues. Pas même un vêtement, sa casquette, ses lunettes de soleil, son téléphone ou son sac à dos. Rien de rien.

Les étapes clés de l'enquête sur la disparition de Mathieu Caizergues, entre le 23 juin 2017 et l'année 2021.

23 juin 2017 : disparition de Mathieu Caizergues.

24 juin : un important dispositif de recherche à pied, sur corde, dans les airs et avec des chiens est reconduit pendant plus de 15 jours.

26 juillet : les autres randonneurs sont placés en garde à vue. Ils sont visés par une information judiciaire ouverte pour mise en péril de la vie d'autrui.

4 au 11 octobre : trois chiens spécialisés dans la recherche de cadavres sont dépêchés à La Réunion.

22 juin 2018 : Mathieu Caizergues est déclaré officiellement décédé par le tribunal de grande instance de Saint-Denis.

11 juillet : les deux autres randonneurs sont mis en examen pour s'être volontairement abstenus de porter assistance à Mathieu Caizergues qui se trouvait en péril.

27 février 2020 : le Service central du renseignement criminel (SCRC) de Cergy Pontoise est saisi pour procéder à l'analyse du dossier d'enquête. Ils notent l'absence d'investigation sur le mari de la gendarme, un défaut de saisie de téléphone pour une analyse fine à l'IRCGN et l'absence d'une exploration en profondeur du précipice du Belvédère.

27 octobre : la chambre de l'instruction ordonne la saisie des portables des deux randonneurs aux fins d'expertise par l'IRCGN.

Juin-juillet 2021 : des cordistes sont mandatés pour explorer le précipice vertigineux du point de vue du Belvédère. 

Etiquettes : Maïdo

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