Le ministre face aux étudiants en santé : entre précarité et ouverture d’un cursus d’orthophonie

Après ses annonces sur le logement étudiant, sa visite à l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise et au Cirad, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste s’est rendu à l’UFR Santé de Saint-Pierre ce vendredi. Très attendu, il y a rencontré des étudiants venus partager leurs difficultés du quotidien et leurs inquiétudes quant à l’avenir de leurs formations.
Sur place, les échanges ont rapidement porté sur la précarité étudiante. “C’était un super échange, un échange très dynamique avec des questions qui étaient souvent très pertinentes et pleines de vie”, a salué le ministre avant de reconnaître l’ampleur du problème : “quand vous êtes étudiant et que vous êtes précaire, c’est très difficile de réussir, pour ne pas dire que c’est quasi impossible.”
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C'est le messages qu'ont en effet tenu à faire passer les étudiants dans un contexte où “le coût de la vie ici est plus élevé que dans l’Hexagone”. Pour y répondre, Philippe Baptiste a rappelé les dispositifs existants et rappelé les nouvelles mesures, dont la création de 700 logements étudiants supplémentaires d’ici 2030, avec “300 tout de suite, 400 qui vont arriver un tout petit peu plus tard”.
Il a également mis en avant des aides spécifiques aux territoires ultramarins. “Les étudiants ultramarins bénéficient de petits plus par rapport aux étudiants hexagonaux”, évoquant notamment des bourses majorées et des dispositifs comme la carte "CARE" d'aide à la restauration étudiante. “Il y a tout un ensemble de dispositifs, il faut les mobiliser”, a-t-il insité.
Des formations encore fragiles
Au-delà des conditions de vie, les étudiants ont exprimé leurs inquiétudes sur la stabilité des cycles de formation en médecine. Si le ministre a annoncé le lancement d’une mission d’accompagnement de l’Université de La Réunion, confrontée à un déficit de 6,3 millions d’euros, afin “d’aider l’Université”, dans les amphitéatres le manque de moyens humais se fait particulérement sentir.
Pour l'une des facultés la plus jeune de France, “la difficulté, c’est qu’on est dans une pleine période de rattrapage”, rappelle la doyenne de l’UFR Santé, la Pr Bérénice Roy-Doray. L’ouverture du deuxième cycle en 2023, rendue possible grâce au soutien de la Région, reste fragile. “On s’est retrouvés, il y a quelques semaines, avec aucun personnel administratif pour la quatrième, la cinquième et la sixième année. On a failli fermer ce deuxième cycle qu’on avait ouvert moins de trois ans avant.”, déplore-t-elle.
Face à ces tensions, le ministre a annoncé la pérennisation du deuxième cycle pour tous les étudiants à l’horizon 2029. Un objectif qui doit permettre, à terme, de garantir à chacun la possibilité de poursuivre ses études sur le territoire. “Le but du jeu, c’est d’avoir à très court terme la possibilité pour tous les étudiants qui le souhaitent de faire leur deuxième cycle ici”, a-t-il affirmé.
Un nouveau cursus d’orthophonie dès la rentrée
Autre annonce : le lancement d’un cursus d’orthophonie à La Réunion dès la prochaine rentrée. Une formation jugée essentielle localement.“Pourquoi c’est important d’avoir une formation en orthophonie ici ? Parce qu’il y a la question du créole”, a souligné Philippe Baptiste. “C’est un enjeu essentiel dans la rééducation.”
Un constat partagé par la doyenne de l'UFR Santé. Contrairement à certaines idées reçues, “on ne manque pas d’orthophonistes à La Réunion”, mais leur répartition est inégale, atteste la Pr Bérénice Roy- Doray. “Ils sont dans l’ouest, dans le sud. Il y en a très peu dans le nord et très, très peu dans l’est.” Il y a aussi la dimension linguitique qui est essentielle : "Je pense qu'on peut se débrouiller en médecine, en génétique comme moi, et ne pas savoir causer créole, même si maintenant, je le comprends. Je pense que pour suivre un enfant en orthophonie, pour suivre une personne âgée, il faut savoir kozé créole", assure la Professeure.
Cette situation pénalise les publics les plus vulnérables. “Nos enfants ou nos gramounes n’ont pas un accès égal à cette prise en charge.”
Un enjeu d’égalité pour les étudiants réunionnais
Au-delà des annonces, les attentes restent fortes. “Il va falloir très clairement que ça se traduise dans les faits”, insiste la doyenne. “C’est une question d’égalité républicaine.” Pour les étudiants, ces engagements devront désormais se concrétiser, alors qu’ils poursuivent des études “longues, compliquées, sélectives”, dans un contexte toujours marqué par la précarité, rappelle la doyenne de l'UFR Santé.


