Le jeune détenu qui a blessé un surveillant avec une lame de rasoir écope de 5 ans de prison

Avec cet objet, il avait réussi à atteindre l’un des surveillants. Ce dernier avait été blessé à un poignet, ce qui lui vaudra 21 jours d'ITT. Dans le dossier, son collègue l’accompagnait également comme victime.
Né en 2002, le détenu incarcéré depuis le 19 décembre 2022 comparaissait ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Champ fleuri en état de récidive.
En prison pour une première rébellion
Tout en reconnaissant les faits durant son audition, le jeune homme a pourtant essayé de justifier très maladroitement son comportement violent au moment de s’exprimer à la barre du tribunal ce vendredi. "La lame était dans ma poche, c’était un accident", clame le prévenu en regardant le président de séance.
Le jeune trublion n’en est malheureusement pas à son coup d’essai vis-à-vis de l’autorité. Ce qui l’a amené en détention, ce sont des violences sur des policiers, déjà, alors qu’il volait des letchis dans une école…
Face à lui, la parole du fonctionnaire est marquée par une douleur dans sa chair. "C’est un geste volontaire, réfléchi, calculé, effectué avec une grande froideur. Je ne l’excuse pas. Je tiens à le préciser, c’est de la violence gratuite. Ce n’est pas la première fois qu’il tente de sortir, il est connu pour ça !" lance la victime qui a subi "une plaie nette et profonde", indique le certificat médical.
Le jour de l’agression, le détenu avait passé le grillage pour aller dans une zone neutre afin de récupérer un colis lancé par dessus la clôture. "J’ai pas trouvé le colis parce que l’alarme a sonné. J’ai dit aux surveillants que je voulais rentrer seul et ils m’ont attrapé. J’ai utilisé la lame", raconte l’agresseur ajoutant qu’il avait trouvé la lame dans la cour.
Face à cette version, le surveillant rappelle à la barre qu’il était calme et que tout se passait bien au départ de l’interpellation. Arrivé à 15 mètres de la sortie, le surveillant indique avoir ressenti un picotement au poignet et c’est à ce moment-là qu’il s’est rendu compte qu’il avait était coupé par une lame. Toute la scène avait été captée par la vidésurveillance.
En plus d’un énième retour au palais de justice, l’agresseur en avait pris pour 30 jours en cellule disciplinaire.
A l'audience de comparution immédiate ce vendredi après-midi, la partie civile n’a pas manqué de souligner que "les faits étaient tout aussi graves qu’ils étaient imprévisibles". On se souvient que les syndicats de la pénitentiaire avaient d'ailleurs marqué le coup en débrayant dès le lendemain de cette agression.
Il était libérable en septembre
"Il commet un geste qu’il n’expliquera sans doute jamais. Un contexte de cumul des interdits : refus d’obéir et de retourner en cellule,… ses déclarations fluctuent. Il n’a pas fait exprès dit-il ? Il se moque de nous ! Il a agi avec une froideur déconcertante, il est dangereux. J’espère qu’il y aura une grande sévérité", réclame la partie civile. Dans l'esprit, elle sera suivie par le parquet qui parle à son tour "d’atteinte intolérable au regard de l’importance de la mission des surveillants" et confirme que ces violences sont bien "volontaires".
"La sanction doit être élevée. Il est déjà détenu pour des faits de violences et encourt aujourd’hui 20 ans au regard de la récidive. Le mode opératoire est particulièrement inquiétant et il n’y a aucune excuse du prévenu", retient le représentant du ministère public en requérant 5 ans de prison et une privation des droits civils et civiques pour une durée identique que la peine carcérale.
"Je tiens à présenter mon respect et ma sympathie envers les victimes. Ces faits sont graves et incontestables. J’ai la lourde charge de le défendre pour ces faits qu’il reconnaît. Comme il vous le dit, il était sous la pression d’un individu pour aller récupérer ce colis et cela ne m’étonne absolument pas connaissant bien l’univers carcéral", tente d’équilibrer l’avocat du prévenu. "Il était libérable en septembre et je ne comprends pas pourquoi il a commis cet acte inexpliqué. Il a sans doute subi la pression comme il le dit. Je vous demande d’assortir la peine avec une partie sous sursis probatoire renforcé pour qu’il puisse être suivi à sa sortie". Invité à prononcer un dernier mot, le prévenu finit par s’excuser et demande pardon.
Un mea-culpa bien trop tardif. Après en avoir délibéré, le tribunal l’a condamné à 5 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire avec maintien en détention. Une incarcération qui se poursuivra cette foi-ci au centre de détention du Port. Une peine assortie d'une obligation de soins et de travail. Son inéligibilité de 5 ans est confirmée. Cette condamnation vient s’ajouter aux deux mentions de son casier.
A l'issue de l'audience, le secrétaire départemental FO Justice Réunion-Mayotte informe que son syndicat réclamera prochainement que le condamné purge sa peine hors département. En attendant, Vincent Pardoux parle déjà d'une peine exemplaire :


