Le gouvernement de Michel Barnier est-il mort avant même d’être né ?

Le groupe EPR est le plus important de la majorité présidentielle. Ses députés, emmenés par Gabriel Attal, menacent de refuser de participer au futur gouvernement et pire encore, de ne pas le soutenir, si Michel Barnier persiste à vouloir augmenter les impôts de certaines catégories de la population, à savoir les contribuables aisés et les entreprises « profitables ».
Il faut dire que Michel Barnier n’y était pas allé avec le dos de la cuillère. Devant les journalistes ce matin, il a déclaré : "La situation budgétaire du pays que je découvre est très grave". On n’est pas très loin du "La France est en faillite" de François Fillon en 2007. Cette situation mérite mieux que des petites phrases.
Et face aux menaces d’un Gérald Darmanin qui avait par exemple déclaré un peu plus tôt qu’il était « hors de question » pour lui d’intégrer ou de soutenir un gouvernement qui augmente les impôts, Michel Barnier a répondu par un appel à la responsabilité.
Et il n’hésite pas à entamer un bras de fer avec l’ancien Premier ministre et à l’ensemble du clan présidentiel en laissant clairement entendre qu’il ne cèdera pas au chantage et qu’il a bien l’intention d'augmenter certains impôts.
À ce stade, comme l'indique Le Parisien, Michel Barnier serait favorable à une augmentation de la fiscalité sur les plus aisés et sur les sociétés ayant réalisé d'énormes bénéfices ces dernières années.
Il se sait en position de force. Il estime que jamais des personnalités politiques responsables ne prendront le risque de ne pas le soutenir. Il est convaincu être le seul en mesure de composer un gouvernement et en veut pour preuve la difficulté et le temps mis par Emmanuel Macron pour s’accorder sur son nom. Hors de lui le chaos et un boulevard fait à Marine Le Pen.
Michel Barnier fait donc le pari, risqué, que Gabriel Attal, Laurent Wauquiez et François Bayrou vont devoir rentrer dans le rang et stopper les menaces.
"Mon objectif est de retrouver le chemin de la croissance et de faire progresser le niveau de vie des Français, alors que nous sommes déjà le pays où la charge des impôts est la plus forte", a-t-il dit, laissant entendre qu'il allait bien falloir trouver un moyen de limiter les dépenses de l'État. Pour y arriver, il n’y a pas cinquante solutions : réduire des budgets alloués au fonctionnement de services publics et diminuer les investissements publics.
Mais ces difficultés de dernière minute n’augurent rien de bon pour la réalisation de la première promesse de Michel Barnier, à savoir réussir à présenter son gouvernement avant la fin de la semaine. Il a annoncé avoir "demandé tous les éléments pour apprécier l'exacte réalité" des comptes publics. Ce n’est qu’après avoir reçu ces éléments qu’il va pouvoir en effectuer l’analyse et trancher sur les orientations de son futur gouvernement. Et les soumettre à ses partenaires et futurs ministres.
Autant dire que ce n’est pas pour demain. Ni pour après-demain.
Cette volonté affichée de taxer les plus riches, que ce soit entreprises ou particuliers, peut être analysée de deux façons. Répondre à une nécessité de renflouer les caisses de l’État certes, mais peut-être aussi tenter une ouverture vers la Gauche, dans l’espoir que certains socialistes se laissent finalement tenter par l’aventure et acceptent de rejoindre son gouvernement. Il est malheureusement pour lui à craindre qu’il ne s’agisse là que d’un vœu pieux. On ne voit pas quel serait l’intérêt pour eux de monter à bord de cette galère où il n’y aura que des coups à prendre.
Hier encore, c'est le député PS Philippe Brun qui a été reçu à Matignon par le directeur de cabinet de Michel Barnier et qui a refusé le poste de ministre du Budget. Son nom vient s’ajouter à la longue liste de ceux qui ont également dit non : Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, l’ancien ministre Stéphane Le Foll, le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane, celui de Romainville François Dechy ou celle d'Avignon Cécile Helle.
Je ne voudrais pas vous quitter sans évoquer l’incroyable histoire du sabotage des bipeurs du Hezbollah par les Israéliens, même s’ils n’ont pas officiellement revendiqué l’attaque.
Pour ceux qui n’auraient pas lu la presse depuis ce matin, Israël a lancé hier ce qui pourrait bien être la plus grande opération d’un service secret de ces dernières années.
On aime ou on n’aime pas Israël, on peut ne pas être d’accord avec son gouvernement et sa politique, avec les bombardements à Gaza, avec ses bombardements de civils, avec ses colonisations des territoires occupés, mais force est de reconnaitre qu’il a les meilleurs services secrets au monde.
Ces derniers avaient été humiliés le 7 octobre 2023. Ils avaient certes prévenu Benjamin Netanyahu de l’imminence de l’attaque du Hamas, mais n’avaient pas réussi à le convaincre. On connait le résultat. Plus de 1.000 civils massacrés et environ 250 pris en otage.
Un an après presque jour pour jour, le Mossad a pris sa revanche et effacé l’humiliation.
Il était 15h30 hier après-midi lorsque des milliers de bipeurs, on parle de 3.000, utilisés par les hommes du Hezbollah ont explosé en même temps à travers tout le Liban et une partie de la Syrie. Le dernier bilan provisoire fait état de 12 morts et de 2.800 blessés.
Cela fait des années que le mouvement islamiste libanais s’est détourné des téléphones portables, leur préférant les bipeurs pour communiquer. Sans doute depuis 1996, quand un des artificiers du Hamas avait été tué suite à l’explosion de son téléphone piégé. Il s’est alors tourné vers les bipeurs, des appareils à la technologie obsolète, qui avaient l’avantage de ne pas utiliser les mêmes ondes radio et le pensaient donc plus difficiles à pirater.
D’après le New York Times, les services secrets israéliens ont réussi à infiltrer la chaine logistique du Hezbollah et à introduire une petite quantité d’explosifs déclenchable à distance à l’intérieur d’une commande du Hezbollah de 3.000 bipers auprès d’une société de Taïwan.
Il semblerait que les explosions ne devaient à l’origine pas se produire hier. Peut-être pour l’anniversaire du 7 octobre, qui doit survenir dans quelques jours ? Toujours est-il que les responsables du Hezbollah auraient commencé à avoir des doutes, ce qui aurait poussé les responsables israéliens de l’opération à déclencher les explosifs à l’avance.
Avantage connexe : ces explosions, outre qu’elles mettent hors d’état de nuire des milliers de combattants de l’organisation terroriste, vont permettre au Mossad d’identifier tous les membres blessés du Hezbollah.
À noter que l'ambassadeur d'Iran au Liban fait partie des victimes. Il aurait perdu un œil et serait gravement blessé à l'autre. Cette information, ajoutée au désir de vengeance du Hezbollah, fait craindre une nouvelle escalade dans la région.


