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Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Sexe, mensonges et vidéo"

Retrouvez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab consacré à Donald Trump, réélu président des États-Unis.
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le mardi 12 novembre 2024 à 08H59

En 1989, le réalisateur Steven Soderbergh avait-il anticipé l’élection présidentielle américaine de 2024 en titrant son premier film « Sexe, mensonges et vidéo » ? Sans doute pas ! Mais l’expression -“ Sexe, mensonges et vidéo”- résume parfaitement l’issue du scrutin dont nous avons les témoins, heureux ou attristés.

Donald Trump sera donc, le 20 janvier 2025, le 47e président des États-Unis d’Amérique, après en avoir été le 45e, entre 2016 et 2020.

Or jamais, dans l’histoire de ce pays, une élection n’aura été aussi sale. Qu’on en juge :

  • les insultes : « Tu es une vice-présidente de merde, la pire vice-présidente, Kamala, tu es virée. Dégage d’ici, fous l’camp » ;
  • les fausses informations : les immigrés haïtiens mangent les animaux domestiques des honnêtes citoyens de Springfield, Ohio ;
  • la vulgarité : le référence à l’impressionnant appareil génital du célèbre golfeur Arnold Palmer (1929-2016) ;
  • les vidéos truquées (je devrais peut-être écrire “deepfakes” ?) telle celle montrant une machine à voter transformant le nom de Trump en celui de Harris.

Depuis sa première campagne en 2016, Trump a érigé le concept de « post-vérité » en élément central de sa stratégie politique, bouleversant, fragilisant, les fondements de la démocratie américaine.

Bien sûr, le candidat et futur président n’est pas l’inventeur de ce terme que l’on doit à Steve Tesich, auteur d’un article paru en 1992 dans le magazine américain The Nation. Par la suite, Ralph Keyes a popularisé le mot dans un ouvrage de 2004, L’ère de la post-vérité. Et la consécration arrive en 2016 lorsque le vocable entre dans le “Oxford English Dictionary” avec la définition suivante : « circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. »

Un double motif d’inquiétude doit, aujourd’hui, nous saisir :

1. Trump utilise les « faits alternatifs », autrement dit le mensonge sans vergogne, comme l’alpha et l’oméga de sa politique. Et donc le pire est à craindre pour les quatre années à venir, tant sur le plan intérieur qu’en matière de relations internationales.

2. Trump n’est pas le seul dirigeant de la planète à accommoder cyniquement la réalité à ses désirs fantasques. Viktor Orban, Vladimir Poutine, Narendra Modi, Recep Tayyip Erdoğan, et d’autres bienfaiteurs de l’humanité, sont également des adeptes du bobard monumental.

Autant dire que si nous étions déjà bien installés dans « la société du spectacle », nous sommes dorénavant dans celle de la « novlangue » orwellienne : « Le passé était raturé, la rature oubliée et le mensonge devenait vérité. » (1984).

Seule chose rassurante : en cas de nouvelle pandémie de COVID, il suffira de s’injecter de l'eau de Javel dans les poumons et de s’exposer aux rayons ultraviolets pour guérir. Guérison garantie par le Dr. Trump !

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