Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : 9 décembre, une journée particulière

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab.
Dans le bordel ambiant généré par l’hubris d’un président de la République arrogant, sûr de lui, mais de moins en moins dominateur, il est nécessaire, comme le disent les joueurs de rugby, de revenir aux fondamentaux. Et l’un des principaux piliers sur lequel repose le socle républicain est la loi de 1905, de séparation des Églises et de l’État.
Or cette loi est régulièrement bafouée, en particulier par celles et ceux qui sont chargés de la faire respecter, autrement dit par certains de nos élus qui prennent quelque liberté avec les règles de la laïcité. Oubliant, au passage, que le “vivre ensemble” – dont il faut éviter qu’il ne vire à un communautarisme qui ne dit pas son nom -, nous le devons à la laïcité républicaine.
Car la loi de 1905, il est nécessaire de le rappeler, c’est la neutralité de l'État vis-à-vis de tous les cultes.
La loi de 1905, c’est le respect de toutes les croyances.
La loi de 1905, c’est l'égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de religion.
La loi de 1905, c’est la garantie du libre exercice de la religion de son choix, de la spiritualité de son choix, voire la possibilité de n’en avoir aucune.
Cette journée du 9 décembre doit donc être celle d’une mobilisation et d’une vigilance accrues de toutes celles et de tous ceux pour qui le quadriptyque “Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité” résonne de sens et de conviction.
Face aux semeurs de haine dont l’activisme mortifère, a provoqué, à deux reprises, le 16 octobre 2020 et le 13 octobre 2023, la mort de deux enseignants – Samuel Paty et Dominique Bernard -, les citoyens que nous sommes doivent être des vigies de la République, mais aussi des « tisserands », selon la belle expression du philosophe Abdenour Bidar.
Ceux qui tissent les liens qui doivent unir, rassembler ce qui est épars. Car, comme l’écrit Bidar : « Une grande erreur issue du siècle des Lumières a été de laisser accroire que l'“individu” est un “tout” indépendant du reste, une individualité autonome dans le sens le plus dégradé du terme : celui d'un égoïsme ou d'un individualisme triomphant. Ce mythe de l'homme qui n'aurait pas besoin des autres mais qui pourrait et devrait se suffire s'est traduit dans les formes multiples de l'individualiste forcené qui s'est développé dans nos sociétés ».
Parler, défendre, promouvoir la laïcité attaquée par les communautaristes et les populistes, affaiblie par le silence de ceux qui la croient définitivement acquise, est peut-être le rendez-vous que peuvent se donner, aujourd’hui et demain, les femmes et les hommes de bonne volonté ?


