Laurent Virapoullé veut "servir sans se servir" Saint-André

Devant plusieurs centaines de personnes réunies dans une salle de la Cocoteraie, Laurent Virapoullé a lancé officiellement hier soir sa campagne en présence notamment du délégué départemental du RN, Jean-Jacques Morel. Le candidat a présenté les grandes lignes de son programme, dans lequel l’eau et la sécurité occupent une place centrale. Il s'oppose notamment au projet MEREN et refusera la scolarisation d'enfants "dont on ne connaît pas l'origine des parents", pour lutter contre les "trafics d'enfants".
Il est près de 21h30 lorsque le meeting prend fin. À l’extérieur, un feu d’artifice est tiré, tandis que des boîtes-repas sont distribuées aux participants. Laurent Virapoullé vient d’achever sa prise de parole. Un discours fleuve de près d’une heure, tenu seul, debout et sans notes.
Face à lui, une foule de plusieurs centaines de personnes (plus de 800 selon l’organisation), vêtue d’orange, la couleur dominante de sa campagne.
S’il est élu le 22 mars, le candidat leur promet "une révolution démocratique et puissante qui va changer le visage de la Réunion, vos vies quotidiennes". Il veut porter "à la tête de Saint-André une nouvelle génération d’élus et un programme ambitieux et inédit que vous n’entendrez nulle part ailleurs".
Il insiste sur le sens de sa démarche : "Cette candidature n’est pas une candidature d’ambition, nous voulons éveiller les consciences des Réunionnaises et des Réunionnais, à commencer par celles des Saint-Andréens".
A ses côtés, on retrouve le délégué départemental du RN, Jean-Jacques Morel, et de la députée européenne Marie-Luce Brasier-Clain.
"Mme Bello, vous avez compris la devise de Saint-André !"
Mais avant de décliner son programme, il s'adresse à une "dame venue de l'Ouest" : "Qui a dit ou, Laurent Virapoullé, arrière-petit-fils d'engagé comment peux-tu être soutenu par le RN ? Quand je vous regarde, malbars, chinois, kaf, mahorais, créoles, toute nation de Saint-André, je dis à Madame Huguette Bello : vous avez compris le sens de la devise de Saint-André, plusieurs races, un seul cœur !"
Bien que soutenu par le RN, il évoque une démarche "transpartisane", avec des soutiens venus "de la droite comme de la gauche". Il annonce notamment le soutien de Didier Aroubani, "une grande famille communiste de Saint-André", un ancien élu d’Éric Fruteau.
Un peu plus tôt, Jean-Jacques Morel a, lui, réaffirmé le soutien officiel du RN et a appelé à "refermer la parenthèse communiste" à Saint-André.

"Servir sans se servir" comme fil conducteur
Laurent Virapoullé a ensuite déroulé son programme autour d’un leitmotiv : "servir sans se servir", qu’il présente comme "un commandement politique".
Il a annoncé vouloir faire de la lutte contre la corruption une priorité municipale, évoquant le scandale de la SPL Estival. Parmi ses premières mesures annoncées figure le rétablissement des taxis léopards, "pour remettre le transport de proximité au cœur de Saint-André", notamment au bénéfice "des personnes âgées et des personnes porteuses de handicap".
Personnes âgées et solidarité sociale
Le candidat a longuement évoqué la situation des personnes âgées. Il a promis que les bénéficiaires du CCAS auraient droit à "deux repas chauds par jour, et des repas le week-end", affirmant : "je ne veux plus que des personnes âgées ne mangent qu’un seul repas chaud par jour".
Il s’est engagé à lutter contre le non-recours aux droits, notamment à l’ASPA, évoquant "plus de deux mille personnes âgées à Saint-André qui ne connaissent pas leurs droits", et annonçant un porte-à-porte après l’élection.
Il a également évoqué la remise en place de transports dédiés aux clubs de seniors, s'il est élu à la tête de la Cirest, un objectif qu'il a tracé hier soir : "elles ont le droit au transport, elles ont le droit de sortir de chez elles".
Le soir du 22 mars, il veut "ouvrir les portes de la mairie mais aussi celle de la Cirest".

"Saint-André sera une ville inclusive"
Laurent Virapoullé a abordé la question du handicap, promettant une ville plus inclusive. "Notre ambition n’est pas de vous laisser sur le bord du chemin, mais de vous remettre au cœur de la ville", a-t-il déclaré.
Il a annoncé une meilleure accessibilité des équipements publics et la volonté d’impliquer les personnes en situation de handicap dans les projets municipaux, notamment "le mieux manger à Saint-André", la propreté des quartiers et les démarches économiques et sociales, affirmant : "Saint-André sera une ville inclusive".
"L’école à Saint-André est sinistrée"
Sur l’éducation, le candidat a dressé un constat sévère de l’état des écoles de Saint-André : "l’école à Saint-André est sinistrée", a-t-il lancé, évoquant des établissements "délabrés", "pas rénovés", où "il fait très chaud" et dont certains réfectoires "ne sont plus aux normes".
Il a dénoncé un budget alimentaire "de moins d’un euro par repas et par enfant", ajoutant : "avec un euro, on ne nourrit pas un enfant".
Il propose d’augmenter ce budget, "de le doubler, voire de le tripler", d’associer les agriculteurs locaux à l’approvisionnement des cantines via un marché dédié et de mettre fin à la cuisine centrale : "on ne cuisine pas pareil pour mille que pour dix mille", plaidant pour le retour à des "cuisines de quartier".
Il a également annoncé le renforcement du soutien scolaire, du primaire au lycée, en s’appuyant sur des étudiants rémunérés, afin de construire « l’égalité des chances ».
Associations, le retour du "million d’euros"
Le candidat a annoncé vouloir augmenter le budget alloué aux associations, estimant qu’elles sont "les grandes victimes de la mauvaise gestion budgétaire", évoquant "plus d’un million d’euros supprimé". Il a promis de rétablir ce budget, soulignant le rôle central des associations dans le sport, la culture et la cohésion sociale.

Le basculement des eaux, une "injustice"
La question de l’eau constitue l’un des axes majeurs du discours. Laurent Virapoullé résume la situation en trois points : "l’eau est coupée, l’eau est sale et l’eau est chère".
Il fait un rapport avec le basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest, qu’il qualifie d’"injustice", dénonçant des conséquences environnementales. "Beaucoup nous disent ce basculement, c'est lui le responsable de la sécheresse ici, c'est lui le responsable des coupures d'eau. Vous avez en partie raison", poursuit-il.
"Les premières victimes, ce sont les pêcheurs de bichiques de la rivière du Mât", affirme-t-il, dénonçant "une catastrophe écologique qui ne dit pas son nom" : "au lieu de pêcher par tonnes, nous pêchons par grammes".
Le candidat affirme surtout l’existence d’un autre basculement à venir : "il y a un deuxième basculement dans les tuyaux", indique-t-il, parlant du projet MEREN (Mobilisation des Ressources en Eau des micro-Régions Est et Nord). Selon lui, ce projet prévoit de pomper davantage d’eau dans la rivière du Mât, via "une galerie de six kilomètres", pour alimenter Saint-Denis et Sainte-Marie.
Non au projet MEREN
"On va encore pomper notre rivière sacrée, et nous, on sera servis en dernier, peut-être en 2045, avec quelques gouttes", déclare-t-il.
S’il est élu maire, il l'annonce : "Je dirai au président du Département : revoyez votre projet MEREN, touche pas à notre rivière du Mât, arrête d’assécher la rivière du Mât". Une façon de tacler dans le même temps son frère, vice-président du Département.
Qualifiant le projet de « pharaonique », Laurent Virapoullé affirme que des solutions alternatives existent : "avec quelques dizaines de millions d’euros, on peut régler le problème".
Il propose la création de deux à trois forages dans la nappe phréatique, estimant que "l’Est repose sur une nappe immense" : "on ne trouvera pas du pétrole, mais de l’or blanc".
Il évoque également la mise en place de retenues collinaires pour l’agriculture, le financement de bacs de récupération d’eau de pluie par la Cirest pour les ménages, ainsi qu’une politique de renouvellement des canalisations, rappelant que "250 kilomètres de tuyaux sont à changer".
Un recours contre le marché de l'eau, la CISE dans le viseur
Sur le prix de l’eau, il dénonce un marché de 210 millions d’euros, attribué par la Cirest "avec un seul candidat", prévoyant "une augmentation de 5 % par an pendant douze ans".
Il annonce avoir déposé un recours devant le tribunal administratif, visant le marché et la délibération augmentant le prix de l’eau, et promet, s’il accède à la présidence de la Cirest, de renégocier ce contrat en convoquant le patron de la CISE "en mettant derrière moi une photo compromettante qu'il connaît très bien où on le voit en train de boire et de fêter avec le cabinet de la Cirest".
"Je lui dirai : Monsieur, vous avez le choix. Soit je porte plainte au pénal pour délit de favoritisme et vous serez mis en cause. Soit vous renégociez à la baisse le contrat inique, le contrat honteux que vous avez signé en deux mille vingt-cinq. Et si vous ne le faites pas, soyez assuré que les foudres de la justice s'abattront sur vous".

Le retour de la lumière promis avant le Dipavali 2026
Laurent Virapoullé fait de la sécurité un autre pilier : « Protéger les Saint-Andréennes et les Saint-Andréens », affirme-t-il, estimant que cette responsabilité "n’a pas été assumée pendant des années".
S’il est élu, il affirme qu’il "prendra cette responsabilité très au sérieux", en commençant par l’éclairage public : "la sécurité commence par le retour de la lumière". Il prend l’engagement de rétablir l’éclairage dans tous les quartiers avant Dipavali 2026, en lien avec les services municipaux et EDF.
Il annonce également la remise en état et l’extension du réseau de vidéosurveillance, aujourd’hui selon lui "largement en panne et défaillant", ainsi que le renforcement de la police municipale, avec un passage de 15 à 40 agents, estimant qu’il faut "un policier municipal pour 1.500 habitants".
Il évoque enfin la possibilité d’implanter une brigade de gendarmerie à Saint-André, indiquant que la mairie est prête à fournir le terrain afin d’assurer la sécurité "du littoral jusqu’au sommet des montagnes".
"J’inscrirai les enfants dont je connais l’origine des parents"
Laurent Virapoullé a ensuite abordé le dossier de l’immigration illégale, affirmant refuser toute division : "La question n'est pas de savoir d'où l'on vient, mais de savoir si l'on a des papiers".
Il plaide pour un renforcement des contrôles, notamment biométriques, aux frontières, afin de lutter contre les faux papiers et les filières illégales.
Il évoque également ce qu’il appelle le « trafic d’enfants », reconnaissant le caractère sensible du sujet : "les gens me disent : dis pas ça, il ne faut pas en parler. Mais je suis là pour vous dire la vérité (…) On prend des enfants issus de parents étrangers nés à Mayotte, on les envoie dans des familles avec des parents qui ne sont pas leurs parents". Il parle de "taties de papier".
Selon lui, ces enfants sont ensuite inscrits dans les écoles "sans papa, sans maman", ajoutant : "un enfant sans papa et sans maman ne peut pas apprendre et être en paix".
Tout en précisant ne pas vouloir "mettre fin au droit à l’éducation", il annonce une mesure qu’il qualifie de "ferme et forte" pour mettre fin à ce "trafic odieux" : "j’inscrirai seulement les enfants dont je connais l’origine des parents".
"Au final, ces enfants, personne ne s'en occupe. Ils sont violents. Et les premières victimes, ce sont les habitants du quartier de Fayard qui se plaignent", commente-t-il, applaudi par des femmes d'origine mahoraise.

"Chefs d'entreprises, vous aurez un ami à la mairie"
Laurent Virapoullé a ensuite abordé le développement économique. Il annonce vouloir créer des zones d'activité à la Cressonnière et à Bois-Rouge et plaide pour la relance d’un dispositif de type zone franche qu'il ira réclamer à l'État s'il est élu "pour créer de l’emploi et de la richesse".
Il s’adresse directement aux entrepreneurs de la commune : "Sachez, chers amis entrepreneurs, que vous aurez un ami à la tête de la mairie, quelqu’un qui vous comprend et qui fait le même travail que vous".
" Je trace mon chemin"
En conclusion, le candidat affirme vouloir éviter toute logique de confrontation : "Je trace mon chemin", assurant n’avoir "pas d’ennemis, seulement des concurrents".
Concernant le coût et le financement de son programme, Laurent Virapoullé a indiqué que ces éléments seront détaillés lors d’un prochain rendez-vous.


