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"La reconnaissance des enfants déracinés passera par des excuses publiques et une réparation financière"

60 ans après la mise en place du programme de repeuplement des territoires de l’Hexagone subissant l’exode rurale, la cicatrice reste ouverte pour bon nombre des 2.000 enfants réunionnais coupés totalement de leur famille. La Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer (la FEDD) défend des objectifs clairs de réparation mémorielle, financière et attend du gouvernement des excuses.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 21 novembre 2023 à 10H04
Jean-Thierry Cheyroux (à gauche) et Valérie Andanson (à droite) de la Fédération des enfants déracinés des DROM, accueillent Jocelyn A-Poi et sa femme Martine à La Réunion

Valérie Andanson, la porte-parole de la Fédération des enfants déracinés des départements et régions d’outre-mer, résume l’état des lieux de ce vaste chantier que constitue la cartographie des "enfants dits de la Creuse : il y a les victimes décédées, d’autres qui sont malades, d’autres qui ne veulent plus en entendre parler et d’autres qui ne savent toujours pas, en 2023, qu’ils font partie du dispositif". La raison en est tristement simple : l’administration française leur a joué de biens vilains tours. "Quand on a quitté La Réunion, on nous a effacé nos origines. Moi par exemple j’ai une fausse identité. Mes papiers disent que je suis née dans la commune de la Brionne dans la Creuse alors qu’en réalité je suis née à La Réunion. Comment voulez-vous qu’on puisse faire un lien ?" questionne-t-elle.

Parmi ces contingents d'exilés, des Kréopolitains comme Jocelyn A-Poi ne posent à nouveau le pied sur leur île que soixante ans après. Il a eu toutes les peines du monde à prendre cette décision de revoir son île et, quand celle-ci a été actée, ce sont les moyens financiers qui ont retardé sa venue accompagnée de sa femme Martine (voir notre précédent article).

"C’est très important d’être accompagné avant, pendant et après son voyage à La Réunion parce que je me souviens de Jocelyn quand il m’a dit : 'Valérie j’ai peur !'. Quand on est déraciné comme ça et qu’on revient après tant d’années d’exil, c’est très perturbant", affirme la porte-parole de l'association qui reconnaît la faiblesse de l’accompagnement psychologique pour ce public.

Valérie Andanson tente d’expliquer ce sentiment de malaise que rencontrent beaucoup d’enfants éloignés de leur famille d'origine : "Je dirais qu’on est ni de là-bas et on n’est pas d’ici, on se sent étranger partout", évoque celle qui a été "transplantée" dans la Creuse à l’âge de 3 ans. "Et j’ai 60 ans aujourd’hui. Je suis restée plus de quarante ans dans la Creuse."

Un exemple qu’a suivi la FEDD en 2021 illustre parfaitement ce dilemme, nous explique son président Jean-Thierry Cheyroux. "Pour Jocelyn ça se passe bien mais il y a deux ans de cela, une enfant de la Creuse qui était venue a préféré repartir au bout d’une semaine au lieu des quinze jours prévus parce qu’elle était complètement perturbée par le choc de culture entre la famille qu’elle a retrouvée et ce qu’elle a vécu."

Plusieurs ministères sensibilisés

Cette absence de soutien psychologique justement, a été exposée en haut lieu à Paris au cours d’un colloque où la psychologue-clinicienne Marion Feldman a rendu les conclusions de son étude sur les enfants de la Creuse qui a duré deux ans. "Elle a rendu son travail hier et dans ses préconisations, elle a prévu un lieu de soins ici, aux enfants dits de la Creuse, mais ouvert également pour l’enfance en danger. En espérant que le ministère des Outre-mer suive ses recommandations", attend de voir Valérie Andanson. "On a une oreille attentive des autorités, mais il y a toujours des améliorations à faire", complète le président Jean-Thierry Cheyroux, exilé dans le Gers à sept ans. Il en a 63 ans aujourd’hui.

La FEDD, qui abat un travail monumental, a déjà à son crédit de belles avancées. "On a obtenu quelque chose d’important en septembre 2021 : les enfants dits de la Creuse qui reviennent sur l’île sont prioritaires sur les logements sociaux, grâce au soutien du préfet de La Réunion", rappelle Valérie Andanson, mais l’essentiel reste à faire.

"Nous avons des objectifs : nous demandons une réparation mémorielle avec un lieu de mémoire et de ressources à Guéret dans la Creuse et un lieu de mémoire et de ressources à Saint-Denis de La Réunion pour qu’il y ait une passerelle pour cette mémoire qui doit être transmise. Nous voulons aussi que notre histoire entre dans les manuels scolaires, non seulement sur le plan local, ici à La Réunion, mais aussi sur le plan national. Nous voulons une réparation financière. Nous voulons aussi les excuses publiques du gouvernement. Pour mettre tout cela en place, ce que l’on souhaite, c'est la mise en place d’une commission nationale qui va statuer sur les aspects juridique et psychologique", partage-t-elle l'ambition toujours aussi vivace de la Fédération. La preuve en est d'ailleurs récente puisque "nous avons été reçus par le cabinet de la Première ministre, de la secrétaire d’État chargée de la Protection de l’enfance et celui de la Justice" où leurs demandes ont été exposées.

Et à ceux qui jugent les besoins de réparations financières absurdes, Valérie Andanson et Jean-Thierry Cheyroux soulignent qu’en suisse avec les enfants placés de force et en Australie pour les Aborigènes, des réparations financières leur ont été accordées.

Ce lundi soir à Saint-Paul, place du Débarcadère, la FEDD organisait sa troisième commémoration, après celles de 2021 et 2022 à Paris, intitulée « Résilience » en présence du préfet, des présidents de Région et du Département

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Etiquettes : Enfants de la Creuse

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