Enfant déraciné, Jocelyn retrouve La Réunion 58 ans après

Un Réunionnais de plus qui retrouve son île. Près de 60 ans après l’avoir quittée, Jocelyn A-Poi peut confronter ses souvenirs d’enfant aux images de La Réunion du 21e siècle.
Il fait partie des 2015 enfants réunionnais envoyés dans des départements ruraux de France de 1962 à 1984. A La Réunion du 2 au 30 novembre, Jocelyn A-Poi est venu accompagné de sa femme Martine.
Jocelyn A-Poi, une vie loin de La Réunion : « C’est mon chemin de croix »
En avril dernier, c’est dans un sanglot qu’il nous parlait de son souhait de revenir à La Réunion mais c’était une étape forte qu’il ne s’imaginait pas vivre sans sa compagne. Le couple se connaît depuis l'adolescence. "J’étais dans la classe de sa soeur, en Creuse", nous détaille Martine, car Jocelyn a été exilé dans l'Hexagone comme certains de ses frères et soeurs. Après le décès de leur papa à La Réunion, c’est leur grand-mère qui les avaient élevés.
"J’ai cherché le pied de sapotes et puis le petit portail mais…"
"J’ai retrouvé mon île, enfin, après 58 ans d’absence. Mon chemin de croix est fini", souffle Jocelyn, apaisé par ces deux semaines chargées en émotion. Ce dimanche, il a enfin revu un frère à Saint-Denis et une soeur à Saint-André. "Quelques jours avant de prendre l’avion, c’est son frère en métropole qui lui a dit : 'il te reste un frère et une soeur'", précise sa compagne.
"Quand j’ai vu ma soeur, j’étais en extase, je n’avais plus de voix. Elle ressemble à ma soeur à Limoges. C’est incroyable, je suis resté sans mots ! La ressemblance avec mon frère, c'est pareil", évoque-t-il ces retrouvailles inespérées. Son périple l’a naturellement amené vers la rue du Cher Frère Denis à Saint-Denis, autrefois "rue Montante" du temps de son adolescence. D’un geste du bras gauche désignant la maison de sa grand-mère, il nous raconte la scène de cette visite près de 60 ans après.
"La rue du Frère Denis a complètement changé mais j’ai gardé l’image de la maison, c’était 5 rue Montante. Maintenant c’est un immeuble tout en béton", dit-il. "Et c’est pas beau", ajoute sa femme Martine en rigolant.
"J’ai cherché le pied de sapotes et puis le petit portail mais…", garde-t-il en mémoire ces repères d’antan. Et comme surgis du passé, des visages connus étaient là comme celui de "la petite-fille de ma tante qui était juste au-dessus, là où je passais sur la cuisine pour manger les goyaves. Et puis Madame Loulou, sa fille est là", énumère-t-il ces rencontres qui attestent de son passage par ces lieux jadis.
"J’ai réappris mon île, maintenant je peux dire : 'La Réunion est là, Jocelyn est là !'. Je suis comblé", résume-t-il son émerveillement. Un retour à 71 ans qui n’aurait sans doute jamais eu lieu sans une série de circonstances assez improbables.
Un concert et une rencontre "déclic"
En mai 2018, notre plus belle voix masculine péi, Dominique Barret, se produit en concert dans la Creuse. Jocelyn et sa femme s’y rendent. Avant le spectacle, ils font la connaissance de Laurence Loriot. La métropolitaine vient également au concert car elle connaît La Réunion pour y avoir vécu dans les années 70, son papa gendarme y avait été muté pour quatre ans.
Avant que le concert ne commence, Laurence propose à Jocelyn et sa femme de passer les dernières minutes les séparant du début du concert dans son camping-car. "Il faisait tellement chaud que je leur ai proposé de venir dans le camping-car, de là on a discuté de La Réunion. J’y étais retournée pour la première fois en 2016 et comme j’avais dit à Jocelyn que j’y retournais en 2022, il m’a demandé de passer pour lui dans tel ou tel endroit, là où sa grand-mère habitait par exemple, et de prendre des photos pour lui. Je pense que son déclic pour se décider à y retourner est arrivé à ce moment-là", nous expose celle qui est devenue une amie du couple. C’est à elle qu’ils doivent la création d’une cagnotte en ligne pour aider la femme de Jocelyn à payer son billet d’avion. Une cagnotte qui a atteint 500 euros.
"Le puzzle sera complet lorsque Valérie (ndlr : Valérie Andanson de la Fédération des enfants déracinés) m’emmènera à Salazie voir l’endroit où j’ai passé du temps au sein de l’APEB, l’association de placement pour les enfants. J’ai encore des images de cette période à Salazie, ça ne s’estompe pas. Je vais revoir ça et puis après le puzzle sera complet !", répète-t-il avant d’être repris par son épouse. "Il manque quelque chose : la tombe de ta grand-mère à Saint-Denis ! Il faut qu’on demande à la mairie parce qu’on n’est pas arrivé à la trouver", approuve-t-il avant de réfléchir à, pourquoi, revenir vivre définitivement à La Réunion.


