Revenir à la rubrique : Faits divers

La Possession : 2 millions d'euros de marchandises, il cache son trafic à sa compagne

Ecrit par Lucas Candessoussens – le mardi 16 décembre 2025 à 07H03

Un couple et un jeune homme de 21 ans ont été jugés ce lundi 15 septembre pour trafic de stupéfiants. Un père de famille, bien connu de la justice, a été retrouvé à bord d'une "voiture nourricière" à La Possession et a écopé de sept ans d'emprisonnement.

L'enquête a démarré sur une dénonciation anonyme. Selon cette source, un couple basé à La Possession s'adonnerait à un vaste trafic de stupéfiants. Un signalement qui, pris au sérieux par les forces de l'ordre, mène à une mise sur écoute des protagonistes suspectés et à une enquête.

Finalement, un père de famille, Lesly C., est interpellé alors qu'il coupait de la cocaïne dans sa Hyundai. Un autre jeune homme, Grégory C., est lui aussi interpellé, ainsi que la compagne du trafiquant présumé, Laura B.

Une "voiture nourricière"

Dans la voiture de ce réseau possessionnais, on trouve pas mal de marchandises : du cannabis en quantité, de l'ecstasy et de la cocaïne. Valeur marchande, en prenant la fourchette la plus haute : 2 millions d'euros. Par ailleurs, 4 500 euros en numéraire sont retrouvés dans le véhicule.

En garde à vue, Lesly C. ne nie aucunement les faits. Il explique aux enquêteurs que, s'étant déjà fait condamner pour trafic de stupéfiants dans l'Hexagone, il a vu la marchandise être saisie par la justice. Ainsi, La Réunion était pour lui une occasion de "se mettre au vert", comme l'explique son avocat, mais son passé l'a rattrapé. Afin de rembourser les grossistes, pas le choix : il doit vendre.

Sa compagne, elle, tombe des nues. Lorsque les forces de l'ordre lui apprennent que son compagnon se livre à un trafic de stupéfiants, elle peine à retrouver sa respiration et les enquêteurs doivent momentanément mettre fin à l'audition.

Le troisième, Grégory C., ne nie absolument pas et détaille aux enquêteurs son rôle : il a effectué quelques petites ventes pour le compte de Lesly C.

Un train de vie… pas très fastueux

Plusieurs choses ressortent de cette audience : d'abord, l'obsession de Lesly C. de dédouaner à juste mesure son "revendeur", Grégory C. Ces derniers ont la même version : le jeune homme a vendu du cannabis pour des dalons à lui, afin de dépanner. Son rôle serait plus celui d'un intermédiaire que d'un réel vendeur. De plus, il n'a pas la tête du trafiquant : son casier judiciaire est immaculé et il est inséré dans la société, étant futur papa et en activité professionnelle.

Pendant toute l'audience, Laura B. – la seule du trio à être sous contrôle judiciaire – peine à retenir ses sanglots face à cette situation. Si elle n'est pas poursuivie pour trafic de stupéfiants, elle l'est pour non-déclaration de revenus. Mordicus, elle réaffirme devant les magistrats n'avoir pas eu connaissance de ce trafic.

Dans ce type de dossier, la plupart du temps, le recel issu du trafic est visible : belles voitures, hôtels de luxe, voyage à Dubaï… Ici, on peut s'attendre à la même chose. Cependant, c'est le contraire : Lesly C. et Laura B. vivent sur l'argent de cette dernière, issu des minimas sociaux. Deux choses attirent l'œil des enquêteurs : des paires de chaussures de marque pour l'homme, un virement de 450 euros à une amie pour madame.

Sinon, pas de traces de quelques folies achetées sur un coup de tête.

De lourdes réquisitions

La procureure aborde méthodiquement ce dossier : elle détaille d'abord comment Lesly C. et Grégory C. ont organisé la vente des stupéfiants. Pour preuve, deux rendez-vous ont été programmés par les deux hommes. Ils ne nient pas non plus la vente et la détention des drogues.

Concernant la mère de famille, le ministère public estime qu'elle ne pouvait ignorer ce que tramait son compagnon. De plus, son virement de 450 euros à une amie paraît étrange, au regard des revenus qu'elle touche habituellement. Pour Lesly C., dix ans de prison sont requis à son encontre, trois ans pour Grégory C. et 30 mois de prison pour Laura B., dont 18 mois assortis d'un sursis probatoire. Une peine aménageable au vu du casier vierge de l'intéressée.

Des peines significativement moindres

C'est au tour des avocats de la défense. Marie Briot, pour Laura B., rappelle que sa cliente était étrangère à ce trafic de stupéfiants. Pour cela, la robe noire avance une pelletée d'arguments : d'abord, l'absence de train de vie "fastueux". Les 450 euros étaient destinés à une amie de sa cliente. Cet argent servait à garder les enfants de Laura B., leur payer à manger et donner un petit billet à son amie pour le dédommagement.

Ensuite, Me Marie Briot rappelle que le couple vit sur les revenus de madame : cette dernière s'occupe de ses enfants et de son père adoptif, malade, qu'elle loge à titre gracieux. Elle évoque ensuite la confiance aveugle de Laura B. envers son mari : victime par deux fois de violences conjugales avec ses anciens compagnons, Lesly C. apparaît comme un homme aimant, s'occupant des enfants et dévoué à sa concubine. Ainsi, quand il allait s'occuper de son trafic le soir, Laura B. ne lui posait pas plus de questions.

Concernant Grégory C., son avocat, Me Julien Barraco, évoque la participation moindre de son client dans ce trafic de stupéfiants. Il rappelle que deux rendez-vous ne constituent pas une association de malfaiteurs. Son client vendait juste un peu de cannabis pour ses dalons.

Enfin, Me Mathieu Girard rappelle les "menaces" pesant sur Lesly C. : ce dernier, rattrapé par les dettes liées au trafic, se serait retrouvé sous pression des grossistes. La robe noire rappelle par ailleurs que son client assume entièrement ses responsabilités : cependant, l'avocat demande d'abaisser la peine.

Finalement, Laura B. écope de 10 mois de prison avec un sursis simple. Grégory C., dont l'association de malfaiteurs n'a pas été retenue, écope de 18 mois avec un sursis simple. Pour Lesly C., trafiquant moultes fois condamné et désireux de se mettre au vert, il écope de 7 ans d'emprisonnement.

Etiquettes : La Possession | Stupéfiants

Dans la même rubrique

0💬
Tri :