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La Plateforme réunionnaise publie un manifeste pour "une Réunion résiliente"

Ecrit par N.P. – le mardi 22 avril 2025 à 21H14

Alors que le président de la République est à La Réunion, la Plateforme réunionnaise a publié un manifeste pour "une Réunion résiliente".

Manifeste pour une Réunion résiliente

Post-Garance et autosuffisance alimentaire

Le cyclone Garance, en février 2025, a mis en lumière les fragilités de notre île face aux phénomènes climatiques extrêmes. La reconstruction post-Garance est un chantier immense et doit nous obliger à une vision à long terme pour renforcer la résilience de notre territoire. Il est essentiel que nous soyons en mesure collectivement de tirer les enseignements de ces événements pour mieux protéger nos populations et nos infrastructures. Notre capacité de gestion de telles crises doit être retravaillée, avec des infrastructures de crise plus résilientes, une coordination améliorée des différents acteurs et une préparation accrue aux urgences.

Les enjeux et défis sont nombreux et il est essentiel qu’ils soient abordés avec une vision de long terme au regard des perspectives de croissance démographique et d’une volonté d’une plus grande résilience du territoire réunionnais et de ses habitants, ainsi que de contribuer activement à l’inscription prioritaire des voies et moyens nécessaires à celle-ci.


Résilience de notre gestion du cycle de l’eau, des risques d’inondation à la production d’eau potable et à l’assainissement

Garance a été le révélateur de la complexité de la situation de la gestion de l’eau, tout au long de son cycle, sur notre île. Nous devons admettre le caractère exceptionnel de notre situation. Celle-ci ne se résume pas à des records de précipitations qui se combinent à une géographie très particulière, mais également à une urbanisation (actuelle et future) qui doit absolument prendre en compte ces éléments.

Nous pouvons considérer que nous avons été relativement épargnés jusqu’à présent mais que le défi se dresse aujourd’hui devant nous.

Il est essentiel de concevoir et surtout de mettre en œuvre un Grand Plan Ravines du sommet des montagnes au battant des lames, dont dépendent aussi la survie de nos lagons, avec l’ensemble des acteurs, ruisseaux par ruisseaux, ravines par ravines dans lequel l’État doit prendre toutes ses responsabilités.

De la même manière, l’État est aussi appelé à s’engager avec les moyens financiers nécessaires sur la question de préservation du trait de côte tout autour de l’île où, au-delà des prescriptions à respecter, des aménagements coûteux seront indispensables. En matière de capacité des territoires à absorber les eaux pluviales et à nourrir les nappes phréatiques, l’objectif de réduire l’artificialisation des sols redevient une priorité.

Enfin, pour sécuriser l’alimentation en eau potable de l’ensemble des familles et des entreprises réunionnaises, nous devons engager un grand chantier de développement, d’entretien et de consolidation des infrastructures. Il y a, en effet, une impérieuse nécessité à garantir une plus grande efficacité des réseaux de distribution au regard des risques climatiques, juguler le gaspillage, disposer d’une plus grande qualité de l’eau et s’assurer de l’interconnexion des réseaux pour pallier les défaillances partielles éventuelles.

La création d’un Fonds régional pour la préservation du cycle de l’eau dont le renouvellement et le développement des réseaux est impérative avec la participation importante de l’ État et de l’Europe.


Résilience de nos infrastructures de production et distribution énergétiques

Si des progrès significatifs ont été réalisés dans le domaine énergétique, avec 56,6% d'énergies renouvelables dans notre mix électrique en 2023, notre dépendance aux ressources énergétiques importées reste massive : 88,6% en 2023. Cette situation nous rend vulnérables et nous devons privilégier le recours à des énergies renouvelables locales.

Toutefois, au-delà de la question de la production, le deuxième enseignement majeur de Garance est que nous devons rapidement sécuriser notre réseau de production et de distribution d’énergie avec la nécessité d’avoir la capacité de gérer l’ensemble du système localement.

Nous préconisons une révision rapide de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) pour prendre en compte les enseignements de Garance et le risque d'occurrence de phénomènes plus puissants tant sur la production que sur les réseaux de distribution.

L’ensemble des choix stratégiques doivent être questionnés : concentration de la production ou répartition ? Réseaux aériens ou enterrés ? Lieux de stockage et puissances ? Dispositifs en mode dégradés ? Compétences et capacités d’intervention technique à développer localement ? Sans oublier la question essentielle de la part réservée aux énergies renouvelables locales.

Nous souhaitons donc une plus grande transparence et une meilleure association des acteurs locaux concernant la programmation des investissements d’EDF SEI (Réseau de transport électrique - HTB- qui a été lourdement endommagé notamment sur le Nord-Est).

Cela suppose une augmentation des crédits d’État du CAS-Facé pour accélérer notamment l’enfouissement et la sécurité du réseau électrique (HTA-BT). Une table ronde s’est tenue le 15 mai 2024 au Sénat sur ces sujets à l’initiative de la Sénatrice Audrey BÉLIM.

Résilience de l’habitat réunionnais
Les ravages de Garance sur le bâti posent de nombreuses questions : solidité des constructions, prise en compte des aléas, rôle de la réglementation, financement des réparations, construction dans les zones exposées, etc.

Au-delà de la nécessaire accélération de l’indemnisation des personnes et des entreprises sinistrées, notamment dans les communes les plus impactées (Bras-Panon, Saint-André, Saint-Benoît, Sainte-Suzanne…), un programme spécifique de reconstruction et de renforcement des logements sinistrés est à mettre en œuvre. Il devra intégrer une meilleure prise en compte des aléas climatiques dans les futures constructions, tout en veillant à ne pas rajouter de la complexité administrative ou des surcoûts insupportables pour les foyers les plus modestes.

La relance de la construction doit passer par un Plan Logement spécifique, qui ne peut pas être purement conjoncturel. Il est fondamental d’avoir une politique ambitieuse de construction de logements sociaux, tout en permettant aux familles réunionnaises d’accéder à la propriété dans des conditions adaptées à leurs réalités économiques. Cela suppose de réformer l’accession à la propriété en Outre-mer et d’adapter les dispositifs existants (PTZ, défiscalisation, APL accession, etc.) aux besoins spécifiques du territoire.


Résilience économique
Le cyclone Garance a porté un coup sévère à notre tissu économique, en particulier dans l’Est. Des centaines d’entreprises, très souvent des TPE, ont subi des dégâts matériels, des pertes d’exploitation ou une interruption d’activité. Le relèvement économique de ces entreprises est un enjeu majeur.

Il est impératif de maintenir dans la durée un Fonds d’urgence économique post-Garance, doté de moyens significatifs. À moyen terme, un Fonds structurel de soutien aux TPE en Outre-mer, pérenne et souple dans ses critères, permettrait de renforcer la résilience de notre tissu économique.

L’État doit soutenir les acteurs économiques et favoriser les investissements productifs sur le territoire, y compris par une commande publique locale renforcée et orientée vers la transition écologique.


Autosuffisance alimentaire et souveraineté agricole
Le cyclone Garance a eu un impact majeur sur les productions agricoles (letchis, bananes, canne, maraîchage, élevage…), détruisant plusieurs dizaines de milliers d’hectares et entraînant une perte de revenus massive pour les exploitants. Il a également révélé la fragilité de nos circuits d’approvisionnement et d’écoulement.

Nous réaffirmons ici notre volonté de bâtir une souveraineté alimentaire réunionnaise, qui repose sur trois piliers :

  • soutenir l’agriculture locale par un accompagnement massif, en particulier des petites exploitations,
  • favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs et la transmission des exploitations,
  • renforcer les outils de transformation et de distribution à l’échelle locale.

La concrétisation du Plan de souveraineté alimentaire signé à la Préfecture en 2023 doit être soutenue par des crédits d’État supplémentaires, fléchés sur des objectifs précis : autonomie protéique, structuration des filières animales, relocalisation des productions essentielles.


Résilience environnementale
Le passage du cyclone Garance a mis à mal de nombreux écosystèmes, fragilisé les sols, charrié des déchets dans les rivières et les lagons, et mis en évidence les limites de notre organisation en matière de collecte, de tri et de traitement des déchets. Il est urgent de renforcer notre politique de préservation des ressources naturelles, de restaurer les milieux dégradés et de renforcer les capacités d’absorption des sols (zones humides, forêts, mangroves…).

Nous demandons un Plan Vert pour La Réunion, intégrant des moyens pour la gestion forestière, la replantation, la protection du littoral, l’éducation à l’environnement, et un accompagnement des collectivités locales pour mieux intégrer les enjeux climatiques dans leurs politiques d’aménagement.


Conclusion
Le cyclone Garance est un choc pour notre territoire, mais il peut aussi devenir une opportunité : celle de reconstruire mieux, de renforcer nos solidarités, et d’ouvrir une nouvelle page de notre développement. Nous attendons de l’État un engagement à la hauteur des enjeux, fondé sur la confiance, la co-construction et l’adaptation aux réalités locales.

Face à l’urgence sociale, économique, climatique et environnementale, La Réunion a besoin d’une mobilisation exceptionnelle. Ensemble, engageons une transformation profonde pour bâtir une île plus résiliente, plus juste et plus autonome.

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