La mule d’argent avait tenté de soudoyer deux policières de la PAF
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Une mule d’argent, interceptée au départ de La Réunion avec 22.425 euros en juillet dernier, a été condamnée hier à quatre ans et six mois de prison ferme. Voyageant sous une fausse identité, Céline Sylla avait en outre tenté de corrompre deux policières de la PAF.
Le 2 juillet dernier, une voyageuse de 24 ans s’apprête à quitter La Réunion par le vol de nuit de la compagnie Corsair. Il est 18H45 quand elle passe sous le portique de la Police de l’Air et des Frontières (PAF). Comme celui-ci sonne, les fonctionnaires de la PAF décident de la contrôler. La jeune passagère se retrouve donc dans la cabine dédiée à la fouille corporelle.
Les deux policières présentes découvrent des renflements sous ses vêtements au niveau de son corps et de ses cuisses. Comprenant qu’elle est démasquée, la passagère tente de les soudoyer. « Elle nous a dit : je ne veux pas vous acheter mais prenez l’argent et ne dites rien… », a rapporté une des fonctionnaires de la PAF.
« C’est la première fois que l’on essaie d’acheter leur silence »
Sa collègue indique même que la jeune femme a secoué une liasse de billets pour les appâter. « C’est la première fois à notre connaissance que l’on essaie d’acheter leur silence… », observe le président Molié à l’audience correctionnelle. « J’ai eu peur. Je ne voulais plus de cet argent alors j’ai essayé de m’en débarrasser », s’empêtre la prévenue, tête basse et mine déconfite à la barre.
Dans le sac à main, sur le corps et sous la perruque, le cash
A l’aéroport Roland Garros, les douaniers prennent le relais. Ils découvrent que la passagère porte la somme de 14.190 euros sur elle. Les liasses de billets sont emballées dans du papier cellophane et fixées sur son corps et ses cuisses avec du sparadrap. Dans son sac à main, la mule d’argent détient 4.215 euros. Le reste, soit 4.120 euros, est dissimulé dans la perruque qui coiffe ses cheveux, tressés au ras de sa tête. Il y en a en tout pour 22.425 euros.
Placée en garde à vue, la jeune femme se présente sous une vraie-fausse identité. Ses papiers sont au nom de sa sœur. Ce qui lui permet de prétendre à tort qu’elle n’a jamais mis les pieds à La Réunion alors que son voyage éclair de trois jours est le second effectué dans l’île depuis 2024. Au passage, celle qui est sans ressource masque d’autres voyages effectués aux Antilles, plaque tournante de la cocaïne. Martinique, Guadeloupe et surtout Guyane.
Une fausse identité pour gommer ses voyages et son casier
La carte d’identité de la sœur présente un autre avantage non négligeable. Elle gomme le casier judiciaire de la passagère. Avec ce tour de passe-passe, les policiers vont ignorer pendant plusieurs heures qu’elle se nomme Céline Sylla et qu’elle a déjà été condamnée pour détention et/ou trafic de produits stupéfiants.
En 2023, elle a écopé d’un an de prison ferme et d’une interdiction de se rendre en Guyane pour y avoir joué le rôle de mule. A Evry, elle était également en possession de drogue quand elle a écopé d’un an de prison. Ce qui fait d’elle une récidiviste.
Un mystérieux trafiquant nommé « Parigot »
La supercherie a tenu jusqu’à ce qu’un enquêteur du STPJ découvre le pot aux roses en examinant de plus près la photo de la pièce d’identité qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. « Vous aviez déjà été condamnée comme mule avec des stupéfiants et vous recommencez avec de l’argent… », l’interpelle le président Molié. « Je n’ai pas réalisé la gravité de ce que je faisais sinon je n’aurais pas pris le risque de perdre une seconde fois ma liberté », nie la jeune femme.
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En garde à vue, Céline Sylla évite de trop en dire aux enquêteurs bien qu’elle trempe depuis un bon moment dans le business de la drogue. Qui est son contact ? Selon elle, il s’agit d’un mystérieux trafiquant qui se fait appeler « Parigot ». Le téléphone de la mule n’éclaire pas davantage la lanterne des enquêteurs. Car les conversations se font via le réseau d’échanges éphémères Snapchat.
« Je réalise que ce que j’ai fait est mal »
Le président indique que des résidus de cocaïne ont été détectés sur les billets de banque transportés. Pour autant, la prévenue soutient qu’elle ignorait l’origine des fonds. « On ne m’a pas parlé de drogue. Pour moi, c’était en lien avec une activité de location de voiture. Je n’aurais pas accepté si je l’avais su… », affirme-t-elle face à ses juges qui font la moue.
« Vous deviez toucher 2 à 3.000 euros. Depuis quand on fait transporter de l’argent en échange d’une telle somme sachant que vous dites en avoir évalué le montant à 10.000 euros ? », lui oppose le président Molié. Céline Sylla élude la question. « J’ai simplement voulu rendre service même si c’était dans mon intérêt aussi. » « Qu’en pensez-vous aujourd’hui ? », poursuit le président Molié. « Je réalise que ce que j’ai fait est mal. Résultat, je suis loin de ma mère alors qu’elle est malade et qu’elle a besoin de moi », lâche-t-elle des sanglots dans la voix.
« Assurer la rémunération des trafiquants qui ne peuvent pas tout blanchir à La Réunion »
Pour la représentante du ministère public, « le cas de Madame relève de la même gravité que le transport de cocaïne ou de résine de cannabis ». Et d’ajouter : « Cela permet à ce trafic extrêmement lucratif de prospérer et d’assurer la rémunération des trafiquants qui ne peuvent pas tout blanchir sur La Réunion. » Pour la magistrate, le doute n’est pas permis. « Elle avait conscience de l’origine et de l’ampleur des sommes transportées. »
La vice-procureure rappelle que la prévenue a effectué pas moins de sept voyages à La Réunion et aux Antilles depuis 2022 alors qu’elle ne gagne pas un sou. Pour elle, « le transport d’une somme d’argent faramineuse, l’usurpation d’identité et la tentative de corruption des fonctionnaires de la PAF prouve que Madame est ancrée dans la délinquance et qu’elle en connaît les implications ».
Réquisitions suivies à la lettre : 4 ans et demi de prison ferme
Raison pour laquelle la magistrate requiert quatre ans de prison ferme pour le transport des fonds et six mois ferme pour l’usurpation d’identité. Sans compter la confiscation des 22.425 euros saisis, une amende douanière d’un montant équivalent et une interdiction de paraître à La Réunion pendant cinq ans. L’avocate de la défense a bien tenté d’alléger l’addition. Peine perdue. Les juges ont suivi les réquisitions de la représentante du parquet à la lettre en retenant les mêmes griefs qu’elle avait énoncés.


