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La mule d’argent "coffrée" pour 83.740 euros joue les ingénues

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 23 septembre 2025 à 10H09

Hier, une jeune femme de 24 ans, originaire de l’Essonne, a été condamnée à deux ans de prison ferme. En août dernier, Doriane L. avait été interceptée au départ de l’aéroport Roland Garros avec des liasses de billets en pagaille pour un montant de 83.740 euros. C'est la troisième mule d'argent coffrée depuis le mois de juillet dernier.

Le trafic de drogue est si prospère à La Réunion que des têtes de réseau opérant depuis la métropole et/ou les Antilles sont désormais implantées sur l’île, parfois en présentiel ou par le biais de complices au plan local. En témoignent la grosse trentaine de mules, chargées de produits stupéfiants, interceptées depuis le début de l’année. Et ce n’est que l’arbre qui cache la forêt comme tout le monde s’en doute.

Seulement, les sommes mirobolantes que génère le trafic de cocaïne, de résine de cannabis, de MDMA et autres substances en lien avec les paradis artificiels se doivent à un moment ou un autre de repartir dans l’hexagone. Deux moyens s’offrent alors aux trafiquants : les transferts de fonds via des comptes taxis, généralement ouverts en ligne, qui ont commencé à apparaître dans de récentes procédures judiciaires. L’autre moyen, plus classique, consiste à faire appel à des mules d’argent au départ de La Réunion. Signe des temps : les douanes sont dotées depuis peu d’un chien dont la spécialité est la détection des billets de banque.

Sur les cuisses, dans le soutien-gorge et sous la perruque

Ce n’est sans doute pas un hasard non plus si, coup sur coup, trois mules d’argent ont été prises la main dans le sac au départ de l’aéroport Roland Garros. Le 10 juillet dernier, une jeune femme de 25 ans a été ainsi arrêtée avec la bagatelle de 172.310 euros sur elle, fixée à même son corps avec du sparadrap. Le 17 septembre, elle a été condamnée à deux ans de prison ferme assortis d’un mandat de dépôt par le tribunal judiciaire. Une peine insuffisante aux yeux du parquet de Saint-Denis, qui en avait requis le double, et qui a donc fait appel de la décision.

Lire aussi : La mule d'argent aux 172.310 euros condamnée

Hier, le tribunal judiciaire a renvoyé au mois de novembre prochain le procès d’une autre mule d’argent, maintenue en détention jusque-là. Diakhoumba S. a été contrôlée le 2 juillet dernier au départ de La Réunion, en possession d’une somme assez rondelette de 22.425 euros. Les liasses étaient fixées sur ses cuisses, glissées dans son soutien-gorge et même plaquées sous la perruque qui coiffait sa tête. La demoiselle n’est pas une novice puisqu’elle a déjà été condamnée à deux reprises par le tribunal judiciaire de Cayenne et une fois par celui de Bobigny pour avoir transporté de la drogue en qualité de mule, au fil de l’année 2023.

Tentative de corruption au tapis à bagages

En étant promue au transport de fonds, cela pourrait signifier que la banlieusarde a acquis la confiance de la tête de réseau et une certaine expérience, probablement. Cette jeune personne n’a d’ailleurs pas froid aux yeux puisqu’elle n'a pas hésité à proposer un petit arrangement aux deux agents de sûreté, chargés de la contrôler à son passage au tapis à bagages. Une fois appréhendée, les enquêteurs ont découvert qu’elle voyageait sous l’identité d’une sœur, sans pour masquer son casier judiciaire.

Hier après-midi toujours, une seconde mule d’argent comparaissait devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. Agée de 24 ans, Doriane L. s’est avancée toute penaude à la barre. Le 17 août dernier, les douaniers l’ont repérée à son attitude quelque peu anxieuse. Le flair du chien des douanes a fait le reste.

Des airs de sainte-nitouche et 25 liasses de billet sur le corps

S’approchant de la passagère, l’animal, dressé pour détecter les billets de banque, a marqué l’arrêt sans l’ombre d’un doute. Le contraire aurait été étonnant puisque la demoiselle aux airs de sainte nitouche transportait une petite fortune sur elle. 83.740 euros très précisément. Ainsi répartis : 4.000 euros dans son sac à main, 720 euros dans sa valise cabine et le reste fixé avec du sparadrap sur son corps au moyen de 25 liasses de 2.000 à 4.000 euros.

Venue de l’Essonne où elle réside chez sa mère, la prévenue, sans ressource depuis qu’elle a perdu son emploi de serveuse, effectuait ainsi son quatrième voyage éclair en huit mois à La Réunion. Deux à trois jours sur place à chaque fois. « Qui a financé ces voyages ? », s’intéresse le président Bernard Molié. « Ma mère. » « Que fait elle dans la vie ? » « Femme de ménage. » « Et elle peut vous payer quatre billets ? » Silence embarrassé.

Condamnée en janvier dernier à six mois de prison ferme pour avoir pris part à un trafic de stupéfiants, Doriane L. indique à la barre que son contact à La Réunion lui avait dit que « tout était légal car c’était son argent ». « C’était tellement légal que l’argent était emballé dans de la cellophane et que l’on vous a bandé les yeux pour vous conduire à l’appartement… », coupe le président Bernard Molié.

« Je regrette. Je ne veux pas gâcher ma vie, je veux m’en sortir », lâche la jeune femme, des trémolos dans la voix. « Vous transportez plus de 83.000 euros et vous ne vous demandez pas dans quoi vous trempez ? », insiste la vice procureure. « Dans rien du tout. Si j’avais l’habitude de faire ça, je n’aurais pas stressé à l’aéroport », sanglote la prévenue. La magistrate n’en croit pas un traite mot. « Vous êtes déjà connue pour trafic de stupéfiants. Vous savez dans quel circuit illégal vous trempez. »

« Les donneurs d’ordre s’en foutent royalement »

À l’attention des juges, la représentante du ministère public lance : « Elle nous a joué le parfait numéro de la naïve à la barre et lors de la procédure sans jamais nous dire à qui elle devait redonner l’argent. Elle participe au recyclage de l’argent sale qui ressort d’un trafic de stupéfiants ou de toute autre activité illicite. Il faut bien que l’argent ressorte si on fait venir de la drogue. » La magistrate requiert en conséquence quatre ans de prison ferme avec interdiction de séjourner à La Réunion pendant cinq ans et une amende d’un montant identique à la somme qui a été confisquée.

Pour Me Sébastien Navarro, « cette triste histoire est un bis repetita ». L’avocat de la défense déplore que « jamais ceux qui tirent les ficelles sont de ce côté de la barre, contrairement aux gamines dont ils profitent ». Pour lui, elle n’est qu’un petit maillon. Il est persuadé que lui infliger une peine lourde n’aura pas d’effet sur les gros bonnets. « Les donneurs d’ordre s’en foutent royalement », claque-t-il. Quant aux autres mules, il est persuadé qu’elles ne lisent pas les médias locaux. Enfin, il estime qu’il n’est « pas nécessaire d’exclure aussi longtemps une gamine de 24 ans qui peut être réinsérée ».

Le tribunal judiciaire l’a partiellement entendu. Doriane L. a été finalement condamnée à deux ans de prison ferme, cinq ans d’interdiction de paraître à La Réunion et à une amende douanière du même montant que la somme d’argent confisquée.

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