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Joé BEDIER : "Didier Robert contre l'égalité réelle"

Ecrit par zinfos974 – le lundi 23 janvier 2017 à 15H56

La charge de Didier Robert au Sénat contre le projet de loi « Egalité réelle outre-mer» va au-delà de la tradition politique française, qui veut qu’on s’oppose beaucoup par principe, un peu pour corriger ou -cela arrive – pour enrichir un projet. L’intervention de notre parlementaire exprime et traduit, elle, des orientations et positions qui sont inquiétantes pour l’avenir de l’île.

L’assaut contre le projet de loi commence symboliquement par la proclamation du dogme de l’ultra libéralisme  et la présentation de l’égalité comme un « concept creux » et surtout un des « grands dangers pour la démocratie». Exit donc de notre devise républicaine l’égalité, une des trois grandes valeurs qui sont la base de notre « vivre ensemble » ! Une position qui s’inscrit dans la ligne politique de la droite locale la plus dure : son  ami Jean-Paul Virapoullé ne s’était-il pas opposé  il y a vingt ans à l’égalité sociale ? 

Vient ensuite un  monument d’inepties sur l’outre-mer et cela de la bouche même d’un de ses représentants : le retard sur la métropole se réduit à « des efforts de rattrapage et d’ajustement (qui) sont encore à réaliser sur certains sujets…comme pour certains territoires métropolitains également » ! Et ces « sujets » qui sont pour lui  les seuls à justifier  des efforts de rattrapage sont l’accès aux filières d’excellence, la diffusion de toutes les chaînes de télévision nationale, la préparation aux concours et la possibilité de retour après mobilité !  Les taux record de chômage, de pauvreté, d’illettrisme, deux à trois fois plus élevés qu’en métropole, les retards considérables en matière de développement économique, d’éducation, de formation, de santé, tout cela ne relève pas pour lui du rattrapage et en tout cas ne mérite pas des « efforts ».

Qu’un élu aussi important de l’outre-mer puisse tenir un discours si éloigné de la réalité est grave et ne permet pas  d’espérer  de lui et de son camp politique les initiatives, propositions et décisions exigées par la situation, si ce n’est comme il le dit lui-même quelques « ajustements » qui restent à faire. Sans compter le mépris sinon l’insulte adressé à la face de la population réunionnaise qui connait chaque jour les drames du chômage et de la pauvreté.

M. Didier Robert persiste  par ailleurs dans l’hypocrisie qui consiste à revendiquer haut et fort la reconnaissance des spécificités locales et « une plus grande liberté » pour nos collectivités, tout en se rangeant à chaque fois du côté des assimilationnistes et dogmatiques du droit commun. Il en est ainsi de notre identité culturelle : il dénonce dans un modèle d’opportunisme politique une déclaration de François Fillon sur la colonisation, qui l’aurait heurté profondément en tant que Réunionnais, alors que quelques mois auparavant il s’opposait au projet de loi constitutionnelle nécessaire à la ratification de la charte européenne des langues régionales…
 
C’est le même Didier Robert qui  dénonce le pilotage trop généralisé des politiques par l’Etat et dans le même temps défend l’amendement Virapoullé qui empêche nos collectivités de décider elles-mêmes des mesures d’adaptation ; lui encore qui privilégie « l’expérimentation », une procédure précisément pilotée par l’Etat ! Et dois-je rappeler à notre sénateur qu’on n’a pas vu de proposition d’amendement de sa part  pour introduire dans la loi NOTRe (nouvelle organisation de la République) du  7 août 2015 des dispositions spécifiques aux régions et départements d’outre-mer ?

Quand Didier Robert conteste la notion d’égalité réelle et la présentation même du projet de loi, comment ne pas signaler la phrase prononcée avec solennité en ouverture des débats par le président du Sénat, Gérard Larcher : « Le Sénat examinera avec la plus grande attention le projet de loi qui lui est soumis, en gardant toujours à l’esprit que les outre-mer constituent, comme le rappelaient dans leur rapport de 2009 Serge Larcher et Eric Doligé, un défi pour la République et une chance pour la France ». C’est, il est vrai, un autre niveau de responsabilité.

Joé BEDIER
Conseiller régional

 

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