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Jessie Redmon Fauset, une figure clé de la Harlem Renaissance

Pour fuir les ségrégationnistes tout en étant à la recherche d’un emploi, une grande partie de la population noire du Sud des États-Unis s’installe, à partir de 1900, dans les grandes villes du Midwest et de l’Ouest. Harlem, ce quartier de New York déserté par les Blancs, attire de plus en plus les écrivain-e-s, les […]

Ecrit par Reynolds MICHEL – le mercredi 03 février 2021 à 10H29
Pour fuir les ségrégationnistes tout en étant à la recherche d’un emploi, une grande partie de la population noire du Sud des États-Unis s’installe, à partir de 1900, dans les grandes villes du Midwest et de l’Ouest. Harlem, ce quartier de New York déserté par les Blancs, attire de plus en plus les écrivain-e-s, les artistes et les militant-e-s afro-américain-e-s. Sous leur impulsion, Harlem retrouve une nouvelle jeunesse. On a parlé à juste titre de Renaissance pour qualifier cette période des années 1920 et 1930, sans doute la plus riche, en influence, de l’histoire littéraire et artistique afro-américaine. Parmi les figures clés qui ont œuvré à l’émergence de jeunes talents littéraires se trouve une femme. C’est la rédactrice littéraire de la revue The Crisis : Jessie Redmon Fauset (1882-1961). Pour Langston Hughes, poète majeur de cette période, Jessie Fauset est l’une des trois personnes « who midwifed the so-called New Negro Littérature into being »( qui ont fait advenir ce qu’on nomme la Renaissance de Harlem). Mais qui est dont cette femme qui a contribué avec  Charles Spurgeon Johnson, et Alain Lock à la Renaissance de Harlem ?
 
Une afro-américaine de classe moyenne
 
Jessie  Redmon Fauset est surtout connue pour son implication dans le mouvement littéraire de la Renaissance à Harlem. Elle s’est également affirmée comme poète, essayiste et romancière. Jessie Redmon Fauset est née le 27 avril 1882 dans le comté de Camben, au New Jersey, proche banlieue de Philadelphie. C’est la fille d’un pasteur de l’Église méthodiste africaine, Redmon Fauset. Au décès de sa mère, Annie Seamon, alors qu’elle était encore très jeune, son père s’est remarié. 
Elle a grandi dans une famille de classe moyenne de sept enfants relativement pauvre, mais dont l’éducation et la culture des enfants étaient le souci majeur. Jessie Fauset a pu fréquenter les meilleures écoles, notamment l’école supérieure de filles de Philadelphie, où elle était probablement la seule Afro-Américaine de sa classe. Après l’obtention de son diplôme, elle a voulu poursuivre ses études au Bryn Mawr College. Mais pour éviter la présence d’une étudiante afro-américaine dans l’établissement, l’institution a préféré offrir à la brillante élève une bourse d’études à l’Université de Cornell dans le Nord de l’État de New York. Elle est sortie diplômée de Cornell en 1905, avec le grade de Bachelier (M.A) et la distinction de la société d’honneur universitaire Phil Betta Kappa. 
 
Mais pour une afro-américaine, même diplômée en langues classiques et brillante, trouver un poste d’enseignante dans une école à Philadelphie était quasi impossible à l’époque. Faute de trouver une école à Philadelphie pour l’accueillir comme enseignante, elle a dû se contenter d’un poste de français et de latin dans un lycée de Baltimore, puis à Washington jusqu’en 1919. Tout en enseignant, elle a obtenu une maîtrise en français (M.A) à l’Université de Pennsylvanie et un certificat en langue et culture à la Sorbonne. Elle a commencé durant cette même période, plus exactement dès 1912, à écrire des poèmes, des « Short Stories » (petites histoires) et des essais en les proposant au magazine de la NAACP, The Crisis, fondé et édité par W.E.B Du Bois, sociologue, écrivain et infatigable militant des droits civiques.
Rédactrice littéraire de The Crisis
Impressionné par la qualité et la pertinence des textes de Jessie Redmon Fauset,  l’éditeur de The Crisis, l’invite donc à rejoindre l’équipe du magazine comme rédactrice littéraire. À ce poste, Fauset va se révéler non seulement comme une excellente éditrice, une écrivaine de grande classe, mais également comme une dénicheuse de grands talents. Comme rédactrice, de 1919 à 1926, c’est-à-dire durant les années phares de la Renaissance de Harlem, elle a fait connaître, encourager, voire guider, les meilleurs talents de l’époque, même les plus radicaux. Ils et elles se nomment Langston Hugues, Countee Cullen, Jean Toomer, Claude McKay, Georgia Douglas Johnson, Gwendolyn Bennett et ont été et sont toujours des célébrités littéraires.
Jessie Fauset est aussi connue comme romancière, l’auteure de There Is Confusion (1924), Plum Bun (1928), The Chinaberry Tree (1931), et Comedy : American Style (1933). Dans ses quatre romans, elle met en scène la vie des afro-américain-e-s de classe moyenne de cette période, notamment ceux et celles qui ont réussi. En mettant en avant la qualité de vie de l’élite noire américaine, l’auteure veut surtout contrer les représentations stéréotypées du New Negro dans la fiction des auteurs blancs. Comme Nella Larsen et d’autres auteurs de cette période, elle aborde dans ses romans le problème de l’identité plurielle et le phénomène du Passing, particulièrement dans Plum Bun. Les femmes qu’elle campe dans ses romans sont des femmes de caractère qui refusent, en se battant pour l’égalité et l’indépendance, de se laisser définir par une société raciste et sexiste. 
Ses romans, notamment les premiers, ont été bien reçus de la part des critiques afro-américains (Alain Locke, W.E.B. Du Bois, Montgomery Gregory, George Chuyler…), du moins dans les premières années après leur parution. Ils ont été ensuite ignorés dans les années 1930, puis critiqués avant d’être réévalués très positivement par la critique féministe des années 1980 et 1990. En situant les romans de Jessie Fauset dans l’ensemble de ses écrits, les universitaires et auteures féministes américaines (Carolyn Wedin Sylvander, Deborah McDowell, Kathleen Pfeiffer et autres) ont pointé les dimensions négligées de l’œuvre de Fauset, tout en mettant en avant sa défense de la Black Racial Pride et son combat pour la cause des femmes afro-américaines.
Rendre les afro-américains fiers de leur histoire et de leur patrimoine
Au magazine The Crisis, Jessie Fauset n’a pas seulement contribué à l’émergence d’une authentique « voix noire » dans la littérature américaine, elle a lancé le périodique, The Brownies ‘Book (1920-1921), destiné aux enfants afro-américains. Elle visait à rendre les enfants afro-américains fiers de leur histoire et de leur patrimoine. Dans ses publications, environ une soixantaine d’écrits ont paru dans The Crisis, Fauset intervient sur toutes les grandes questions du moment allant de la question de couleur au Nationalisme en Egypte en passant par les luttes anti-impérialistes. Jessie Fauset est une militante des droits civiques et du panafricanisme qui mène, au sein de la NAACP, le combat pour l’avancée du monde noir en Amérique et à travers le monde. D’où sa participation en tant que délégué de la NAACP au deuxième congrès Panafricain, à Londres et à Bruxelles, en 1921. 
En 1926, Jessie Fauset, qui a alors 44 ans, décide, sans doute pour laisser la place à la jeune génération, de quitter The Crisis. Elle tente alors de trouver un poste dans l’édition, allant même jusqu’à proposer de travailler chez elle, si la question de couleur surgissait. Malgré ses compétences, Jessie Fauset a été renvoyée, pour cause de racisme, à sa première profession : l’enseignement. Elle a enseigné le français à New York au lycée DeWitt Clinton  dans le Bronx, de 1927 à 1944. En 1929, elle épouse Herbert Harris et publie The Chinaberry Tree (1931) et Comedy, American Style (1933). Le couple est resté ensemble jusqu’à la mort d’Herbert en 1958. De santé plus fragile, elle s’est alors rapprochée de sa famille à Philadelphie. Elle est décédée le 30 avril 1961, quelques jours après ses 79 ans.
La Grande Dépression des années 1930 a complètement changé le monde que Fauset avait connu à son arrivée à The Crisis et durant la période phare de la Renaissance Noire  où l’on cherchait à offrir une autre image du Noir. Des écrivains noirs plus radicaux et plus critiques occupent désormais le devant de la scène littéraire. Ils se veulent plus proches des masses populaires. Dans ce nouveau contexte, une romancière qui parle et valorise la vie des afro-américain-e-s de classe moyenne, est vouée à l’oubli. Mais comme la réception d’une œuvre n’ait jamais la même d’une époque à l’autre, les écrits de Jessie Fauset, relancés et republiés dans les années 1960 et 1970, sont depuis redécouverts, étudiés et revalorisés. Il en est de même des écrits de Zora Neale Hurston ou de Nella Larsen. Et ce, grâce à la critique littéraire féministe noire en quête de toutes les formes d’expression qu’ont utilisées des générations de femmes noires pour résister à l’oppression du racisme et du sexisme.
 
Sources :
DICKINSON Laurie, Jessie Redmon Fauset, Voices from the Gaps, University of Minnesota, 07/01/1996
GARCIA Claire, Jessie Redmon Fauset’s « Dark Algiers the White », 2007
In ScholarsCompass.vcu ;edu, cgi, vie, Novembre 2006.
JERKINS Morgan, The forgotten work of Jessie Redmon Fauset, 18/02/2017.
 
 

 

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