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J'éprouve une sorte de malaise face à ces Etats généraux...

Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 15 avril 2009 à 10H55

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Les Etats généraux de l'Outre-mer vont donc commencer dans quinze jours... et tous les journalistes présents ont levé les yeux au ciel, hier après-midi, quand le Préfet Richard Samuel leur a demandé s'ils avaient une idée de ce en quoi ça consistait précisément...
Si les journalistes spécialisés n'avaient qu'une vague idée de ces Etats généraux, je vous laisse imaginer ce qu'il en est du Réunionnais de base. Et par voie de conséquence de sa motivation pour y participer.
Depuis la réunion d'hier après-midi, nous y voyons un peu plus clair. Il y aura donc huit ateliers avec à leur tête, pour chacun, un président et plusieurs rapporteurs de sensibilités différentes. Ces ateliers se réuniront là où ils le souhaitent, à la Préfecture, mais aussi ailleurs et pourquoi pas dans différents endroits de l'île.
Chaque atelier rendra une synthèse de ses travaux, synthèses qui seront mises en commun sous la responsabilité du Préfet Paul Girot de Langlade, pour devenir une sorte de projet régional. Et c'est à ce moment qu'apparaissent les trois "experts transversaux" que sont Françoise Vergès pour la Réunion, Fred Constant pour la Martinique et Daniel Maximin pour la Guadeloupe, à qui il reviendra de faire une synthèse des synthèses et d'en extraire des propositions, y compris sous forme de projets de lois, voire même de réformes constitutionnelles, en vue du Conseil interministériel de l'Outre-mer présidé par le président de la République à la fin de l'année...
Je ne peux préjuger de la situation en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, n'y résidant pas. Il est probable, à ce qu'on en dit, que la mobilisation y soit forte au regard d'un réflexe identitaire affirmé et d'une mobilisation toujours pas retombée après les récents événements. Par contre, pour la Réunion que je connais mieux, ce n'est pas faire outrage au Préfet Samuel que d'affirmer que, s'il n'y avait eu la polémique sur la nomination de Françoise Vergès, l'immense majorité des Réunionnais n'en aurait même pas entendu parler...

Pour ma part, j'avoue éprouver une sorte de malaise face à ces Etats généraux.
Il me revient tout d'abord à l'esprit ces avertissements d'amis parisiens, très haut placés dans les rouages de l'Etat, qui me révélaient en chuchotant, comme s'ils avaient peur d'être entendus, qu'ils étaient très inquiets pour l'avenir des DOM et de la Réunion en particulier. Nicolas Sarkozy, à la différence de Jacques Chirac, n'aime pas particulièrement les DOM, et il est entouré de conseillers qui ne cessent de lui répéter que nous coûtons trop cher à la France et qu'il est temps de nous accorder plus d'autonomie. Au moins, comme cela, nous gérerons nous mêmes nos problèmes, et nous arrêterons de les embêter, eux qui ont déjà tellement de choses sérieuses à manager...
Il y a ensuite ces indiscrétions, qui viennent des mêmes sources ou d'autres locales, qui font état d'une "proximité" très forte entre Nicolas Sarkozy et Paul Vergès...
Ajoutez à cela la nomination de Françoise Vergès comme "experte transversale", rôle qui sera déterminant dans la dernière ligne droite avant le Comité interministériel. D'autant que son activisme ne risque pas d'être contrebalancé par les deux autres "experts transversaux" puisqu'ils sont tous deux écrivains... spécialistes de la question de l'esclavage. Pour ceux qui en doutent, allez voir leurs CV sur Google (Fred Constant et Daniel Maximin). Étonnant d'ailleurs qu'on nomme des écrivains à ces postes, qui auraient plutôt requis des juristes...
Mon sentiment, et je l'ai d'ailleurs dit hier à Richard Samuel, est que "Paris" a décidé un changement de statut pour les DOM et qu'on veut nous faire passer la pilule, sous couvert de "démocratie participative", en nous donnant l'illusion que le souhait vient des Domiens eux mêmes, et des Réunionnais en particulier. Ce qu'il n'a d'ailleurs pas nié, expliquant que le statut de "collectivité d'outre-mer" de l'article 74 de la Constitution permettait une grande diversité, contrairement à l'article 73 qui régit les départements et régions d'outre-mer...
Le risque, à mon avis, est que ce soit toujours les mêmes hommes politiques, apparatchiks de partis, responsables syndicaux et présidents d'associations, tous du même bord, qui accaparent la parole dans les ateliers car eux seuls ont le temps de "pondre" des propositions qui iront toutes, comme par hasard, dans le sens de la voix de leur maître de la pyramide inversée. Et dans celle de celui résidant à l'Elysée.
Et combien on parie qu'au final, "on" va venir nous expliquer que les Réunionnais souhaitent un changement de statut? Comme si les problèmes liés au pouvoir d'achat, aux monopoles qui gangrènent l'économie réunionnaise, au niveau des salaires, à l'insertion de la Réunion dans l'océan indien, dépendaient de son statut...
Mais attention...
Attention à ne pas confondre les attentes (?) des Antillais avec celles des Réunionnais...
Attention à ne pas sacrifier l'avenir des Réunionnais en échange d'une paix sociale garantie sur du court terme par Paul Vergès et en remerciement du fait qu'il ait empêché que la Réunion ne suive l'exemple de la Guadeloupe et de la Martinique lors des derniers événements...
Attention à ne pas oublier que tous ceux qui ont voulu toucher au statut de la Réunion se sont brûlés les doigts...
Je connais au moins un sénateur du côté de Saint-André qui ne rêve que d'une chose: refaire le coup du "Coup pas nou", dans l'hypothèse où on consulterait au final les Réunionnais à travers un référendum local...

 

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