Revenir à la rubrique : Politique

Inégalités systémiques outre-mer, loi contre les discriminations de Parcoursup et montée du masculinisme : Evelyne Corbière fait sa rentrée parlementaire

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 20 août 2026 à 16H30

La sénatrice réunionnaise Evelyne Corbière fait le bilan de son activité parlementaire marquée par l’adoption récente de son rapport sur les inégalités systémiques outre-mer. Elle a rappelé par ailleurs sa proposition de loi visant à lutter contre les effets discriminatoires de Parcoursup et a présenté les travaux sur le masculinisme de la Délégation aux droits des femmes du Sénat.

Ce ne sera pas un rapport de plus destiné à remplir la bibliothèque du Sénat, veut espérer Evelyne Corbière, qui souligne que le travail de la commission d’enquête sur les inégalités systémiques outre-mer, dont elle était la rapporteure, a été adopté par ses collègues de la majorité, alors qu’elle-même siège dans le groupe d'opposition communiste.

Ce jeudi 20 août, la sénatrice a fait sa rentrée parlementaire à Saint-Denis plutôt qu’au palais du Luxembourg, lors d’une conférence de presse qui s’est ouverte sur les principales recommandations de cette commission d’enquête présidée par une autre réunionnaise, siégeant chez Les Républicains celle-ci, Viviane Malet.

Pour Evelyne Corbière, ce rapport marque un cap car il permet de dépasser l’analyse qualifiant généralement comme structurelles les inégalités qui perdurent dans les Outre-mer. « Les inégalités sont héritées de l'histoire coloniale, les liens économiques et commerciaux avec l’Hexagone se font au détriment de l'intégration régionale et c'est aussi la problématique de la vie chère qui a été pointée plusieurs fois. Un autre constat systémique, c'est que les inégalités se reproduisent de génération en génération et c'est précisément ce fait-là qui nous a poussés à conduire cette commission d'enquête », avance Evelyne Corbière.

« En Outre-mer, on tolère l’intolérable »

Selon elle, ce caractère systémique des inégalités « est aujourd'hui partagé par plusieurs ministres » comme Naïma Moutchou (Outre-mer) ou Jean-Pierre Farandou (Travail). « Une pénalité ultramarine qui se cristallise autour de l’égalité des chances », avec 12% de chance en moins pour les jeunes d’accéder à un emploi que dans l’Hexagone, et 45% de chance en moins d’accéder à un poste de cadre.

En se référant à l’indice de Gini, un coefficient qui mesure les inégalités de revenus et la répartition des richesses dans un pays, la sénatrice souligne que le rapport parlementaire a permis d’établir que les territoires de la France océanique s’approchaient ou dépassaient le seuil critique qui les rapproche des pays les plus inégalitaires au monde, la RD Congo et le Brésil.

« En Outre-mer, on tolère l’intolérable », s’insurge l’ancienne présidente de l’UFR, qui cite quelques recommandations issues des 63 proposées au total par le rapport sur les inégalités systémiques outre-mer, en commençant par la principale : le vote d'une loi de programmation et d’orientation qui couvrirait deux exercices de programmation des fonds européens, priorisée sur l’accès à la santé et à l’emploi, avec une prise en compte des politiques alimentaires et énergétiques des territoires.

Pour l'application du tarif social de l'internet en Outre-mer

Création d’un contrat aidé unique pour l’Outre-mer, prise en compte des langues régionales dans l’apprentissage, adoption d’un plan de diabète national, revalorisation de la prime d’activité pour tenir compte du coût local de la vie ou encore application de dispositifs existant dans l’Hexagone comme le tarif social de l’internet figurent parmi les recommandations de la commission d’enquête du Sénat.

Ce travail parlementaire a donné naissance à des propositions de loi, en cours ou déjà déposées comme celle visant à lutter contre les effets discriminatoires de Parcoursup, dont Evelyne Corbière est à l’initiative. Mais pour l’heure, la sénatrice se heurte à un mur d’ignorance du ministère de l’Éducation lorsqu’elle fait savoir que le simple fait pour un lycéen de se positionner sur certains vœux dans Parcoursup entraîne des frais supplémentaires, pouvant atteindre 180 euros. Autre problème d'accès relevé : le sujet des entretiens qui ne se déroulent qu’en présentiel, ce qui discrimine les candidats ultramarins.

Lire aussi : Parcoursup : la sénatrice Évelyne Corbière veut mettre fin aux "discriminations et à l’opacité"

La sénatrice du groupe Communiste républicain citoyen et écologiste - Kanaky se positionne aussi en faveur d’un coefficient de pondération appliqué aux subventions publiques d’État accordées outre-mer, afin de compenser les coûts supplémentaires liés à l’insularité. Le rapport préconise la création d'un statut de Grand projet ultramarin pour les projets structurants comme le train Réunion Express ou le port en eau profonde de Guyane, avec un accompagnement renforcé de l'État et des procédures adaptées.

Le masculinisme, un mouvement proche de l'ultra-droite

Enfin, en tant que vice-présidente au Sénat de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, elle rappelle le rapport d’information de ses collègues parlementaires paru en juin dernier et portant sur la montée du masculinisme en France, un mouvement proche de l’ultra-droite comme le confirme la DGSI, auditée par les sénatrices.

Qualifié de « nouvelle offensive contre la femme », le masculinisme se propage notamment sur les réseaux sociaux, mais aussi de manière physique parmi des groupes d’hommes qui s’organisent pour agresser, parfois sexuellement, des femmes ciblées au hasard. La délégation de sénatrices recommande notamment d’imposer aux plateformes numériques « de définir de manière précise les contenus à caractère sexiste, mysogine ou masculiniste au sein de leurs conditions générales d’utilisation (CGU) » ou encore d’élaborer « une stratégie interministérielle » visant à coordonner les politiques publiques de lutte contre les mouvements masculinistes.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :