“Il y aura des batay coqs pour le 20 décembre”

En réponse à l’interdiction provisoire des batay coqs à la suite de la découverte de la maladie de Newcastle dans une basse-cour du Tampon, des centaines de propriétaires de coqs ont manifesté ce matin devant la préfecture et obtenu, à la sortie, une dérogation pour l’ouverture de cinq ronds tout autour de l’île.
Une manifestation pour obtenir une dérogation. Pour ceux qui avaient un doute sur la vitalité de la tradition de la batay coq à La Réunion, ils ont été servis. Plus de 400 propriétaires de coqs de combat ont manifesté ce matin devant les grilles de la préfecture pour obtenir la levée de l’arrêté interdisant la pratique dans l’île jusqu’à nouvel ordre, à la suite de la découverte d’un foyer de la maladie de Newcastle dans une basse-cour du Tampon. Une zone de protection de 3 km et une zone de surveillance de 10 km ont aussi été délimitées autour du foyer.
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Une interdiction jugée “disproportionnée”
Une interdiction totale jugée excessive par les pratiquants : “Il y a eu un cas dans un élevage au Tampon, il y a eu un périmètre de protection mis en place, ce qui est normal et je comprends cette décision, mais son extension à toute La Réunion, c’est disproportionné par rapport à la réalité de la menace. C’est tout l’élevage traditionnel qui est remis en question. Oui, il faut protéger dans un périmètre défini, mais l’étendre sur toute l’île, c’est du jamais-vu”, clame Jean-François Hoareau, éleveur à Saint-André.
Comme tous les batailleurs présents ce matin, il l’assure : “On sait quand ils sont malades. Je m’occupe de mes coqs comme de mes enfants. On ne peut pas faire combattre un coq qui n’est pas au top de sa performance : il faut l’entraîner et qu’il soit en bonne forme.”

Une "première victoire”
En fin de matinée, une délégation a été reçue en préfecture et a notamment pu rencontrer le directeur de la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de la Réunion (DAAF), Jacques Parodi. À la sortie, le porte-parole des manifestants, Guy Barret, dit “Radio”, originaire de Saint-Louis, lève le bras et évoque au micro une “première victoire”.
“La batay coq, c’est notre tradition, notre patrimoine, notre identité”, commente-t-il à la sortie. La demande des manifestants portait sur une ouverture par dérogation pour les autres régions que le Sud, où se trouve le foyer.
Ils ont été entendus. Un accord a été trouvé avec les représentants des autorités, que le passionné et porte-parole loue pour leur “sérieux” et leur “envie de travailler”. L’accord porte sur une dérogation pour l’ouverture de cinq ronds dans l’île : à L’Étang-Salé, à La Saline-les-Bains, à La Rivière-des-Galets, à Saint-Denis et à Saint-Benoît.
Pas suffisant pour des manifestants
“Il y aura des batay coq pour le 20 décembre, c’est une première victoire et que le début”, clame le porte-parole, rappelant que le 20 décembre est un jour très important avec de nombreux tournois organisés dans toute l’île.
“Ils nous ont entendus, on pourra fêter le 20 décembre, en assurant un fonctionnement correct avec des bêtes saines : il y aura une dérogation”, poursuit Guy Barret.
L’annonce est saluée par la foule, certains mettant en avant une “avancée” et un “compromis”, mais beaucoup d’éleveurs protestent contre une dérogation qui ne concerne que quelques ronds, mettant les autres “dans l’illégalité”.
La préfecture défend des mesures “strictement sanitaires”
Du côté de la préfecture, on indique que “le préfet de La Réunion, attaché aux traditions réunionnaises, n’a pas vocation à interdire durablement ces événements. Les mesures mises en œuvre répondent exclusivement à des impératifs sanitaires, la maladie de Newcastle étant particulièrement contagieuse et mortelle pour la volaille”.
“Dans un esprit partagé de dialogue et de conciliation entre exigences sanitaires et préservation des traditions, les représentants ont formulé plusieurs propositions visant à sécuriser la pratique des batay coq, notamment autour du 20 décembre. Ces propositions seront examinées par les services de la DAAF, puis soumises à l’appréciation du préfet. À l’issue de cette analyse, les nouvelles modalités d’organisation des rond coq seront portées à la connaissance du public”, poursuit la préfecture.

Vers une levée totale de l’interdiction ?
Questionné à la sortie, le directeur de la DAAF, au-delà du 20 décembre, se dit plutôt confiant pour une levée de l’interdiction d’ici à la fin de l’année, compte tenu des “premiers contrôles qui sont favorables”. “Le seul but est de préserver l’état sanitaire de la population de volailles à La Réunion, ce n’est pas d’interdire les batay coqs.”
En attendant, le bras de fer se poursuit devant la justice, avec une audience prévue jeudi matin au tribunal administratif selon nos informations, un recours contre l’arrêté ayant été déposé par des propriétaires de coqs de combat.


