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Objectification et impact social : L’UFR ne couronne pas Miss Réunion

Alors que le concours de Miss Réunion approche, l'Union des Femmes Réunionnaises (UFR) monte au créneau. Après avoir critiqué le choix de la préfecture d'avoir impliqué les candidates pour la promotion de la prévention routière, c'est à présent ce type de concours qui est dans la ligne de mire de l'association. En effet, derrière les sourires, le strass et les paillettes, l'envers du décor cache parfois de sombres histoires et surtout contribue à maintenir un regard de la société sur les femmes où leur physique reste leur principal déterminant social.

Ecrit par Gaëtan Dumuids – le vendredi 11 août 2023 à 06H13

Comme chaque mois d’août, l’effervescence gagne l’île qui s’apprête à élire sa Miss Réunion. Un concours devenu une institution où la gagnante se verra offrir une véritable « vie de princesse » durant une année. Mais si les apparences peuvent faire rêver les jeunes filles, la face cachée de ces concours de beauté peut être terrible pour les participantes et, surtout, ont un impact bien réel sur la place des femmes dans la société.

C’est donc en toute logique que l’UFR exprime son opposition à ce concours. « Cela s’inscrit dans les statuts même de l’association. Ces concours sont défavorables, car ils portent une image dégradée et dégradante des femmes avec ces clichés habituels liés à l’apparence. Nous voyons ces concours d’un mauvais œil, car ils n’améliorent pas le regard sur les femmes. Les dogmes patriarcaux y transpirent », indique Évelyne Corbière, la présidente de l’UFR.

Pour comprendre les impacts sous-jacents de ces concours sur la société, elle rappelle les clichés qui y sont véhiculés. « Ces concours mettent en avant une certaine réussite sociale à l’inverse de ce qu’on espère pour les femmes. Il faut qu’une femme soit belle et grande. Quand elles n’ont pas ces critères standards, les femmes doivent toujours prouver plus. Ça, c’est du sexisme », ajoute-t-elle.

La chimère de l’image idéale

Mais en plus de glorifier les femmes uniquement sur leur corps, l’UFR estime que les critères éliminatoires de ces concours sont néfastes dans la quête de « l’idéal » féminin que veut la société. « C’est la manière de regarder le rapport à la diversité qui est dangereux. Car celles qui n’entrent pas dans ces critères n’ont pas les clés de la réussite sociale. De plus, ces concours font croire aux femmes que vivre selon ces clichés les rendront heureuses, ce qui est faux », souligne Évelyne Corbière.

Ce rapport à la beauté est l’une des causes des violences faites aux femmes dans leur quotidien et pousse certaines d’entre elles à taper à la porte de l’UFR. « Ces concours de beauté posent le problème de l’image idéalisée de la femme qui n’est pas la réalité. En conséquence, elles sont harcelées. Soit elles ont un physique agréable et doivent subir les comportements inappropriés, soit elles ne répondent pas aux standards et doivent être dégagées », s’alarme la présidente de l’association.

L’UFR accompagne ainsi de nombreuses candidates ou gagnantes de ces concours de beauté. « Il y a des dérapages et des frustrations liés à ces élections. Des femmes viennent vers nous car ça s’est mal passé. Ce n’est pas nécessairement le cas à Miss Réunion, mais prenez celui de Miss Earth où nous accompagnons les victimes », précise la présidente de l’UFR qui rappelle également le scandale qu’avait eu à subir Valérie Bègue après son sacre de Miss France.

Respecte le code la route et tu auras la Miss

Ce que déplore également l’UFR, c’est que l’Etat participe à répandre ce cliché en associant les candidates de Miss Réunion à une campagne de sécurité routière. Une association entre voiture et femme bien connue des services communication/marketing des marques automobiles où le message caché est : achète la voiture et tu auras la femme !

« L’association femmes/voitures est toujours utilisée. C’est le cas dans les concours, dans les salons automobiles ou autour des innovations technologiques. C’est bien ancré. Comme si c’était un pendant : à côté d’un bolide, il faut une belle femme. Ce n’est pas normal que la préfecture utilise cette image », regrette Évelyne Corbière.

Surtout, la présidente de l’UFR est interpellée par l’ironie d’un tel message. « On fait dire des messages sur la prévention routière ou l’écologie à des jolies filles. Ce n’est pas sérieux ni honnête, c’est juste de la communication. Elles vont ensuite le répéter sur leurs réseaux sociaux où l’on ne s’attarde pas sur le message, mais sur le corps de la femme qui y est associé. Lors de ces concours, on s’occupe de toutes les causes sauf du droit des femmes. Le visage de l’humanité ne peut pas s’exprimer qu’au travers du corps des femmes », conclut Évelyne Corbière.

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