Handicapée, elle subit les foudres de son compagnon qui la protège des démons

"En réalité, quelle tristesse", ce sont par ces mots forts que la défense de la victime a tenu à résumer ce dossier atypique. En effet, Joselito L., 40 ans, sous curatelle, a roué de coups sa compagne handicapée lors d'un épisode de "delirium tremens", le 5 octobre dernier au Port.
Alors qu'elle est au sol, il lui assène huit gifles au visage. Lors de cet épisode, le prévenu est en rupture de traitement pour des troubles psychologiques. Un deuxième acte, le 25 octobre 2023, entraînera l'intervention de la police grâce à un voisin qui appelle les secours suite aux nombreux "au secours" criés par la victime. Ce même voisin a pu filmer la scène depuis sa fenêtre en attendant les forces de l'ordre qui constateront un début d'incendie qui aurait pu être fatal à la victime en situation de handicap. L'homme est alors interpellé puis placé en détention provisoire dans l'attente de l'audience.
Ils se sont rencontrés lors d'un séjour en cure de sevrage
À la barre, il reconnaît, mais ne se souvient pas, compte tenu de son état alcoolique au moment des faits. Dans un silence de plomb, le président diffuse les vidéos devant un prévenu penaud. On peut entendre les hurlements de secours de la victime, trainée au sol et ne pouvant se lever alors qu'elle subit les coups de son bourreau. "C'était pour ne pas la laisser dehors", affirme le prévenu, entre gène et confusion. Il ajoute "avoir vu des démons s'approcher", raison pour laquelle il a mis le feu aux papiers. "J'ai arrêté mon traitement, car je sais qu'il ne faut pas boire avec", ajoute le quadragénaire. L'audience met en évidence qu'ils se sont rencontrés lors d'un séjour en cure de sevrage. "Elle est toujours hospitalisée à l'EPSMR et, elle est particulièrement choquée à cause de la violence psychologique subie. Elle a vécu une situation de mort imminente", fustige la partie civile qui appuie sur les 15 jours d'ITT de sa cliente.
Pour le parquet, "un drame a été évité de peu". Le procureur ajoute que "c'est un dossier différent compte tenu du contexte et de la situation des protagonistes". "Il faut l'éloigner d'elle", conclut le magistrat qui requiert une peine de deux ans de prison dont un an de sursis probatoire renforcé avec maintien en détention.
"Nous sommes au-delà de la tristesse", répond la défense. "J'ai été choquée par la saleté de cet appartement. Nous sommes dans la chronique d'un drame annoncé", poursuit la robe noire qui souligne un contexte de misère sociale extrême. "Cela fait deux mois qu'il est en détention provisoire. Le sevrage est déjà fait, je vous demande de ne pas le maintenir en détention. La prison n'est pas adaptée", plaide la défense.
Le tribunal condamne le prévenu à deux ans de prison dont un de sursis probatoire renforcé et le maintien en détention. Il lui est fait interdiction de contact et de paraître au domicile de la victime.


