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Grève des magistrats : "Le danger est de condamner à tout va pour ne prendre aucun risque"

Pas d'audiences, les tribunaux tournent au ralenti… Depuis ce matin, les magistrats et d'autres acteur de la Justice sont mobilisés à l'occasion de cette "journée morte".
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 10 février 2011 à 16H29


A Saint-Denis, à Saint-Pierre, comme partout en France, le monde de la justice a montré son mécontentement aujourd'hui. Par des petites actions symboliques et des rassemblements, magistrats et fonctionnaires de la justice ont porté leurs revendications, soutenus par d'autres à l'instar des syndicats de police, avocats ou encore personnels pénitentiaires.

A Saint-Denis, après un rassemblement tenu sur le parvis du tribunal, une table ronde a été organisée sur la thématique d'actualité : "Le suivi des délinquants". Une référence à l'affaire de Pornic qui est le détonateur de l'action nationale, mais pas le seul motif, car le problème est plus global et ancien : l'indépendance de la Justice et les moyens mis en œuvre pour lui permettre d'accomplir sa mission.

"Je crois en l'homme, je crois en la réinsertion"

Les débats ont été très animés lors de cette table ronde ouverte au public, et des problèmes de fond, délicats, ont été évoqués : "Si on commence à avoir peur de prendre des décisions, le danger est de condamner à tout va pour ne prendre aucun risque", explique un magistrat.

Un autre embraye : "Aujourd'hui on est tous responsables de tout. La pression sur les gens est importante. Le contexte ne permet pas d'avoir des gens "courageux", alors nous devons combler ce manque par une défense collective".

Une juge d'application des peines ajoute face à l'assemblée : "Je crois en l'homme, je crois en la réinsertion. Mais parfois je me dis que c'est trop de responsabilités sur mes épaules. J'ai 2.000 dossiers à suivre, parfois pour des faits extrêmement graves. Aujourd'hui je me demande si je ne dois pas changer de métier au sein de la magistrature".

La directrice des services judiciaires à la Réunion

"J'ai fait 16 ans dans l'administration judiciaire, si l'on incarcère à tout va, on ne fera que reporter le problème à l'intérieur des établissements pénitentiaires déjà débordés par le travail", redoute une participante.

Un enseignant a également souhaité prendre la parole ce matin pour appeler à l'union des corps de métiers : "Dans mon métier, des jeunes collègues envisagent de démissionner. Que ce soit dans la justice, dans la police, dans l'enseignement et ailleurs, j'aimerais que les corps soient solidaires".

Voici, pêle-mêle, les réactions que l'on a pu entendre ce matin à l'occasion de la table ronde. Des témoignages qui confortent la revendication principale réaffirmée ce matin par Jean-Michel Bouchon, premier vice-président au tribunal de Grande Instance et délégué du syndicat de la magistrature : "Nous manquons de moyens et nous ne cessons d'alerter l'administration à ce sujet", explique-t-il (voir la vidéo).

La directrice des services judiciaires, personne chargée de l'organisation matérielle des juridiction en France, vient à la Réunion dans deux semaines. Une rencontre très attendue… "Nous attendons des créations de poste, indispensables au bon fonctionnement. Les incidences dues à ce manque de personnel conduisent à un retard important dans le jugement des affaires", a conclu Jean-Michel Bouchon.

 

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