Grève chez SGM Manutention : 50 tonnes de gigot menacées de finir à la poubelle !

La grève chez SGM Manutention, qui perdure depuis maintenant une semaine, n’affecte pas seulement la livraison de véhicules neufs. Elle menace de destruction pas moins de 50 tonnes de gigots d’agneau frais destinées à finir sur les tables des Réunionnais à l’approche des fêtes de fin d’année. Un scandale que dénonce la société exportatrice, prise en otage au même titre que la population.
Les grévistes de chez SGM Manutention perturbent le bon fonctionnement du Port Est. En grève depuis maintenant une semaine, les aconiers ne bloquent pas seulement le déchargement de 1.150 véhicules neufs actuellement bloqués à l’île Maurice. Parmi les marchandises concernées se trouvent des denrées périssables qui devraient finir à la poubelle. Il est question là de 50 tonnes de gigot frais en provenance de Nouvelle-Zélande.
Le périple des gigots commence dans l’abattoir néo-zélandais Taylor-Preston dont le chiffre d’affaires annuel avoisine les 36 millions de dollars. La viande fraiche constituée d’épaules, de gigots et de carrés d’agneau y est conditionnée sous vide et réfrigérée avant d’être exportée vers plusieurs destinations dont l’Ile de La Réunion.
40 tonnes d’agneau, 20.000 gigots
L’acheminement de l’agneau frais, le suivi des commandes et les relations avec les enseignes de la grande distribution locale est assuré par la filiale francophone de l’abattoir, N-Z Direct. Cela fait près de 25 ans que dure l’aventure. Et dans le calendrier réunionnais, la période des fêtes de Noël est un des moments privilégiés pour la vente de l’agneau.
Pour s’assurer que la viande sera dans les rayons en temps et en heure, N-Z Direct a pris ses précautions comme chaque année. Fin octobre, Jean-Michel Nagard, son directeur en charge de la commercialisation et de l’exportation, a fait expédier pas moins de 40 tonnes d’agneau frais sous vide, réparties dans deux conteneurs réfrigérés. A raison de 2 kilos la pièce de viande, le calcul est relativement simple. Cela donne 20.000 gigots.
Ballet de conteneurs vers Maurice
Et vogue le navire, les deux conteneurs sont partis de Nouvelle-Zélande à bord de « l’Africa One » de la compagnie CMA-CGM. Fin novembre, le bateau est arrivé au large des côtes réunionnaises. Mais la marchandise n’a finalement pas pu être déchargée. L’Africa One est reparti avec l’agneau. Direction l’île Maurice. Les conteneurs sont restés à quai avant de rembarquer à bord de « l’Oslo Trader » de la compagnie Maersk.
Le porte-conteneur, de petite taille dans la gamme, a fait route vers La Réunion avec l’espoir que les gigots d’agneau puissent débarquer. Sauf que l’arrivée du navire a coïncidé avec le mouvement de grève lancé par les aconiers de SGM Manutention qui revendiquent une revalorisation salariale substantielle à hauteur de 2%.
Les gigots repartent vers Cape Town
L’Oslo Trader est resté en vain au large de La Réunion avant de devoir plier bagages, vendredi dernier. Résultat : les gigots d'agneau ont été mangés à la même sauce que les 1.150 véhicules neufs du roulier Höegh Mercury Ace qui ont dû rebrousser chemin pour se replier sur l’île Maurice. « Il n’était pas possible de décharger en raison de la grève », souffle le directeur de N-Z Direct. Retour donc au point de chute initial par défaut.
« Le bateau est reparti à Maurice et Maersk était incapable de nous dire ce matin si les conteneurs allaient être déchargés ou pas. Finalement, il semble que le navire doit continuer sur Cap-Town en Afrique du Sud. Il devrait ensuite repasser par La Réunion… », peste Jean-Michel Nagard. Mais quand ?
« C’est honteux ! Toute cette viande risque de partir à la destruction »
Aujourd’hui, le directeur commercial n’a pas de visibilité sur l’acheminement des 40 tonnes d’agneau. Pas plus qu’il en a sur le devenir d’un autre conteneur de 10 tonnes, lui aussi victime de la grève. « Celui-là se trouve à bord du RDO Liberty, bloqué devant le Port Réunion depuis une dizaine de jours. »
Son désarroi s'explique évidemment par la nature périssable de sa cargaison. « Leur date limite de consommation est au 4 janvier 2026 », précise-t-il. Il y a donc fort à parier que les 20.000 gigots n’arrivent pas à temps sur la table des consommateurs réunionnais. « C’est honteux ! Toute cette viande risque de partir à la destruction. Non seulement les Réunionnais n'auront pas gigot à Noël mais ça me fait mal au cœur qu’il faille perdre toute cette nourriture », s’emporte Jean-Michel Nargard qui n’a jamais connu une crise avec de telles conséquences.
« 500.000 euros de marchandise »
Il ne dit pas qu’il faut faire obstacle à la grève en cours mais il déplore que les aconiers ne fassent pas un geste « pour faire passer les denrées périssables ». « Dans ces conditions, ces gens-là ne sont pas sérieux. Ils pensent à leurs petits intérêts avant tout. Il va falloir détruire pour 500.000 euros de marchandise tout ça parce qu’ils réclament 2% et qu’on ne leur en accorde seulement que 1,3% … »


