Grandes promesses et courte peine pour le compagnon violent

Lundi, Jérémy O. a été condamné à dix mois de prison, dont huit avec sursis probatoire, ainsi qu’à la révocation d’une peine antérieure à hauteur de deux mois de prison. En l’espace d’une semaine, le jeune homme de 32 ans a, une fois de plus, violenté sa compagne et conduit sous l’emprise de produits stupéfiants au volant d’une voiture qui n’était pas assurée.
Jérémy O. affiche une belle assurance à la barre du tribunal judiciaire de Saint-Denis alors que les faits qui lui sont reprochés devraient plutôt l’inviter à faire profil bas. Initialement, la justice avait prévu de le juger en fin d’année pour des violences sur sa compagne, commises en présence des enfants, le 3 août dernier. En attendant, il avait été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec madame. C’était d’autant plus nécessaire qu’il l’avait déjà violentée en 2021 alors qu’elle était enceinte.
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Seulement voilà, six jours plus tard, le jeune homme est contrôlé au volant de sa voiture. Sans assurance mais avec du THC dans l’organisme. C’est-à-dire après avoir fumé un joint, voire davantage. Tout cela est d’autant plus dommageable que madame et les enfants se trouvaient dans la voiture, en dépit des obligations de son contrôle judiciaire. Ces éléments ont conduit le parquet de Saint-Denis à regrouper les infractions pour une audience commune.
« Un problème de maîtrise de moi car je suis très jaloux »
La présidente du tribunal revient d’abord sur les violences conjugales du 3 août. Il est 6 h 35 du matin lorsque les forces de l’ordre interviennent au domicile de la mère de la victime. Celle-ci y a trouvé refuge avec les enfants pour couper court aux tensions qui règnent au sein du couple. Dans la nuit du 2 au 3 août, une grillade party se tient sur le parking jouxtant le domicile de la belle-mère. Jérémy O. n’est pas invité à la petite fête mais il s’y impose.
Passablement éméché au petit matin, il entreprend de ramener sa compagne et les enfants sous son toit. La scène de ménage se déroule en deux actes. Tout d’abord, la mère de famille reçoit deux coups au visage, donnés avec le poing selon elle, avec la paume de la main selon lui. Des proches tentent de s’interposer mais cela n’empêche pas Jérémy O. de la tirer par les cheveux et de la frapper ensuite à coups de pied dans le flanc.
Il faudra l’intervention de la police pour mettre fin aux violences et constater que le prévenu affichait alors 2,32 grammes d’alcool par litre de sang. Entre-temps, sa compagne a retiré sa plainte et il a promis au juge des libertés et de la détention « qu’on ne l’y reprendrait plus ». Ce qui ne l’a pas empêché, six jours plus tard, d’être en famille dans une voiture non assurée et sous l’emprise du zamal. « Mi regrette et mi fé un gros travail là-dessus », promet Jérémy O. à la barre. Il s’agit, selon lui, « d’un problème de maîtrise de moi car je suis très jaloux ». Il regrette son comportement, sans entrer dans les détails faute de mémoire, car « c’était comme un flash ». Et d’ajouter, impuissant : « Je n’ai pas de machine pour remonter le temps… »
« Je suis sûr à 100 % que je ne vais pas recommencer »
La présidente lui rappelle qu’il a enfreint sans attendre les obligations fixées par la justice lorsqu’il a été arrêté au volant de sa voiture. Jérémy O. a, là encore, une explication : « Je n’ai pas respecté le contrôle judiciaire car j’étais dans la torture… » Tellement amoureux qu’il n’a pu s’empêcher de violer son contrôle judiciaire. Conscient qu’il risque une lourde peine, il reconnaît toutes ses fautes.
Son comportement devant les enfants ? « Mi reconnaît mon tort. Lé vraiment grave et choquant. Ce n’est pas l’exemple à suivre. » L’alcool ? « Ça a été ma plus grande erreur. Quand je bois, je perds les pédales. Si je n’avais pas bu, ça ne serait pas arrivé. » Et le prévenu d’annoncer presque solennellement : « L’alcool, c’est fini ! » Le zamal ? « J’ai grandi depuis l’âge de 16 ans en fumant du cannabis. » Il laisse entendre que le zamal l’a sauvé : « Au moins, je n’ai pas pris de la cocaïne et c’est meilleur que l’alcool. Pour moi, l’alcool est plus dangereux que le cannabis et pourtant on le vend partout », disserte-t-il. « Je suis sûr à 100 % que je ne vais pas recommencer, même si c’est difficile à croire avec ce que j’ai fait », promet Jérémy O. en fixant la présidente.
« Il est incapable de tirer des conclusions »
« Je suis prêt à faire des tests d’alcool et de cannabis tous les jours », s’engage-t-il en dernier recours. Pour le substitut du procureur, Léa Filippi, le schéma qui le ramène à la violence repose sur un triptyque : un rapport à l’amour marqué par la possessivité et la jalousie, un rapport à l’autorité teinté de désinvolture et un rapport aux substances où il reste prisonnier de ses addictions. « Il est incapable de tirer des conclusions et d’adapter son comportement en conséquence », ajoute-t-elle. La représentante du ministère public rappelle aussi que le prévenu n’a respecté ni son sursis, ni son contrôle judiciaire. Elle requiert dix mois de prison dont six avec sursis probatoire, ainsi que la révocation des quatre mois de sursis simple prononcés fin 2021.
L’avocate de la défense évoque « l’évolution en marche » d’un homme « inséré professionnellement » et plaide pour un sursis probatoire, voire un aménagement de peine sous surveillance électronique. Le tribunal l’a partiellement entendue : il ne révoque que deux des quatre mois du sursis précédent et ramène la peine principale à dix mois de prison, dont huit avec sursis probatoire.
Au final, Jérémy O. écope de quatre mois de prison ferme. Il doit également s’acquitter d’une amende de 150 euros, voit son permis suspendu pour six mois et se voit imposer de suivre des soins et de ne plus entrer en contact avec madame pendant deux ans.
Vous avez besoin d'aide ? Voici les moyens à votre disposition :
- Déposez plainte dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie
- Contactez un policier ou un gendarme de la plateforme numérique d’accompagnement des victimes.
- Appelez le 3919 - Violences femmes info
- Contactez le 114 - Envoi d'un SMS en cas de difficulté à parler ou entendre.
- Appelez le 3977 – Maltraitances des personnes âgées/majeures en situation de handicap.
- Contactez un service d'accès au droit.
- Contactez les dispositifs d'aide et d'accompagnement des victimes via le document à télécharger ci-dessous :
Les numéros utiles dans la lutte contre les violences conjugales de La Réunion (974)
Le récapitulatif des ressources ici : https://arretonslesviolences.gouv.fr/besoin-d-aide
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