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Gilbert Pounia : « Respectez les artistes, rendez-nous nos droits »

La liquidation en cours de la société SEDM, qui détient un important catalogue de droits d'auteurs et parfois une déclinaison en droits phonographiques, amène certains artistes réunionnais à réagir et à demander leur rétrocession aux ayants droit.

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 17 décembre 2023 à 14H46
Maya Kamaty et Gilbert Pounia en concert avec Ziskakan au Téat Saint-Gilles en octobre dernier. (Photo Thierry Lauret)

Nicole Dambreville l’admet volontiers : elle était jeune et naïve lorsqu’elle a enregistré son premier album « Pleines lunes » en 2000. Toute heureuse qu’elle était à l’idée de voir les portes d’un studio s’ouvrir, la chanteuse ne s’était pas souciée de la question de ses droits.

« Mon album est passé pendant 23 ans dans les avions d’Air Austral, je n’ai jamais touché un centime. Je n’en veux pas à la compagnie, je suppose qu’ils ont bien fait les choses. C’est l’éditeur qui n’a pas fait son travail », confie Nicole Dambreville.

Fabrice Legros, qui a composé quatre morceaux du disque, partage la même amertume. « On a enregistré à Discorama, à Saint-Denis, dans le studio de Jean-François Naulleau. Il y avait un contrat : quatre cases à signer, Naulleau avait déjà signé dans la sienne. On m’a dit que je cédais 50% de mes droits à vie, que c’était la norme Sacem. J’ai fini par apprendre que ce n’était pas obligatoirement 50% pour l’éditeur et qu’on n’était pas obligé de céder ses droits à vie. »

Bataille pour les droits de « À cause Fifine » et de 2.000 chansons réunionnaises

Les droits d’édition de Discorama ayant été rachetés par José Payet, à l’époque patron du studio Oasis, sans que les auteurs n’en soient le plus souvent informés, les droits éditoriaux de chansons ou d’albums entiers, et parfois même leur master (l’enregistrement originel qui permet de faire valoir les droits phonographiques) figurent désormais dans le catalogue de la société SEDM (Société d’Edition de Musique), aujourd’hui en liquidation judiciaire.

Parmi les artistes concernés, l’un des plus célèbres de La Réunion : Gilbert Pounia. C’est d’ailleurs sa fille, Maya Kamati, qui mène la fronde pour tenter de permettre aux auteurs de récupérer leurs droits sur le catalogue éditorial de SEDM. La chanteuse a créé sa propre société d’édition avec l’ambition, notamment, de valoriser un jour le patrimoine musical légué par Ziskakan.

« Sur l’album 4 Ti Mo j’ai amené 25.000 francs et ils m’ont pris 50% de mes droits. Et ils ont revendu ça sans consulter les artistes. Aujourd’hui, on est en pleine bataille pour nos droits et il y a les éditeurs qui se font passer pour des sauveurs de La Réunion et des artistes. Je crois que plein d’artistes ont ce problème-là. J’ai vu aussi certaines pochettes qui avaient été refaites et qui n’étaient pas conformes à l’originale », livre Gilbert Pounia.

En 2010, Ziskakan avait été au cœur d’une polémique relayée par la presse nationale quand Claudy Siar, l’animateur de l’émission de radio Couleurs Tropicales, avait révélé des similitudes frappantes entre une chanson que venait de sortir la star Johnny Hallyday, « Jamais seul », composée par M (Mathieu Chedid) et Yodelice, et la chanson « Madagascar », composée postérieurement par Serge Ulentin et Gilbert Pounia. L’anecdote montre l’importance des droits d’auteurs, même si à l’époque le leader de Ziskakan avait choisi de ne pas envenimer l’affaire.

« SEDM est en liquidation et on fait comme si nous, les artistes, on n’est pas concernés du tout. C’est notre histoire qu’on a mis dans ces albums. Respectez les artistes, rendez-nous nos droits ! », clame le chanteur. « Avec Discorama, j’ai dû toucher un chèque de 3.000 euros en tout et pour tout. PolyMram voulait distribuer nos disques, mais Discorama n’a jamais donné son accord. Pourtant c’était Island Records derrière, quand même ! »

Bernard Joron, du groupe Ousanousava, explique avoir décidé depuis la fin des années 1990 de plus signer de droits d’édition, insatisfait des précédents contrats avec Oasis. « Dès qu’on nous a proposé de signer des droits d’édition, on a commencé à se renseigner. Mon père Jules Joron n’était pas le premier des imbéciles, il connaissait le système. Il a expliqué que 50% partaient aux éditeurs en l’échange d’une valorisation. Après le départ de Frédéric (Joron, Ndlr) en 1995, on a continué de jouer et de répéter mais il n’y a plus eu d’album jusqu’en 1999. A ce moment-là, on s’est dit que cela ne servait à rien de signer des droits d’édition », explique Bernard Joron.

Le guitariste d’Ousanousava détaille le fonctionnement des droits d’auteur. « Si vous êtes tout seul à avoir fait le morceau, 100% des droits sont pour vous. Si vous êtes deux, on gagne 50% chacun. Et si un éditeur rentre dans l’affaire, c’est 50% pour l’éditeur, et 25% pour chacun des deux auteurs », résume Bernard Joron. Les premiers albums d’Ousanousava, parmi les plus populaires du groupe saint-louisien, appartiennent tous au catalogue SEDM.

On peut en retrouver certains sur des sites de vente de musique en ligne. Mais Bernard Joron explique que si les relevés de versement de la Sacem mentionnent la part des revenus issus de plateformes internet, ils ne détaillent pas de quels sites marchands ceux-ci sont tirés.

« Cela me fait penser à l’époque où la Sacem faisait le tour des salons de bal et des boites de nuit pour leur demander de payer la redevance. Beaucoup refusaient de le faire. L’artiste, quand il recevait son petit chèque, il ne pouvait pas savoir quelle boîte avait payé ou pas », souligne l’artiste.

Thèmes : Culture | Musique
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hug
2 mois il y a

très souvent et surtout il y a quelques années les interprètes ne connaissaient pas leurs droits

Au final ils se retrouvent sans le sous et sans retraite ou très peu

jo cazanove
2 mois il y a

Ce sont des ripoux les royalties non payés et les droits d’éditions non résolus, Discorama n’y est plus au sens propre comme au sens figuré ils se sont fait des bourses en or sur le dos artistes! Dans les années 90 à l’époque du Séga Séggae les albums se vendaient comme des petits pains et le studio discorama tournait comme une usine . Les droits d’auteurs sont bafoués beaucoup de radios ne payent pas ces droits à la sacem et les boites de nuit ne sont pas en règle non plus , les artistes locaux sont les parents pauvre de la musique. Les gagnants sont les producteurs sur la vente des cds ils se sont engraisser et maintenant c’est la mort du disque et des producteurs!

solutions ?
2 mois il y a

réunissez vous et faites une offre de rachat de la société au tribunal

KODO
2 mois il y a

Demandez à tous ces gens qui critiquent combien ils ont dépensé pour pouvoir enregistrer leurs albums, les dupliquer et les mettre sur le marché !? ensuite on pourra discuter…

jo cazanove
Répondre à  KODO
2 mois il y a

Demandez aux artistes les royalties non payés les droits non respectés ils se sont fait des bourses en or l, les producteurs de chez nous n’ont jamais fait le boulot dans les règles de l’art il ne suffit pas d’enregistrer de faire une jacquette le pressage et la mise sur le marché la promotion clip heureusement qu’à l’époque RFO et andré MAURICE donnait un coup pouce aux chanteurs locaux . On en parle les 200000 francs du group BASTER que le producteur n’a jamais payé et tant d’autres et on ne vends pas un catalogue à un autre producteur sans l’accord des artistes ce sont des ripoux heureusement que la crise du disque est passé par là! Combien d’artistes n’ont jamais touché un royaltie le pourcentage sur les ventes. l’argent ne suivra jamais le corbillard!

Choupette
2 mois il y a

Ouais, ils ont raison. Cela vaut également pour les très anciennes chansons.
Comme « Mon mari pêcheur » repris par des Africains dans un genre de danse « JÉTÉ la main » … . 😕

Isis
2 mois il y a

Défendez vos droits, vous avez raison !

valeo
2 mois il y a

Pounia devrait respecter les autres artistes avant de dire ça. Respecter les autres tout court d’ailleurs.

Caro
2 mois il y a

C’est du vol ! Courage les gars ! Dites nous comment agir ou boycotter les radios qui sont complices de ces faits.

Squid
2 mois il y a

Donc c’est pas le téléchargement illégal qui tue les artistes alors

totyo
2 mois il y a

Et ils sont où maintenant tous ces voleurs d’artistes !

Waly jean Claude
2 mois il y a

Pardon!!!! Il y a des zartis à la Réunion où des bricoleurs ????????????

jo cazanove
Répondre à  Waly jean Claude
2 mois il y a

Des artistes j’en connais Meddy GERVILLE TI FOCK ZISKAKAN BASTER OUSANOUSAVA MICHELINE PICOTET SABOUK

Gasparin
Répondre à  Waly jean Claude
2 mois il y a

Commentaire du niveau du canal du chaudron… à la limite du racisme culturel.

Jab
Répondre à  Waly jean Claude
2 mois il y a

Quelle insulte !
Retourne bricoler, BOB!

Gasparin
2 mois il y a

Et on fait la chasse aux pirates informatiques quand on laisse les rapiang en col blanc prospérer. J’ai acheté tout l’album bato fou de ziskakan sur le portail amazon en numérique MP3. Je n’ai aucune idée de la part reversée à l’auteur ni du comment du pourquoi cet album était sur la boutique du géant américain. Et il y en a plein d’autre comme ça sur Spotify ou Amazon.

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