Gestion des déchets : la Chambre régionale des comptes appelle à la création d'une structure unique à l'échelle régionale

Dans un rapport publié le 18 août 2025, la Chambre régionale des comptes (CRC) de La Réunion dresse un constat alarmant de la gestion des déchets sur l’île. Prévention insuffisante, coûts en hausse, retards dans la valorisation énergétique et dépendance persistante à l’enfouissement : le territoire accuse un sérieux retard par rapport aux objectifs nationaux.
Pour la première fois, la Chambre régionale des comptes a mené une évaluation complète de la politique de prévention et de gestion des déchets à La Réunion. Cette étude s’appuie sur des entretiens avec 23 organismes publics et privés, des analyses financières et une enquête réalisée auprès de 1.000 habitants. Elle met en lumière un système fragmenté et coûteux, qui peine à répondre aux enjeux environnementaux et sociaux du territoire.
Prévention des déchets : des résultats décevants
La loi de transition énergétique de 2015 fixait un objectif de réduction de 10 % des déchets ménagers par habitant d’ici 2020. Or, à La Réunion, la baisse n’a été que de 2,5 %. Les moyens alloués à la prévention restent dérisoires, avec seulement 1 % des budgets intercommunaux consacrés à ce volet.
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Le tri sélectif ne produit pas les effets escomptés. Alors que 80 % des déchets pourraient être valorisés, le taux réel plafonne à 38 %. Le reste finit dans les centres d’enfouissement de l’île, déjà saturés. "La prévention demeure le parent pauvre de la politique de gestion des déchets", regrette la CRC, qui appelle à des mesures concrètes pour réduire les volumes à la source et développer l’économie circulaire.
Un coût croissant pour les collectivités et les ménages
En 2018, La Réunion a produit 535.000 tonnes de déchets ménagers et assimilés. Le service public de gestion des déchets pèse lourd : 188 millions d’euros pour les collectivités et 165 millions pour les contribuables via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Problème : cette taxe ne couvre que 90 % des charges, creusant le déficit des intercommunalités et des syndicats mixtes.
La CRC pointe aussi l’inefficacité économique du système. Le coût de collecte des recyclables atteint 720 euros par tonne, contre 270 euros pour les ordures ménagères résiduelles. Cette différence illustre la fragilité du modèle actuel et la nécessité d’une meilleure organisation de la collecte sélective.
Traitement des déchets : La Réunion toujours dépendante de l’enfouissement
Malgré les ambitions nationales, l’enfouissement reste la principale solution de traitement des déchets à La Réunion. L’objectif de réduire cette pratique de moitié d’ici 2025 est hors d’atteinte. La valorisation énergétique, censée constituer une alternative, n’entrera en service qu’à partir de 2026-2027.
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Les projets accusent de lourds retards et des surcoûts considérables. Le pôle déchets sud, par exemple, dépasse désormais 460 millions d’euros, fragilisant l’équilibre financier du syndicat ILEVA. Les infrastructures de tri, vieillissantes, ne sont pas adaptées aux nouvelles consignes de tri, ce qui limite la capacité de l’île à valoriser ses déchets recyclables.
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Quelles solutions pour améliorer la gestion des déchets à La Réunion ?
Face à ces constats, la CRC formule treize recommandations. Elle préconise de renforcer la prévention grâce à des dispositifs concrets et incitatifs, comme les consignes ou les gratifications pour le tri et le réemploi, de cibler la sensibilisation des jeunes et des habitants en habitat collectif, et de généraliser les zones de réemploi dans les déchèteries.
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La Chambre appelle aussi à une meilleure coordination entre communes, intercommunalités et syndicats de traitement. Elle suggère même la création d’une structure unique à l’échelle régionale pour piloter la politique des déchets. Selon elle, seule une gouvernance intégrée permettra de sortir d’un modèle éclaté, coûteux et inefficace.
Une urgence environnementale et sociale
L’enjeu dépasse la seule question technique. La gestion des déchets à La Réunion touche directement la santé publique, l’aménagement du territoire et la transition énergétique. Sans réforme rapide, l’île risque d’être confrontée à une double impasse : la saturation des sites d’enfouissement et l’incapacité à valoriser ses déchets.
"Faute de volumes suffisants, les collectes séparatives demeurent coûteuses", avertit la CRC, qui insiste sur l’urgence de replacer la prévention et la valorisation au cœur des politiques publiques.
Pour l’institution, il y a urgence à transformer en profondeur un système qui pèse déjà lourdement sur les finances locales et qui conditionne l’avenir environnemental de La Réunion.
Nicolas Péhau annonce qu'il souhaite écrire à la présidente de la Région, aux maires et aux présidents des intercommunalités : "Nous nous tenons à votre disposition pour réfléchir à des solutions afin que les syndicats mixtes et Région se mettent autour de la même table pour réfléchir à la fusion des acteurs traitement de déchets. L'actuelle politique ne peut pas se traiter par parcellisation et dans un contexte de contrainte financière croissante, cela doit se porter sur toute La Réunion."
Le président de la CRC explique avoir eu une réponse positive sur cette initiative de la part du Sydne et d'Ileva, ce qui montre des avancées certaines sur le sujet.


