Fraude aux élections européennes : deux condamnations et des relaxes au tribunal de Saint-Pierre

C’est un dossier qui mêle fraude électorale et joutes politiques locales qui a connu son épilogue ce mardi au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. À l’issue d’une audience dans laquelle l’ombre du maire Michel Fontaine, surnommé "Voldemort" par l’un des avocats, a plané, deux agents municipaux ont été condamnés, tandis que les membres d’un autre bureau ont été relaxées.
Les faits remontent aux élections européennes de mai 2019. Une plainte déposée par Jean-Gaël Anda, conseiller municipal d’opposition, avait révélé des pratiques douteuses dans deux bureaux de vote. Des vidéos, enregistrées par une contractuelle de la mairie et remises à Jean-Gaël Anda, conseiller municipal de l’opposition, avaient mis en lumière des manipulations de bulletins et un bourrage d’urnes dans le bureau 71, situé à Bois d’Olives.
Le président de ce bureau, Hyacinthe B., et l’assesseur Jean-Luc I. ont été reconnus coupables de modification frauduleuse des résultats d’un scrutin par fonctionnaire ou assimilé. Ils ont été condamnés à un an de prison avec sursis, cinq ans d’inéligibilité et cinq ans de privation de droit de vote. "Les faits ont été confortés par les images, l'enregistrement audio et les témoignages. Les faits n'ont également pas été contestés", motive sa décision le tribunal correctionnel de Saint-Pierre.
En revanche, au bureau 40, tenu par Patricia Tayllamin et ses deux filles, le tribunal a prononcé la relaxe au bénéfice du doute. Les investigations portaient sur des signatures d’émargement douteuses, mais les éléments n’ont pas permis d’établir de culpabilité avec certitude. "On ne peut contester l'existence de 17 signatures de personnes qui n'ont pas voté", explique le tribunal en l'absence d'une véritable expertise graphologique. Tant qu'aux liens familiaux, ils ne justifient pas une condamnation.
L’audience avait pris une tournure inattendue lorsque Me Frédéric Hoarau, avocat du président du bureau 71, avait dénoncé "la chape de plomb" pesant sur cette affaire, évoquant l’absence d’audition du maire Michel Fontaine, surnommé "Voldemort". "Pourquoi n’a-t-on pas recueilli les observations de celui qui est cité dans plusieurs auditions ?" avait-il interrogé, dénonçant une justice qui "fait toujours porter le chapeau au plus petit".
"C'est une affaire de fumée sans feu qui vous pique les yeux et vous empêche de voir. Heureusement que la justice a un bandeau", avait poursuivi Me Judicaël Mangataye pour la défense de Jean-Luc I. La robe noire avait également pointé l'absence de celle qui avait filmé la fraude mais y avait pourtant participé.
"Il n'existe pas de loi ni de texte qui disent que le lien familial empêche de tenir un bureau de vote", avait plaidé Me Gislain Chung To Sang, pour les intérêts de la plus jeune des filles Tayllamin poursuivies. L'avocat avait dénoncé une "présomption de culpabilité familiale" dans cette affaire. "on a voulu faire du sensationnel, épinglé un premier magistrat", avait pour finir déploré Me Sameîdha Mardaye. "Aujourd'hui encore, s'il y a innocence, il ne peut y avoir aveu", avait avancé le conseil de la fille ainée de Patricia Tayllamin dans sa plaidoirie.


