Fonction publique territoriale : “Les agents ont des droits, le maire n’a pas tous les pouvoirs“

En visite récente à La Réunion, le trésorier national de la FSU territoriale, Philippe Duverny, a rencontré des agents communaux et des représentants syndicaux. Dans un contexte d’alternances politiques après les élections municipales, il alerte sur les risques de « chasses aux sorcières » dans certaines collectivités et rappelle que les agents territoriaux disposent de droits et de protections statutaires.
Pour le représentant syndical, la situation réunionnaise présente certaines spécificités, notamment une forte proportion d’agents contractuels. “Il y a beaucoup de précarisation, beaucoup de contractuels et peut-être aussi un peu de népotisme dans le recrutement, ce qui va à l’encontre du statut”, estime le trésorier national de la FSU territoriale, qui a obtenu un siège au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale en 2022 et “souhaite le renforcer en obtenant d’autres”.
Ce dernier est allé à la rencontre d’agents communaux et de représentants syndicaux, accompagné par le secrétaire départemental de la FSU territoriale, Christian Picard. Dans l’île, le syndicat est présent dans une quinzaine de collectivités, à la Région et au Département.
Selon lui, le statut de la fonction publique territoriale a précisément été conçu pour garantir la continuité du service public, indépendamment des changements politiques. “Le statut est là pour faire exister les missions de service public par-delà les alternances politiques.”
Mutations, placardisations : « Stop aux abus »
Après les élections municipales, certains agents peuvent craindre des mutations forcées, des changements de poste ou des mises à l’écart. Des situations que le syndicat affirme rencontrer régulièrement. “Il y a des chasses aux sorcières ici et ailleurs. Des gens se retrouvent mutés, se retrouvent dans des placards”, affirme Philippe Duverny.
Face à ces situations, il rappelle un principe : “Le maire n’a pas tous les pouvoirs. On refuse de mettre le service public au service du politique. Le politique doit faire vivre la mission.”
Les primes, un levier de pression politique ?
Autre dérive pointée : la part croissante des primes dans la rémunération, au détriment du traitement indiciaire. “La prime est attribuée avec une pseudo-évaluation du mérite qui laisse une grande part à la subjectivité, donc au pouvoir politique. Ça met les agents en concurrence alors que l’objectif, c’est de faire vivre la mission.”
« Un contractuel aussi a des droits »
Le syndicaliste insiste : tous les agents, titulaires comme contractuels, disposent de droits. “Un contractuel aussi a des droits”, rappelle-t-il, tout en reconnaissant qu’ils sont “plus exposés”.
Son message aux agents est clair : “Vous avez des droits. Il faut se rapprocher des syndicats, se former, connaître ses droits. Le rapport de force, il est là : si vous êtes syndiqué, on ne peut pas faire n’importe quoi avec vous.”
Se former "pour connaître ses droits"
La FSU territoriale dit vouloir mettre l’accent sur la formation et l’information des agents. “On ne prend pas une adhésion pour connaître ses droits, on donne les droits. Par contre, on travaille ensemble pour les défendre”, explique Christian Picard.
“En même temps qu’on agit, on aide l’agent lui-même à porter sa défense et à porter la bonne parole”, poursuit le trésorier national.
“C’est aussi un rapport de force. Si vous êtes syndiqué, c’est aussi un message vis-à-vis du politique pour lui dire : vous ne pouvez pas faire n’importe quoi”, ajoute le secrétaire départemental.
Un message qui se veut aussi un appel à la vigilance : “J’invite toutes les personnes qui pourraient être victimes à se rapprocher de nous et à faire entendre leur voix et leurs droits.”


