Revenir à la rubrique : Société

Grossesses à La Réunion : précarité, diabète, hypertension… les voyants restent au rouge malgré un meilleur suivi

Ecrit par Zinfos974 – le mercredi 8 juillet 2026 à 14H55
(photo d'illustration)

Précarité, surpoids, diabète, hypertension, mortalité maternelle… Le nouveau bulletin de Santé publique France dresse un état des lieux contrasté de la santé périnatale à La Réunion. Si certains indicateurs progressent, notamment le suivi des femmes enceintes, l'île continue d'accumuler plusieurs facteurs de risque qui pèsent sur la santé des mères et des nouveau-nés.

La Réunion continue d'afficher une situation périnatale plus fragile que la moyenne nationale. C'est le constat dressé par Santé publique France dans son nouveau bulletin consacré à la santé des femmes enceintes et des nourrissons, publié ce mercredi. Derrière les chiffres, se dessine une réalité complexe où les difficultés sociales se conjuguent avec des facteurs médicaux de plus en plus fréquents.

Premier enseignement : la natalité poursuit son recul. En 2024, 11.818 naissances ont été enregistrées sur l'île, contre près de 14.300 en 2012. Le taux de natalité reste toutefois nettement supérieur à celui de la métropole (13,2 ‰ contre 9,6 ‰).

Lire aussi : Âge, précarité, rapport aux soignants : Comment la grossesse évolue pour les Réunionnaises ?

Une précarité qui touche près d'une future mère sur deux

Le rapport met surtout en lumière le poids de la précarité. En 2024, 48,6 % des femmes ayant accouché bénéficiaient de la Complémentaire santé solidaire ou de l'Aide médicale d'État. Une proportion quasiment inchangée depuis dix ans mais près de quatre fois supérieure à celle observée au niveau national (17,4 %).

Santé publique France rappelle que cette précarité n'est pas sans conséquence. Elle favorise un accès plus difficile aux soins, une alimentation moins équilibrée, davantage de stress ainsi qu'un risque accru de complications pendant la grossesse et de prématurité chez l'enfant.

D'autres indicateurs sociaux témoignent également de cette fragilité. En 2021, seules 44,2 % des femmes occupaient un emploi pendant leur grossesse contre 68,1 % en France, tandis que moins d'une sur deux déclarait une situation financière confortable.

Surpoids et diabète : des facteurs de risque très présents

Le bulletin confirme également la progression de plusieurs pathologies. Près d'une femme sur deux (46,2 %) était en situation de surpoids ou d'obésité avant sa grossesse, contre 37,9 % au niveau national. La prévalence du diabète préexistant atteint désormais 2,07 %, soit plus du double de celle observée dans l'Hexagone. L'hypertension artérielle chronique est elle aussi significativement plus fréquente.

Ces facteurs se retrouvent ensuite pendant la grossesse. En 2024, 19,5 % des femmes ont développé un diabète gestationnel, contre 15 % en France. Les désordres hypertensifs concernent désormais 9,5 % des grossesses réunionnaises, avec notamment davantage d'hypertension gravidique et de prééclampsie que dans le reste du pays.

Une santé mentale également plus fragile

Les indicateurs psychologiques interpellent également. Près d'un quart des grossesses (23,7 %) n'étaient pas souhaitées ou avaient été envisagées plus tard. Plus d'une femme sur trois (38,1 %) rapporte avoir ressenti une tristesse importante ou une perte d'intérêt pendant sa grossesse, un niveau supérieur à la moyenne nationale.

Des progrès dans le suivi des futures mères

Tout n'est cependant pas négatif. La Réunion fait partie des régions où l'entretien prénatal précoce est le plus développé. En 2024, 69,3 % des femmes en ont bénéficié, contre 62,1 % au niveau national. Ce taux progresse régulièrement depuis plusieurs années et constitue, selon Santé publique France, un levier important pour améliorer l'accompagnement des futurs parents.

Le dépistage du diabète gestationnel est lui aussi particulièrement développé : 98 % des femmes enceintes y ont eu recours, un taux proche d'un dépistage systématique.

Une prévention qui reste insuffisante

À l'inverse, plusieurs mesures de prévention apparaissent encore peu diffusées. Seules 12 % des femmes déclarent avoir pris de l'acide folique avant leur grossesse, pourtant recommandé pour prévenir certaines malformations. Les conseils de prévention contre le cytomégalovirus restent rares (7,1 %), tout comme la vaccination contre la grippe durant la grossesse : seulement 3,4 % des femmes étaient vaccinées en 2021.

Des indicateurs encore préoccupants chez les nourrissons

Le rapport rappelle enfin que ces fragilités se répercutent aussi sur les nouveau-nés. En 2024, 10 % des bébés sont nés prématurément. Le taux de mortalité infantile atteint 5,8 décès pour 1.000 naissances vivantes, tandis que celui des enfants mort-nés s'élève à 11,8 pour 1.000. Par ailleurs, seuls trois nourrissons sur quatre sont systématiquement couchés sur le dos à deux mois, alors qu'un tiers dort principalement dans le lit des parents, une pratique considérée comme un facteur de risque.

Au final, Santé publique France décrit une situation paradoxale. L'amélioration du suivi médical des grossesses ne suffit pas encore à compenser le poids de la précarité, des maladies chroniques et des facteurs sociaux qui continuent de peser fortement sur la santé périnatale à La Réunion.

Etiquettes : Diabète | Grossesse | PU1 | Santé

Dans la même rubrique

0💬
Tri :