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Expédition punitive dans les règles: "Le beurre, l’argent et le …"

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 1 mai 2015 à 11H48

"Ah ! l’amour, toujours l’amour…"

Si le beau Jimmy s’était douté qu’il allait se prendre une dégelée en cédant aux avances de la trop belle Sophie, il se fût abstenu. Ces faits de violence se sont déroulés en janvier 2014 à Saint-Pierre où, décidément, l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Au départ, les faits sont d’une simplicité biblique si on ose dire. Sophie a un époux et deux enfants. Mais voilà, au boulot, sa route croise celle de Jimmy, ils se plaisent, crac ! boum ! hue !

La situation pourrait n’en rester qu’au stade de vaudeville tropical, mais voilà. Il se trouve que… Je vais essayer de faire simple. Essayez de suivre.

Une cohabitation invraisemblable !

Sophie a un mari, Yann, avec lequel elle ne s’entend plus. Elle a un beau-frère, Didier, pratiquement la 5è roue du carrosse. Et puis, elle a surtout un beau-père, Claude, ancien médecin, 68 ans mais le caractère survolté de ses 20 ans est encore là.

Là où ça se complique davantage, c’est que la maison familiale se compose de deux unités, le logement de la famille et un petit studio où Yann s’entraîne à jouer de la batterie lorsque son métier de prof de sport lui en laisse le temps.

Cela se gâte lorsque les époux décident de faire ménage à part : Sophie s’installe dans le studio attenant à la case avec ses deux enfants. Et là, cette écervelée (il n’y a pas d’autre mot) choisit de convier son amant tout neuf à convoler nuitamment en injustes noces. Faut oser, alors que son époux légitime n’est séparé que par l’épaisseur d’un mur. Ils ne sont pas encore divorcés mais le seront-ils un jour ? Faut encore plus oser avec deux enfants en bas âge dans cet espace clos qu’est un studio de 20 m2.

Que va alors faire ce tête-en-l’air de Jimmy ? Que ferait en un tel cas un individu un peu réfléchi, scrupuleux ? Jimmy ne peut inviter la belle chez lui : lui aussi est marié. Inviter la chérie à l’hôtel ? Eh bien non ! Il va chez elle. Gramoune n’aurait dit: "Lu la rôde bâton po gaingn le coup !"

"Règlement de comptes à OK Corral"

On constate à l’audience que cela ne pouvait que dégénérer. Il y a ce papa, 68 ans, costaud et tête près du bonnet, intelligent, calculateur, droit dans ses bottes. Et ses deux fils, Yann, 41 ans (le prof) et Didier, 38 ans, sans métier, apparemment totalement désarmés devant les moindres inconvénients de la vie courante. Autant dire qu’à leur âge, ils sont entièrement sous la coupe de ce père solide… qui ne joue que son rôle de père.

Lorsque Claude voit la détresse de son fils et la honte grossière qu’il ne peut qu’éprouver devant cette situation incongrue, il prend les choses en main. Mais voilà, il va trop loin. Il pourrait se payer un détective privé pour constater les faits ; ça peut toujours servir en cas de divorce.

Mais non ! Il monte une véritable expédition punitive digne de Règlements de comptes à OK Corral, planifiée dans toutes les règles de l’art, avec pistolet (à billes) ; visseuse pour bloquer la fenêtre et interdire toute tentative d’évasion de l’intrus ; rouleau de scotch pour ficeler l’inconvenant.

Le matin du 17 janvier 2014, le rouleau compresseur se met en route.

"Cogne sans laisser de traces !"

Il y a des enfants dans le studio ; il importe de les mettre à l’abri. La maman des deux pâlots est mise à contribution : elle va les chercher pour les conduire à la plage.

Puis on va avertir l’infidèle que sa voiture brûle dans la rue. Elle sort à toute vitesse, laissant son amant béatement allongé dans le studio. Elle est alors retenue par son beau-frère, Didier, pendant que son mari et le papa Claude investissent le studio après avoir vainement demandé à Jimmy de sortir. Le tout avec les noms d’oiseaux que l’on devine.

Il tente bien de sortir par la fenêtre de la mezzanine mais la visseuse est passée par là. Coincé, il voit alors ses ennemis entrer. Il reçoit une première volée de coups de la part du mari cocu et entend le papa de ce dernier recommander à son fiston de "taper sans laisser de trace". En réalité, il lui a fait la leçon depuis longtemps : quand on cogne avec le plat de la main, ça ne laisse pas de trace. Il y a du vrai.

Il est ensuite descendu au rez-de-chaussée manu militari. Le papa lui flanque un coup de boule… mais Jimmy a le crâne solide et c’est son arcade sourcilière à lui qui pète ! Giclées de sang, malaises divers, le fiston s’en évanouit presque "de saisissement", maladie créole bien connue.

Comme un saucisson !

Le papa, malgré sa tête en sang, n’en oublie pas les choses de la vie. Il cogne son  propre fils, qui le lui rend bien ! Pour accréditer la thèse selon laquelle leur victime a été violente. Puis, ce stratège-né demande à son fils de se placer en PLS (position latérale de sécurité) pour l’édification de la police qu’il a lui-même prévenue.

En attendant l’arrivée des gens d’armes, il ficelle sa victime avec un raccord électrique. Et comme cela lui semble un peu léger, envoie son autre fils s’emparer du rouleau de scotch resté dans la voiture des comploteurs. Jimmy se retrouve ficelé come un saucisson de Chez Soubadou.

Voilà donc le tableau découvert par la police : du sang partout (ça gicle gaillardement une arcade sourcilière pétée) ; le papa debout, rouge comme s’il venait de croiser la route d’un Freddy de série-B ; le fiston allongé, bugné (car le papa n’y est pas allé avec le dos de la cuillère) ; Jimmy "engarroté" de belle manière, portant force traces de coups sur tout le corps ; l’autre fiston qui maintient toujours solidement sa belle-sœur dehors, sur un canapé quand même car ça finit par épuiser, ces péripéties tragico-comiques !

" Juste quelques claques !"

A la barre, le père assume. Il était inquiet pour son fils qui déprimait grave avec une situation matrimoniale qui, si elle ne frisait pas le ridicule, peut effectivement être des plus stressantes. Et Yann semble bien totalement dépassé par l’affaire, ce pourquoi Claude a pris les choses en main.

Mais les coups, il minimise au maximum, "quelques claques tout au plus". Ce que les rapports des médecins contredisent totalement.

Le scotch ? Par précaution. Le pistolet à billes, qui n’a jamais servi ? Au cas où Jimmy aurait un couteau. Yann ne se souvient de rien sinon pas grand-chose. Didier a "juste" retenu sa belle-sœur dehors.

Une vidéo a bien été tournée grâce à un appareil apporté par les vengeurs du petit jour. On  va la visionner à l’audience et là, gag ! Rien n’apparaît à l’écran malgré les efforts désespérés de la substitut Tamil et le spécialiste appelé en renfort. Rigolade dans la salle, confusion sur l’estrade.

"Le beurre, l’argent du beurre et le c… !" (sic !)

Me Morel, pour la partie civile, tout en admettant le "désagréable quiproquo né de la cohabitation" (c’est une litote ?), va s’appliquer avec une obstination d’horloger (suisse) à démontrer et démonter le mécanisme de la machination, "une expédition punitive pure et simple, où la préméditation est évidente". Avant de réclamer 5 000 euros de dommages-intérêts pour la victime.

Ce qui fera bondir Me Frédéric Hoareau, avocat du papa :

"Non seulement il prend la femme d’un autre mais entend en retirer un bénéfice ? Excusez-moi, madame la Présidente, mais c’est le cas de le dire, il veut (je cite) le beurre, l’argent du beurre… et le cul de la fermière!"

Il l’a dit !

"L’irrespect le plus total! "

La substitut Tamil a admis également que cette famille pouvait se sentir lésée mais que cela n’excusait aucunement le guet-apens familial, ni les violences verbales, encore moins les violences physiques. Précise, concise, claire, sans fioritures, elle a "chargé" le papa, "chef de clan à l’orgueil blessé". Faisant la part des choses, elle n’a réclamé que des peines avec sursis, 8 mois pour le père et Yann, et 4 pour Didier.

Le bâtonnier Djalil Gangate a encore donné sa pleine mesure : "nous nageons dans l’irrespect le plus total… leur fille de 7 ans a parlé de se suicider, tout de même…"

Me Gangate a remis sur le tapis une sombre histoire de photos très suggestives du couple illégitime, envoyées par Jimmy et par internet à son beau-frère… en lui demandant de devenir "son ami" sur Facebook. Une affaire-dans-l’affaire jamais tirée au clair.

Avec un aplomb stupéfiant, Me Gangate a rejeté le rouleau de scotch comme arme. Omettant de dire qu’il avait servi à priver la victime de sa liberté de mouvements. Quant à la visseuse, "elle était destinée à empêcher Jimmy de se faire très mal en sautant de l’étage, donc ils ont bloqué la fenêtre". Ils lui ont sauvé la vie, en somme.

Un gag de plus dans une histoire désastreuse pour tous. Qui aurait pu, avec un peu de jugeote de la part des amants, être facilement évitée. Avec aussi un peu moins d’emportement de la part de leurs adversaires.

Jugement dans trois semaines.

 

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