Évasion, harcèlement, violences : trois ans de prison ferme

Condamné en première instance à trois ans de prison dont deux avec sursis, Thierry R. espérait voir sa peine allégée en appel. Mais son comportement et les faits reprochés, notamment une évasion, des violences conjugales et du harcèlement envers son ex-épouse, ont conduit la cour à durcir la sanction : il écope finalement de trois ans de prison ferme.
À la barre du prétoire de la cour d'appel, Thierry R., 46 ans, ne donne pas de lui l'image qu'il faudrait pour convaincre les magistrats d'alléger sa peine. En première instance, le quadragénaire avait écopé de trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire. La juge d'application des peines (JAP) lui avait accordé un aménagement de cette peine ferme sous surveillance électronique.
Dans les nombreux mails qu'il a adressés à son épouse, alors qu'il lui était pourtant interdit d'entrer en contact avec elle, le Saint-Andréen indiquait que cette juge "lui plaisait" et qu'il comptait bien "la charmer". Un élément qui ne joue pas en sa faveur lorsque la cour se penche sur son cas.
Un passif de violences conjugales
Pour bien comprendre l'affaire, il faut revenir quelques années en arrière. Le couple, parents de quatre enfants âgés de 5 à 17 ans, s'est séparé en 2021. L'épouse est victime de violences conjugales régulières, sans pour autant les dénoncer, comme c’est malheureusement souvent le cas, par peur des représailles. Un jour, Thierry R. la jette hors du domicile familial, ce qui lui permet de tenter de commencer une nouvelle vie dans son propre logement. Toutefois, les violences, qui avaient semblé se calmer, reprennent jusqu’à atteindre un point d’orgue, le 13 décembre 2023.
"Du grand n’importe quoi"
Le quadragénaire n’avait pas pu être jugé lors de sa première comparution devant le tribunal correctionnel, tant il était agité. Le président du tribunal avait choisi de renvoyer l’affaire à une date ultérieure afin qu’il se calme.
"Aprsès son jugement, madame pensait qu’il avait compris la leçon et qu’il allait adapter son comportement", plaide l’avocate de la partie civile, Me Myrella Laravine. Le conseil précise que sa cliente avait accepté d’accorder la garde alternée. "Du grand n’importe quoi", fustige la représentante de la société.
En juillet 2024, alors qu'il est sous bracelet électronique, Thierry R. disparait des radars. Il ne pas rentre pas chez lui aux heures imposées et ne répond à aucun appel. Dans le même temps, il se poste en bas du domicile de son épouse et l'épie pendant des heures, tout en multipliant les appels téléphoniques. Il envoie 32 mails en quelques jours, dont certains très insultants.
Début août, madame dépose une plainte classée sans suite, alors que Thierry R. a interdiction d'entrer en contact avec elle et se trouve sous surveillance électronique pour des violences sur elle.
Deux semaines plus tard, les gendarmes sont appelés pour une dispute entre Thierry R. et son fils. Les militaires réussissent ainsi à le localiser. Entendu en garde à vue, l’intéressé se positionne en victime, tout comme à la barre du prétoire de la cour d’appel ce jeudi. Interrogé par les magistrats, il se contredit et élude les questions. Comme l’a souligné son conseiller d’insertion pénitentiaire, le mis en cause "n’écoute rien et enchaine les monologues".
Un appel qui se retourne contre lui
"J’ai été agressé par quatre détenus", raconte-t-il. Une agression qui lui a valu d’être hospitalisé en psychiatrie, puis à l’hôpital de jour de Saint-Denis, dont il vient de sortir avec un traitement.
Mais le ministère public n’en a cure. "Ce qu’il demande aujourd’hui, c’est ce que le JAP lui avait déjà donné l’opportunité de faire lors de son récent jugement", développe Françoise Barbier-Chassaing. Pour l’appel sur les violences conjugales, elle requiert trois ans de prison au minimum. Pour le harcèlement, elle propose à la cour un an ferme.
Au final, Thierry R. est condamné à trois ans de prison ferme : deux ans pour les violences conjugales et le harcèlement, un an pour l’évasion, soit le double de la peine infligée en première instance.
"Il n’a pas mesuré le risque en faisant appel", commente son avocate, Me Nawel Beikrit.
Pour mémoire, en cas d’évasion, la peine est distincte et ne peut pas faire l’objet d’une confusion de peine.


