Équipée sauvage dans un rond de cartes : Pascal Aboukir condamné à 14 ans de prison

Le 6 août 2021, accompagné de Rudy Ory, encagoulé et muni d’un fusil, Pascal Aboukir avait débarqué dans un rond de cartes à Saint-André et enlevé un des joueurs. Ils l’ont ensuite conduit sur le front de mer de la ville. Selon la victime, Pascal Aboukir lui aurait extorqué 12.000 euros en liquide, ce qu'il réfute avec vigueur depuis le début de ce procès. Ils se sont ensuite tous rendus chez un concessionnaire et, en guise de remboursement d’un prêt, le Bénédictin et ses complices se sont fait remettre un véhicule d’occasion d’une valeur de 40.000 euros appartenant à la victime au profit de Pascal Aboukir.
Lors de son audition par la cour ce jeudi, Pascal Aboukir a donné une autre version des faits. Il évoque un prêt de 18.000 euros à la victime pour l'achat d'une voiture, somme qu'il veut récupérer. "Il y a une dette entre moi et la victime", affirme l'accusé. Il prétend également que la victime a envoyé des gens chez lui pour lui mettre la pression, mais que ce 6 août, "c’était pour arranger les choses après une intervention d'Eric Tandrayen". Il reconnait également avoir l'habitude de "ramasser l’argent à terre dans les ronds de cartes", mais qu'il ne savait pas que c’était du vol. Ce jour-là, il affirme qu'il ne savait pas que son complice Rudy Ory était armé : "Si j’avais vu qu’il était armé je lui aurais retiré. Je n’aime pas les armes. Je l’ai pris pour me protéger car il fait de la boxe", explique-t-il à la barre.
Pascal Aboukir est persuadé que le dépôt de plainte qui intervient un mois plus tard a permis à la victime de "tout organiser après". Malmené par la partie civile et l'avocate générale au sujet de son énième version, Pascal Aboukir reste sur cette dernière : "Il a envoyé des gens plusieurs fois chez moi, des gros bras, il aurait dû réfléchir avant de faire ça. Ce jour-là - le 6 aout - j'ai pas pris d'argent, on est parti pour causer. Eric Tendrayen était là pour arranger le deal et que tout se calme ensuite", conclut-il, tout en minimisant les faits.
Pour autant, sur les questions de son avocat Me Nicolas Normand, il finit par reconnaitre que ce jour-là, la victime a été obligée de lui obéir au regard du contexte : "Si vous aviez pris les 12.000 euros, vous seriez allé pour la Dodge ?". "Non", atteste l'accusé. "Vous comprenez qu’il n’était pas tout à fait d’accord pour vous suivre et vous donner la voiture et qu’il ait porté plainte par la suite ?". "Oui", répond benoitement Pascal Aboukir.
Ce vendredi, lors de ses réquisitions, l'avocate générale est revenue sur l'histoire d'un "arrangement d'une banalité ordinaire pour eux". "C’est le quotidien de personnes qui ont décidé de se mettre hors la loi", lance-t-elle.
"Ces actes sont intolérables, inacceptables et insupportables. Nous avons affaire à des délinquants chevronnés, dans un monde d’abus de pouvoir où l’on exige, où l’on force. Où l’on ose même pendant un procès d’assises de demander à un témoin de 'faire le bon choix'", ajoute l'avocate générale.
"Les ronds, quels qu’ils soient, sont des milieux criminogènes. Même si c’est issu de notre culture, il ne faut pas se voiler la face", a-t-elle affirmé avant de requérir : 14 ans de réclusion criminelle dont 7 ans de sûreté pour Pascal Aboukir, 10 ans de réclusion criminelle dont cinq ans de sûreté pour Rudy Ory, huit ans de prison dont quatre ans de sûreté pour Eric Tendrayen et finalement cinq ans de prison et un mandat de dépôt pour Jordan Viraye.
Les jurés se sont retirés et ont rendu leur verdict en fin de journée. Pascal Aboukir est condamné à 14 ans de réclusion criminelle et Rudy Ory à 10 ans. Les faits de séquestration n'ont pas été retenus à l'encontre d'Eric Tendrayen mais il est condamné à cinq ans de prison pour les autres faits qui lui étaient reprochés. Jordan Viraye a été reconnu coupable de complicité d'extorsion et devra purger une peine de trois an de prison dont deux ans de sursis probatoire avec un aménagement possible de la partie ferme avec un placement sous bracelet électronique.


