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Enquête pour harcèlement à la mairie de Saint-Paul : l'ex-DGS met en cause la garde rapprochée du maire

Ecrit par Eric Lainé – le samedi 21 juin 2025 à 06H17
Emmanuel Séraphin et Valérie Picard

L'ombre d'Emmanuel Séraphin pourrait planer sur le procès pour harcèlement moral à la mairie de Saint-Paul, reporté au 30 janvier prochain. Au-delà des déclarations accablantes des victimes et des témoins de l'affaire, l'ex-DGS (directrice générale des services), Valérie Picard, incrimine le 2ème adjoint, Sébastien Guyon, le directeur de cabinet, Mustapha Omarjee, mais aussi le maire, même s'il n'est pas poursuivi.

Placée en garde à vue en avril 2023, Valérie Picard, ex-DGS à la mairie de Saint-Paul, réfute d'abord les accusations de harcèlement moral qui pèsent sur elle. Elle dit avoir été la cible d'un “lynchage” à l'origine de sa démission. Mais au fil des questions, ponctuées des déclarations accablantes de la part des victimes et de témoins, elle finit par reconnaître son implication dans l'éviction de la DGA (directrice générale adjointe), notamment placée à la tête des ressources humaines. 

"C'était préparé et convenu à l'avance"

Tout aurait commencé en septembre 2021 à l'occasion d'une réunion qui se solde par “un recadrage” en présence de l'intéressée mais aussi de sa subordonnée, directrice des RH. La DGA se voit retirer de but en blanc la responsabilité des RH à l'initiative “du directeur de cabinet et de M. Guyon”, accuse l'ex-DGS. “Lorsque nous l'avons convoquée pour lui dire qu'elle perdrait les RH en septembre 2021, c'était préparé et convenu à l'avance”, assure Valérie Picard. Ou encore : “Nous avons fait ça parce que ça n'avançait pas.”

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Les enquêteurs lui indiquent que l'ex-DRH, elle-même partie civile au procès, déclare : “Pour moi, ils voulaient s'en débarrasser et la mettre en difficulté. Etes-vous d'accord avec ses conclusions ?” “Oui. Moi, je préconisais la décharge”, répond-elle. Emmanuel Séraphin et sa garde rapprochée n'en seraient pas restés là. Selon Valérie Picard, il est ensuite question de monter un dossier disciplinaire contre la DGA.

"J'ai reçu l'ordre de la décharger"

J'ai reçu l'ordre de (la) décharger. C'est d'un commun accord entre le maire M. Séraphin, M. Guyon et M. Omarjee, le dircab. C'est un débat que nous avons eu à plusieurs reprises avec le même résultat. J'ai temporisé au maximum pour mettre en place un véritable dossier de décharge à compter de décembre 2021. Ils voulaient que ça aille plus vite mais il fallait que je prépare les choses...”, pointe Valérie Picard.

Humiliée, régulièrement mise en difficulté pendant les Codir et persuadée qu'on voulait l'évincer, la DGA a finit par mettre fin à son détachement à la mairie de Saint-Paul en mars 2022 avant de réintégrer la préfectorale après une douloureuse période de chômage. 

"Elle ment"

Placés en garde à vue à leur tour, Mustapha Omarjee et Sébastien Guyon n'auront de cesse de clamer leur innocence. Le directeur de cabinet répète que “tout est faux” chaque fois qu'une accusation lui est rapportée par les enquêteurs. Il a la mémoire qui flanche quand la réunion de recadrage de septembre est évoquée alors même que la victime, la DRH et la DGS confirment sa prise de parole. Interrogé quant au principe d'une éviction concertée de la DGA, le dircab prétend que Valérie Picard “ment”. Pourquoi chargerait-elle à tort l'équipe d'Emmanuel Séraphin sachant qu'elle a été ré-embauchée à la suite par la présidente de Région, Huguette Bello ? Mystère.

Mémoires qui flanchent

Sébastien Guyon, en charge du personnel communal et promu 2ème adjoint quand l'affaire a éclaté, se montre lui aussi peu disert sur le sujet. Il n'a pas en mémoire la séance de recadrage avec ses “échanges secs et houleux”“Il n'y a pas eu de consigne pour pousser qui que ce soit vers la sortie.” Sur les sujets qui fâchent, il peut en être “surpris”, “pas informé” ou il n'en a “pas de souvenir”. Il “réfute” souvent et il s'interdit de commenter dès qu'il le peut. Comme Mustapha Omarjee, il est par contre certain que le maire n'a rien à voir dans cette affaire et qu'il n'était au courant de rien.

A l'écouter, Emmanuel Séraphin semble avoir été tenu à l'écart de toutes difficultés au sein de la DRH jusqu'à la mi-juillet 2022. Il n'a jamais entendu parler de la surcharge de travail à effectuer en urgence, du personnel sous pression, des horaires élastiques, des humiliations, du recadrage de la DGA ou du travail de sape pour la faire partir. Des griefs qui ont pourtant conduit au départ de huit cadres de la DRH dont un départ à la retraite précipité et la fuite des trois cadres victimes de harcèlement moral dont deux ont déposé plainte. Il n'a pas davantage eu vent de la lettre du médecin du travail mettant en garde Valérie Picard, sa DGS.

Le maire au parfum?

Il ne croit pas aux déclarations des employés mettant en cause le management de M. Guyon Sébastien ou la subordination directe de Mme Picard Valérie à M. Omarjee, son directeur de cabinet”, résument les enquêteurs. Il prend acte du bout des lèvres des ingérences présumées de son adjoint et de son bras droit “sans pour autant se positionner sur la légalité de la situation”, précisent encore les militaires.

A l'issue des gardes à vue, les gendarmes ont confronté les trois mis en cause, Valérie Picard, Sébastien Guyon et Mustapha Omarjee. Le directeur de cabinet a maintenu sa version : “Il n'y a jamais eu de recadrage, de consigne et je n'ai jamais demandé à retirer les prérogatives de [la DGA].” Sébastien Guyon, lui, n'en a même pas la mémoire : “Je n'ai pas le souvenir d'une réunion qui a traité de ce retrait envers [la DGA].” Valérie Picard a maintenu que c'était “entendu avec le directeur de cabinet et l'adjoint au maire”. Et qu'Emmanuel Séraphin était au parfum.

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