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Affaire de harcèlement à la mairie de Saint-Paul : l'ex-premier adjoint Tristan Floriant sort du silence

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 6 juin 2025 à 05H55

Dans une interview exclusive accordée à Zinfos974, Tristan Floriant, l'ex-premier adjoint au maire de Saint-Paul, s'exprime pour la première fois depuis qu'il a déclenché l'article 40 pour signaler des faits de harcèlement moral à la direction des ressources humaines de la ville en 2022.

Zinfos974 : Vous avez fait un signalement au parquet de Saint-Denis en août 2022, en qualité de premier adjoint au maire de Saint-Paul, pour dénoncer des faits de harcèlement moral au sein de la direction des ressources humaines de la mairie. Racontez-nous ce qui se passait au sein de ce service à l'époque ?

Tristan Floriant : J'étais premier adjoint à la mairie de Saint-Paul quand on est venu me signaler qu'il y avait ce problème de harcèlement à la direction des ressources humaines de la ville. Je suis directement allé voir Emmanuel Séraphin pour lui en parler. Il m'a dit qu'il règlerait le problème en dix jours. J'étais opposé à cette manière de faire puisque les personnes que j'ai rencontrées étaient vraiment mal. J'ai donc demandé à ce que le signalement soit fait le plus rapidement possible. Quelques jours après, je posais à nouveau la question. On me répondait toujours la même chose : ça va se régler... Je voulais que les choses aillent plus rapidement car ces personnes étaient mal. J'ai donc décidé de déposer mon article 40 auprès du procureur.

"Emmanuel Séraphin a effectivement dit que c'était une coquille vide"

Pouvez-vous nous dire ce que ces personnes ont concrètement décrit comme situation en 2022 ?

Ces personnes m'ont envoyé tous les documents qu'elles avaient en leur possession et qu'elles avaient déjà transmis au maire trois ou quatre jours avant. Elles relataient toutes les faits de harcèlement qu'elles avaient subis. Il y avait aussi le courrier de la médecin du travail disant qu'il y avait un problème de harcèlement et qu'il fallait en tenir compte. J'ai retransmis tous ces documents à Emmanuel Séraphin en lui disant qu'il ne fallait pas laisser traîner les choses. A partir de là, voyant que rien ne se passait, j'ai été obligé d'agir comme il le fallait.

Après la révélation de l'affaire, Emmanuel Séraphin a parlé d'une coquille vide concernant votre signalement. Qu'est-ce que vous en pensez alors qu'un procès pour harcèlement moral va se tenir bientôt devant le tribunal avec le renvoi de sa DGS, Valérie Picard, de son directeur de cabinet, Mustapha Omarjee, et de Sébastien Guyon, son actuel 2ème adjoint ?

Lire aussi: Harcèlement moral à la mairie de Saint-Paul : l'ex-DGS, le 2ᵉ adjoint et le dircab jugés en juin

Emmanuel Séraphin a effectivement dit que c'était une coquille vide. Je me rappelle de ce jour-là. Le matin même (Ndlr : le 5 juillet 2023), il était entendu par les gendarmes. L'après-midi, il y avait le conseil municipal où j'étais présent. Il a bien précisé devant l'assemblée que cette affaire ne mènerait à rien. 

"Le général est sauvé et ce sont les soldats qui partent au front..."

A la sortie du conseil municipal, il a fait une petite conférence de presse disant que c'était une coquille vide. Il n'y a pas encore eu de jugement mais si le procès arrive c'est qu'il y a bien eu une affaire, non?

Sébastien Guyon, le 3ème adjoint de l'époque, est toujours en charge du personnel communal. Que savez-vous de son implication présumée dans cette affaire ?

Le maire est d'abord responsable du personnel communal. Il y a ensuite son élu à qui il délègue la gestion du personnel. Quand une chose est aussi importante, il assiste et il est au courant de tous les problèmes qui se passent. Je pense donc qu'il le savait. D'ailleurs, les personnes disent qu'elles ont aussi été harcelées par monsieur Guyon. Dans l'armée, vous avez le général et les soldats. Aujourd'hui, le général est sauvé et ce sont les soldats qui partent au front...

Le directeur de cabinet, Mustapha Omarjee, est lui aussi renvoyé devant le tribunal pour complicité de harcèlement. Que savez-vous de son comportement à l'époque des faits ?

Plusieurs personnes m'ont relaté son attitude mais il n'a jamais parlé de cette façon en ma présence, à qui que ce soit.

Pourquoi avoir démissionné de votre poste de premier adjoint au maire à l'issue de cet article 40 ?

C'est très simple. Je n'ai pas arrêté de relancer cette affaire. J'ai déclenché l'article 40 le vendredi. Le lundi, le parquet m'a dit qu'il avait été pris en considération. Et le lundi soir, le maire convoque le conseil municipal sans en donner la raison. 

Le soir, je vais au conseil. Madame Valérie Picard arrive et annonce sa démission alors qu'on n'en parlait pas jusqu'alors et qu'il était hors de question qu'elle démissionne. Elle dit qu'il se passe des choses en mairie et qu'il vaut mieux qu'elle s'écarte. J'attendais plus d'explications... et finalement je me lève et je pars. 

"Les victimes souffrent toujours, il faut qu'il y ait une justice"

Le maire m'appelle et me dit : tu as vu comment j'ai assuré, tout va être réglé. Je lui dis : on ne règle pas un tel problème comme cela. Il faut que les choses se décantent et qu'il y ait une plainte. C'est facile de démissionner et que les choses s'arrêtent là. Les victimes souffrent toujours, il faut qu'il y ait une justice. Il me dit : non, c'est bon ! Il faut laisser comme ça. Je lui ai alors dit : j'ai fait l'article 40. 

Au lieu de dire que c'était bien, lui et d'autres personnes étaient complètement révoltés. Car l'article 40, à la base, n'accusait personne. Je n'accusais pas Sébastien Guyon ou Mustapha Omarjee. C'était juste une dénonciation pour une enquête. Mais j'ai bien compris que ça n'allait pas du tout... 

J'étais venu pour essayer de faire quelque chose pour Saint-Paul. Maintenant, si on n'était pas sur la même longueur d'ondes, ça n'était pas la peine de rester pour toucher des indemnités comme d'autres le font généralement en politique. J'ai donc démissionné. J'ai continué à mener mon action pour que justice soit faite et j'espère que l'on arrivera au bout.

"J'étais donc venu faire du travail pour la ville et non de la politique"

Vous êtes aujourd'hui conseiller d'opposition. Est-ce que vous envisagez de vous engager pour les municipales de 2026 ?

Je n'ai jamais voulu faire de la politique pour de la politique. J'étais venu car j'aime la ville de Saint-Paul. Ça fait 30 ans que Saint-Paul a énormément de problèmes judiciaires avec tous ses élus. J'étais donc venu pour aider et faire quelque chose de nouveau. Je m'étais engagé avec l'équipe de Bello alors que je n'étais pas du tout du même bord politique. J'avais d'ailleurs demandé à ce que l'on différentie la politique et la ville. J'étais donc venu faire du travail pour la ville et non de la politique. Mais je me suis aperçu au fil du temps que la politique est revenue sur le devant de la scène et que l'on a oublié ce qui devrait se faire pour Saint-Paul.

J'ai assisté à quelques séances du conseil municipal (Ndrl : dans l'opposition). Nous avons peu la parole. Il y a beaucoup de mesquineries et de sournoiseries. Quand on pose une question, le maire répond sur autre chose pour ne pas parler du problème réel.

"Je serais vraiment content qu'il y ait enfin une droite unie avec une bonne équipe"

La campagne municipale va commencer l'année prochaine. Je réfléchis à plusieurs solutions. Mais si c'est pour faire de la politique pour faire de la politique, pour avoir un poste pour profiter et non pour faire, ça ne m'intéressera pas. Je m'engagerais s'il y a une équipe vraiment solide qui veut faire quelque chose pour Saint-Paul. Aujourd'hui je réfléchis...

La droite locale cherche aujourd'hui à se reconstruire et à trouver son leader. Quelle est votre analyse de la situation ?

En 2020, si la droite avait été unie, je ne pense pas que notre équipe aurait gagné car Saint-Paul est quand même une commune ancrée à droite. Mais il y a eu une division phénoménale entre eux. Ils se sont tous présentés. Aujourd'hui, il faut qu'ils fassent vraiment l'union. Je serais vraiment content qu'il y ait enfin une droite unie avec une bonne équipe. S'ils arrivent à trouver cette équipe, je pense qu'ils iront au succès et Saint-Paul changera de visage. Il faut arrêter avec ces personnes qui, depuis 10-15 ans, sont sur la scène politique et qui, à chaque fois qu'ils sont élus, ne pensent qu'aux festivités. Alors que l'ancienne municipalité a été critiquée pour cela, ils font autant de fêtes. Pendant des années, le maire actuel assistait au conseil municipal où il critiquait Joseph Sinimalé qui était président du TCO et maire. Aujourd'hui, il est lui-même maire, président du TCO, de la SEDRE et de beaucoup d'organismes. Ils ont critiqué la précédente municipalité et ils font pire.

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