Revenir à la rubrique : Faits divers

Harcèlement moral à la mairie de Saint-Paul : l'ex-DGS, le 2ᵉ adjoint et le dircab jugés en juin

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 28 mai 2025 à 05H57
Emmanuel Séraphin et Valérie Picard

L'affaire de harcèlement moral, qui a empoisonné la direction des ressources humaines (DRH) de la mairie de Saint-Paul entre 2021 et 2022, sera examinée le 13 juin prochain par le tribunal judiciaire de Saint-Denis. L'ex-DGS Valérie Picard, le 2ᵉ adjoint à la mairie, Sébastien Guyon, et le directeur de cabinet du maire, Mustapha Omarjee, sont poursuivis pour harcèlement moral ou complicité.

L'affaire éclate à la fin du mois d'août 2022 à la suite d'un article 40 adressé au parquet de Saint-Denis par le premier adjoint au maire de Saint-Paul, Tristan Florian. L'élu porte à la connaissance de la procureure de la République, Véronique Denizot, des soupçons de harcèlement moral à la direction des ressources humaines de la mairie de Saint-Paul. Faute d'avoir eu l'écoute du maire, Emmanuel Séraphin, sur un sujet aussi grave, il a décidé de saisir lui-même la justice. Une initiative qui le conduira à démissionner de son poste de premier adjoint quelques jours plus tard.

Une enquête est ouverte par le parquet de Saint-Denis, confiée aux gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis. Des cadres du service concerné sont auditionnés, notamment ceux qui ont dénoncé des faits de harcèlement moral de la part de la directrice générale des services (DGS), Valérie Picard, laquelle a d'ailleurs démissionné de son poste concomitamment au signalement opéré par Tristan Florian. Les témoignages font état de méthodes managériales parfois violentes, souvent humiliantes et dégradantes, et qui finissent par épuiser les personnes dans le collimateur de la DGS. Les cadres sont particulièrement visés, à tel point que plusieurs d'entre eux craquent avant d'être poussés à la démission.

“Dégradation de la santé psychique et physique”

Deux femmes de la DRH, en particulier, ont déposé plainte. Elles racontent avoir subi les foudres de Valérie Picard. Un comportement insidieux qui a imprimé une ambiance toxique. Il s'agit d'ordres, de contre-ordres, d'exigences insurmontables, de cadences infernales mêlées à des invectives. L'ambiance est tellement délétère au sein de la DRH qu'une lettre de la médecine préventive finit par être adressée à Valérie Picard, faisant état “d'une dégradation de la santé psychique et physique” au fil des arrêts maladie et des départs du service.

Le médecin mentionne plus précisément “une surcharge de travail, un travail sous pression et dans l'urgence, des cadences élevées, le sentiment de ne pas pouvoir fournir un travail de qualité, le manque de considération pour la qualité du travail”. Le praticien concluait à “une souffrance majeure et généralisée ainsi que des troubles psychosociaux des agents et de l'ensemble du service”.

“Maltraitée lors de réunions de recadrage”

Les cadences infernales n’étaient pas seulement l'œuvre de Valérie Picard. La politique du “tout tout de suite” était, semble-t-il, aussi à mettre au crédit de Sébastien Guyon. “Quand l'un se calmait, l'autre prenait le relais.” Les cadres au bout du rouleau parlaient d'une absence de coordination entre celui qui n'était alors que 3ᵉ adjoint, la DGS et le directeur de cabinet du maire, Mustapha Omarjee, lequel avait pour réputation “de faire mouliner sans cesse les cadres”.

L'une des cadres, victime présumée de harcèlement moral, “a explosé en larmes, maltraitée lors de réunions de recadrage en présence d'un subalterne. Mise sous pression, invectivée publiquement, cible de ricanements et humiliée”. Cette femme avait même dû reporter ses congés au dernier moment, sous prétexte qu'elle devait assister à une réunion de fin d'année. En pleine crise Covid, elle avait ainsi été empêchée de prendre l'avion en compagnie de son mari pour rejoindre leur fils malade au Canada.

Deux victimes démissionnaires

Par la suite, elle avait été mise au placard jusqu'à ce qu'elle présente sa démission. À bout de souffle. Concernant cette ex-cadre de la DRH, Mustapha Omarjee est renvoyé devant le tribunal judiciaire pour complicité de harcèlement moral aux côtés de Valérie Picard. Il est notamment mis en cause pour une réunion de recadrage, particulièrement insupportable au plan humain.

Idem pour l'actuel 2ᵉ adjoint d'Emmanuel Séraphin, qui est poursuivi en qualité de complice en lien avec cette première victime. Mais Sébastien Guyon est suspecté de faits similaires concernant une seconde victime : une directrice générale adjointe sur laquelle Valérie Picard avait particulièrement jeté son dévolu jusqu'à ce qu'elle n'ait d'autre choix que de quitter la mairie.

Dans cette affaire, Emmanuel Séraphin échappe à toute poursuite. Son degré de connaissance des faits n'a pas été jugé suffisant par le parquet de Saint-Denis, au terme de son audition devant les services de gendarmerie.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :