Élections municipales : à Saint-André, le défi de l’eau

À l’approche des élections municipales, Zinfos974 propose aux candidats d’aborder un thème structurant pour leur commune et leurs administrés. À Saint-André, la question de l’accès à l’eau potable s’impose comme l’enjeu majeur du scrutin, même si la compétence relève directement de la Cirest. Les huit candidats en lice l’ont d’ailleurs identifié comme tel, en lui accordant la première place dans leur programme et leurs prises de position. Nous les avons interrogés sur leur analyse de la situation et leurs propositions. À ce stade, deux candidats n’ont pas répondu : Léopoldine Settama-Vidon et Jean-Marie Cotaya.
Si les thèmes de la sécurité ou de la propreté occupent une large place dans le débat municipal, l’attente première d’une partie des Saint-Andréens reste plus élémentaire : disposer d’une eau potable continue et de qualité tout au long de l’année. Depuis plusieurs années, de nombreux foyers subissent des plans de coupures répétés, liés à la baisse du niveau au captage du Bras-des-Lianes, principale ressource de la commune, partagée avec Bras-Panon.
Une situation structurelle selon la CISE
Lors d’une conférence de presse organisée en décembre, au plus fort de la crise, la CISE évoquait une situation qu’elle qualifie de structurelle, aggravée par la sécheresse. Le gestionnaire du réseau soulignait une hausse de plus de 10 % du nombre d’abonnés en moins de dix ans, sans augmentation équivalente des capacités de production. À Saint-André, l’alimentation en eau reste fortement dépendante des pluies en altitude, seules capables de réalimenter efficacement le captage du Bras-des-Lianes et l’usine de potabilisation de Dioré, qui dessert environ 60 % de la population.
Lire aussi : Coupures d’eau dans l’Est : “On est dans le même bateau”, se défend la CISE
La CISE mettait également en avant la perte de certaines ressources, comme le captage de Bras-Mousseline, hors service depuis 2018, la vétusté du réseau, avec un rendement estimé à environ 60 % et près de 400 fuites par an, ainsi que l’absence d’interconnexions suffisantes entre les réseaux, limitant les possibilités de secours en période d’étiage. Elle rappellait enfin que la stratégie et les investissements relèvent de la CIREST depuis le transfert de la compétence eau en 2020, sans calendrier précis communiqué à ce stade pour la mise en service de nouvelles ressources.
Que proposent les candidats* ?

Éric Fruteau : "Plusieurs actions prioritaires"
"Les coupures répétées, les restrictions et les difficultés rencontrées par de nombreux quartiers ne sont pas une fatalité. Elles sont le résultat d’un retard historique d’investissements dans nos réseaux d’eau potable et d’assainissement, aggravé depuis 2014 par l’arrêt de la dynamique engagée entre 2008 et 2014. Durant cette période, nous avions lancé un effort sans précédent pour moderniser nos infrastructures : forages, unité de potabilisation, rénovation de station d’épuration.”
“Aujourd’hui, près de 42 % de l’eau produite n’arrive pas jusqu’aux habitants. Ce chiffre est alarmant. Il révèle un réseau vieillissant, vulnérable et insuffisant face à la croissance de notre population.”
“Face à cette situation, je propose plusieurs actions prioritaires : moderniser les canalisations, rénover les stations de pompage, augmenter les capacités de stockage, accélérer le remplacement des compteurs, coordonner les travaux routiers et hydrauliques pour optimiser les financements, créer des retenues collinaires, diversifier et sécuriser les ressources, renforcer les interconnexions entre les communes de l’Est et encourager des solutions complémentaires comme la récupération d’eau de pluie.”

Jean-Marie Virapoullé : "L'urgence sera de renouveler les tuyaux"
“Depuis trois ans, les habitants de Saint-André subissent régulièrement des coupures d’eau pendant la période de sécheresse. Cette situation est due à l’immobilisme du maire de Saint-André et vice-président de la CIREST. Ainsi, les réseaux d’eau potable vétustes n’ont pas été remplacés depuis six ans. Résultat : près de la moitié de l’eau distribuée est perdue dans la nature.”
“Nos mesures sont concrètes et immédiates. L’urgence sera de renouveler les tuyaux d’eau potable percés sur les grands axes de la ville (avenue de Bourbon, avenue Île-de-France, chemin Ratenon…) pour stopper les fuites.”
“Pour le stockage de l’eau, nous créerons deux réservoirs à Dioré et Ravine-Creuse. Pour augmenter la ressource en eau, nous installerons une pompe plus puissante sur le forage de Ravine-Creuse, réhabiliterons le captage des Citronniers et nous lancerons un nouveau forage.”

Stéphane Soupramanien : "Nous engagerons un plan massif"
“L’eau est une ressource vitale, un droit fondamental inscrit dans les droits de l’homme. À Saint-André, ce droit doit être garanti partout, de Cambuston à Bras-des-Chevrettes, de Rivière-du-Mât à la Cressonnière.”
“Pourtant, l’accès à l’eau est devenu le symptôme d’un problème plus profond : des années de retard, d’improvisation et de sous-investissements. Les habitants n’acceptent plus les coupures à répétition, les réseaux qui fuient et les solutions provisoires.”
“Nous portons une vision claire : sécuriser durablement la ressource en eau pour les familles, les agriculteurs et les générations futures. Cela passe par un plan structurant, immédiatement opérationnel.”
“Le rendement du réseau à Saint-André est aujourd’hui inférieur à 50 %. Cela signifie qu’une part considérable de l’eau déjà traitée se perd dans les fuites. C’est inacceptable, coûteux pour les habitants et désastreux sur le plan écologique.”
“Nous engagerons un plan massif de renouvellement et de renforcement des réseaux, car chaque litre perdu est un litre payé par les Saint-Andréens.”
“Pour répondre aux besoins actuels et anticiper la croissance démographique, nous mettrons en œuvre la création d’un forage de 300 m³/h et la construction d’un réservoir de 3 000 m³.”
“La station d’épuration actuelle est saturée. Nous lancerons sa modernisation et son extension.”
“Nous encouragerons l’équipement des foyers en récupérateurs d’eau de pluie et soutiendrons la création de retenues collinaires agricoles, dans le cadre d’une feuille de route micro-régionale avec la CIREST et le Département.”

Joé Bédier : "Des solutions de stockage supplémentaires dès 2026"
« L’eau n’est pas une compétence communale mais intercommunale, et les difficultés actuelles montrent la nécessité d’un changement profond de méthode au niveau de la CIREST afin de garantir un approvisionnement durable et une eau potable permanente pour les Saint-Andréens. »
« Saint-André sera à la présidence de la gouvernance intercommunale, cela est non négociable au regard de son poids démographique, pour porter une exigence forte de programmation pluriannuelle claire et chiffrée des travaux d’eau et d’assainissement, avec une transparence totale sur les décisions, les budgets et l’avancement des projets. »
« La priorité est d’engager une modernisation progressive des réseaux d’eau et d’assainissement, à partir d’un diagnostic complet et d’une cartographie précise afin d’identifier les fuites, les pertes de rendement et les ouvrages vieillissants, puis de déployer un plan pluriannuel de travaux ciblés. »
« Il est également indispensable d’anticiper l’extension et la modernisation des capacités de traitement et de stockage, en sécurisant les financements auprès de l’État, de la Région, de l’Agence de l’eau, de l’Europe et, si nécessaire, via des partenariats publics-privés. »
« À court terme, dès 2026, des solutions de stockage provisoires seront mises en place afin de sécuriser immédiatement l’approvisionnement en eau potable. Cela passera notamment par l’installation de cuves supplémentaires en inox pour augmenter rapidement la capacité de stockage, en attendant la réalisation des études et des travaux structurants, ainsi que l’extension de la station d’épuration pour répondre à l’évolution démographique et aux normes environnementales. »

Jean-Michel Sautron : "Un nouveau forage" et une "expertise"
“La région Est est la micro-région la plus arrosée de l’île de La Réunion, avec des précipitations annuelles comprises entre 2.000 et 5.000 mm. Pour équilibrer l’approvisionnement, un grand aménagement hydraulique, le basculement d’eau d’Est en Ouest, a été mis en place. Malheureusement, cette décision politique n’a pas été accompagnée d’un suivi rigoureux des ressources. Avec le changement climatique et la sécheresse, les réserves en eau diminuent rapidement.”
“J’envisage, dès mon arrivée, la création d’un nouveau forage pour sécuriser l’eau potable. Mais il faut être réaliste : un tel projet prendra plusieurs années pour se concrétiser, environ sept ans.”
“Dans l’urgence, la distribution d’une eau propre et continue passe par la réparation du réseau actuel, qui présente une perte de 40 % de la production d’eau potable. Ne pas engager ces travaux serait un risque politique et sanitaire.”
“Dès mon arrivée, je ferai une expertise du contrat signé avec la CIREST pour garantir une politique d’amélioration du réseau. Aucun travail de voirie ne sera entrepris sans intégrer la réparation du réseau d’eau.”
“La priorité est claire : assurer une eau potable sûre et disponible pour tous avant de penser à de nouvelles infrastructures.”

Laurent Virapoullé : "Nous dirons non au projet MEREN"
“L’eau est un enjeu vital pour Saint-André, à la fois en matière de santé publique, de pouvoir d’achat, de développement agricole et de préservation de notre environnement.”
“Trop longtemps, notre commune a subi des coupures répétées, une qualité de service insuffisante et des hausses tarifaires incomprises par la population.”
“Nous avons engagé un recours contre les conditions d’attribution du marché à la CISE et demandé l’annulation de la grille tarifaire. Les Saint-Andréens ne doivent pas payer le prix d’une gestion opaque ou déséquilibrée.”
“Nous nous engageons, au sein de la CIREST, à renégocier cette grille tarifaire afin de garantir un prix de l’eau plus juste et plus soutenable pour les familles.”
“À moyen terme, nous défendrons la mise en place d’une régie publique, au moins partielle, pour permettre à la collectivité de reprendre la main sur la gestion de l’eau.”
“Nous mobiliserons les fonds européens pour moderniser les réseaux, optimiser les forages et créer des retenues collinaires.”
“Nous prévoyons aussi l’installation d’une turbine afin de produire de l’électricité destinée aux systèmes de secours municipaux, renforçant ainsi notre résilience en cas de crise.”
“Nous mettrons en place, à travers la CIREST, un dispositif de distribution gratuite de bacs de rétention d’eau de pluie pour les foyers saint-andréens.”
“Nous dirons clairement non au projet MEREN et à tout nouveau basculement des eaux de l’Est. Nous refusons que Saint-André serve de variable d’ajustement au détriment de ses habitants, de ses agriculteurs et de son environnement.”
* Pour les candidats ayant répondu dans les délais impartis, les contributions sont publiées dans l’ordre du tirage au sort des listes effectué en préfecture. La demande portait sur des textes “concis”, une consigne inégalement respectée, ce qui nous a conduits à raccourcir certaines réponses tout en en conservant le fond.


