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Coupures d’eau dans l’Est : “On est dans le même bateau”, se défend la CISE

Ecrit par P.M. – le samedi 13 décembre 2025 à 13H25
Linda Chopinet, cheffe de l'agence Nord-Est et Nicolas Touzet, Directeur général de CISE Réunion.

Les coupures d’eau qui se répètent dans l’Est, en particulier à Saint-André, s’inscrivent selon la CISE Réunion dans une situation structurelle aggravée par la sécheresse. Son directeur général, Nicolas Touzet, a dressé ce vendredi un panorama de la situation et appelé les usagers à la "solidarité" et à la modération des usages.

Un “situation critique”, loin d’être nouvelle, résultant d’une conjonction de facteurs. “Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’en moins de dix ans, on a pris plus de 10 % d’abonnés en plus. (…) C’est plus de 2000 abonnés en moins de dix ans.”, cadre d’emblée le directeur général de CISE Réunion, Nicolas Touzet, lors d’un point presse tenu ce vendredi matin à l’usine de potabilisation de Dioré. 

Dans le même temps, le gestionnaire du réseau doit faire face à un déficit pluviométrique devenu récurrent ces dernières années et à des ressources en moins, en référence notamment au captage de Bras-Mousseline, perdu en 2018 sur la route de Salazie après le passage du cyclone Fakir. Sa remise en service est prévue par la CIREST, en charge depuis 2020 de la délégation eau et assainissement pour toutes les communes de l’Est, “mais elle prendra du temps”.

Pour le reste du réseau, la CISE ne cache pas sa vétusté par endroits, l’héritage de “décennies de sous-investissements”.

(Toujours) une dépendance à la pluie

Pour Saint-André plus spécifiquement, la dépendance à la pluie reste majeure. À partir du réservoir de Dioré, qui alimente 60 % de la commune, 950 m³/h sont nécessaires, apportés à hauteur de 600 m³/h par le captage du Bras-des-Lianes et le reste par un forage, lui constant dans sa distribution.

Ce qui n’est pas le cas de la ressource superficielle. Et il ne suffit pas qu’il pleuve pour résorber le déficit : “Quand on dit qu’il pleut à Saint-André, si la pluie tombe à une altitude inférieure à 300 mètres, elle ne sert à rien pour nous”, explique le responsable.

Il poursuit : “Pour que la pluie fonctionne pour nous, il faut qu’on soit au-dessus de 300 mètres, c’est-à-dire vers le Pisse-en-l’Air, sur la route de Salazie.”

Lors de certains épisodes pluvieux récents, “il a plu beaucoup sur Saint-André, mais dans la partie basse”, sans réalimenter la ressource, ce qui a entraîné le maintien des coupures malgré une météo humide en ville.

Le directeur général note que “cela fait deux exercices que la sécheresse est vraiment marquée”. Une sécheresse qui commence “de plus en plus tôt”.

Des réseaux vétustes et non connectés

En période d’étiage, le niveau du captage baisse rapidement. À partir de 300 m³/h de débit, des coupures sont mises en place, d’abord de nuit, voire le jour quand la situation devient critique. L’année dernière, le débit du Bras-des-Lianes est descendu par moments sous la barre de 100 m³/h.

Le directeur général résume : “Il y a un manque de production de 300 m³ à Saint-André qu’il faudrait retrouver. (…) On pourrait dire qu’on tiendrait une année sans coupure.”

Autre difficulté, des réseaux “non interconnectés”. La zone alimentée par l’usine de potabilisation de Dioré, qui concentre la majorité des habitants, ne peut pas être secourue par les autres ressources, déjà “à 100 % de leurs possibilités”.

Des rendements toujours (très) insuffisants

Sur l’état du réseau, Nicolas Touzet décrit une situation toujours critique : “Sur Saint-André, le réseau fait à peu près 280 km. On fait 400 fuites par an. (…) Ça veut dire qu’en gros, on intervient sur une fuite tous les 700 mètres tous les ans. C’est comme si on faisait un trou sur la route tous les 700 mètres.”

Les responsables ajoutent : “On est à peu près à un petit 60 % de rendement. (…) Donc il y a 40 % de fuites. (…) On a du mal, nous, aujourd’hui, en faisant 400 fuites par an, à améliorer ce ratio-là.”

À la CIREST, la “stratégie et la vision”

À quand du mieux, par la mise en route de nouvelles ressources notamment ? Et à qui la responsabilité ?

La CISE rappelle que la compétence eau a été transférée à la CIREST en 2020. “La stratégie et la vision, c’est vraiment la CIREST qui la pilote, ce n’est pas nous. Les infrastructures sont pilotées financièrement par la CIREST.”

Pas d’annonces particulières ou de calendriers de réalisations à mettre sur la table : la balle est de nouveau renvoyée à la CIREST. “La temporalité, nous, on n’est pas capables de vous la donner. (…) Entre le dire et le faire, parfois, c’est compliqué.”

La CISE affirme cependant que “plusieurs projets structurants sont à l’étude ou engagés”, mais sans plus de détails ou de dates de mise en service.

“On est dans le même bateau”

Dans le même temps, la CISE se défend de rester les bras croisés : “On est une entreprise de gestion de crise. (…) On a 200 collaborateurs, dont 100 qui sont dédiés quasiment à la CIREST et à l’Est. Lors des coupures, nos collaborateurs se lèvent à 3h et commencent les manœuvres de vannes à 4h du matin pour rétablir l’eau.”

Des collaborateurs dont beaucoup sont aussi victimes de ces coupures devenues monnaie courante : “Les personnes qui coupent sont les premières à se couper chez eux. (…) On est dans le même bateau.”

Le but est également “d’empêcher les tuyaux de se vider”, car cela provoque “des casses complémentaires” et “des poches d’air”. Des centaines d’interventions ont été ainsi réalisées depuis le début de la crise, assure le fermier.

En cas de crise aiguë, la CISE dispose d’un stock “d’une quarantaine de citernes” à Champ-Borne, pouvant être déployées “en moins de douze heures”, malgré des problèmes récurrents “d’incivilités”, déplore le directeur général.

Un message de pédagogie et de modération

Pour la CISE, l’objectif de la réunion était aussi de sensibiliser la population : “Le but de cette rencontre, c’est de sensibiliser les usagers sur le fait qu’il y a une ressource qui reste fragile.”

Le directeur général appelle à des gestes quotidiens modérés : “Éviter de laver ses voitures en cette période-là, de laver les cours. Des gestes simples (…) qui vont permettre d’avoir plus d’eau au robinet le soir en rentrant chez soi.” Un appel à la “solidarité” et à la “modération” de la consommation.

Les responsables reconnaissent que les habitants “ont l’impression d’entendre la même chose chaque année”, mais affirment que les réponses relèvent d’études, de décisions et de travaux portés par la CIREST, un travail en cours, assure le fermier, dans un contexte de sécheresse durable, de réseaux anciens et de démographie en hausse.

La CISE appelle à un “climat de responsabilités partagées” alors que les coupures devraient refaire rapidement leur apparition, faute de pluies conséquentes dans les prochains jours.

Etiquettes : Cirest | CISE | Saint-André | Sécheresse

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