Eh bien, messieurs les sénateurs, à vous d'évaluer!

Eh bien, messieurs les sénateurs, à vous d'évaluer !
Le palais du Luxembourg a vite changé de rythme depuis qu'une majorité de gauche s'y est installée. Tout beau, tout nouveau ! En tout cas, des bonnes impulsions ont été données, dont une s'annonce prometteuse pour peu que les trois sénateurs réunionnais parviennent à entreprendre ensemble un travail sérieux dans cette délégation chargée de l'outre-mer, dont la mission est "d'évaluer les politiques publiques dans les collectivités visées par l'article 72-3 de la Constitution et les conditions de leur application locale".
Ces grands élus auront donc à dire, périodiquement, si l'argent des contribuables est bien utilisé, d'autant qu'il va devenir rare et de plus en plus cher, et si le moindre euro est bien investi là où il est prioritairement attendu.
Cette délégation est une tribune qui leur permettra de s'adresser depuis leurs bureaux parisiens à l'opinion réunionnaise. Rien ne vaut un coup de caméra de télévision cadrant un visage pour afficher une détermination à s'occuper des autres et mettre en avant un ton à ébranler les plus sceptiques. La République leur accorde ainsi de nouveaux temps de communication qui, perçus comme étant des plus officiels, seront plus qu'efficaces dans l'exercice de leurs mandats.
Mais ce serait encore plus sain pour la démocratie si les trois vice-présidents, MM. Vergès, Vergoz et Fontaine, avant qu'ils aillent à la première séance de cette délégation prévue à Paris pour la mi-janvier, présentaient ce qui fait l'intérêt d'un tel processus d'évaluation qui doit s'appliquer non seulement au secteur d'État mais aussi à celui des collectivités locales, parce que tout est imbriqué dans les
projets.
Un rapport d'évaluation sérieux est un document consultable par tout citoyen où est acté ce qui a fait l'unanimité des évaluateurs, sans que soient pour autant écartés les points de vue qui n'ont pas pu être rapprochés. Il peut, certes, s'appuyer sur le rapport annuel du préfet et des documents émanant des cabinets des exécutifs locaux, mais il doit aller bien au-delà.
En effet, il n'y a pas d'évaluation utile si une comparaison n'est pas clairement établie entre les objectifs retenus au départ et les résultats quantitatifs et qualitatifs obtenus selon les moyens déployés, de façon à dégager une perspective claire qui va au-delà des intérêts tactiques et stratégiques des différents camps politiques.
Et c'est là-dessus que devra porter l'essentiel de la communication si l'on estime que le développement passe par une meilleure transparence dans la gestion locale et un pointage de la responsabilité des élus sur place, mais à condition de respecter un dernier point de cette éthique : ces évaluateurs sont eux-mêmes des évalués, et pour que leur travail ne s'enlise pas dans une politisation ringarde, ne devraient-ils pas associer à leurs travaux des personnalités expérimentées et connues pour leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs ? Une utopie ? Non, si l'on estime que la Réunion doit parler d'une seule voix ! Si l'on veut développer chez les citoyens le sens de l'intérêt collectif.
Ce fonctionnement permettra de placer les électeurs, ces évaluateurs en bout de chaîne, dans de meilleures conditions pour désigner en connaissance de cause leurs représentants. La démocratie, c'est un but et en même temps un chemin pour y parvenir.
Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles-Saint-Paul



