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Dur, dur la vie de bichiques : un trésor naturel sous pression

Ecrit par Philippe Madubost – le dimanche 6 juillet 2025 à 11H34

Entre surpêche, braconnage, pollution, aménagements hydrauliques et prélèvement d'eau, les bichiques doivent affronter une série de menaces qui mettent leur survie en péril, encore accentuées par le réchauffement climatique.

À peine un œuf sur 50.000 deviendra un bichique capable de remonter une rivière réunionnaise. La statistique a de quoi donner le vertige, et elle illustre bien la précarité du cycle de vie des bichiques. Une donnée révélée dans une thèse publiée il y a une dizaine d’années par un spécialiste des gobiidés amphidromes, le chercheur Niels Techert (ARDA). Dans les colonnes du JIR, son constat était sans appel : « Oui, c’est dur d’être un bichique aujourd’hui. »

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Entre menaces naturelles et pressions anthropiques, les bichiques mènent une vie semée d’embûches. Les impacts directs comme le braconnage ou la pollution s’ajoutent aux perturbations de leur milieu naturel. « Le moindre barrage, le moindre obstacle à la continuité écologique entre la mer et l’amont de la rivière compromet leur migration et donc leur reproduction », alertait le chercheur. La pêche, bien qu’encadrée, restait difficile à quantifier à l’époque, c’est de moins en moins le cas désormais grâce à la déclaration des pêches. Le braconnage des adultes reproducteurs (les cabots bouche-ronde) en rivière à un impact également immédiat : un reproducteur prélevé, c’est des milliers d’œufs potentiels qui ne verront jamais le jour.

Des bichiques à 45 euros le kilo, il faut remonter en 2010 pour retrouver de tels prix.

Une vie sous haute pression

Pour rappel, les bichiques partagent leur vie entre l’eau douce et l’eau salée. Ils naissent en rivière, descendent jusqu’à la mer en tant que larves, puis doivent accomplir le voyage inverse pour grandir et se reproduire. Un parcours du combattant accentué par les effets du changement climatique. L’élévation des températures pourrait affecter la métamorphose des post-larves et modifier les conditions de reproduction. Les sécheresses et la baisse du niveau de l’eau pourraient influer sur leur capacité à remonter les rivières. Sans parler de la concurrence entre espèces ou de la prédation naturelle, qui ajoutent leur part à cette forte mortalité.

Les bichiques, un patrimoine réunionnais en danger

Heureusement, ces espèces opportunistes possèdent un atout : une fécondité massive. Une seule femelle pourrait pondre jusqu’à 120.000 œufs chaque mois. Mais cela suffit-il à contrebalancer toutes les pressions ? « Il y a une limite biologique à cette résilience », prévenait Niels Techert. Et attention au point de non retour. 

Baptisée « bichiques fines » ou « sans-culotte » par les pêcheurs, l’espèce Cotylopus acutipinnis, endémique des Mascareignes (Réunion et Maurice), a été désignée comme « en danger d’extinction » par la DEAL en 2018. Mais ce sont bien les deux espèces présentes dans l’île - avec les “gros bichiques”, plus largement répartis sur la zone indo-pacifique - qui sont menacées de disparition si la tendance ne s’inverse pas.

Un milieu naturel toujours dégradé

Au-delà de la survie des bichiques, c’est l’état global des milieux aquatiques de La Réunion qui inquiète. Si les eaux souterraines affichent encore une bonne santé globale, les cours d’eau subissent de fortes pressions de prélèvement.

La situation n’est guère plus rassurante du côté des eaux littorales : après des progrès jusqu’en 2019, la qualité écologique est en chute libre. En 2025, à peine 50 % des zones sont encore en bon état, contre 67 % auparavant. Cette tendance s’explique notamment par le ruissellement agricole, les intrants chimiques, mais aussi la déforestation et l’urbanisation galopante.

Lire aussi : Pollution, prélèvements, climat : ce que dit le dernier état des lieux de l’eau à La Réunion

Des mesures urgentes pour inverser la tendance

Face à ces constats, les institutions locales tirent la sonnette d’alarme. Le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) fixe l’objectif de 75 % de masses d’eau en bon état d’ici 2027. Mais pour y parvenir, les actions devront être renforcées : effacement de barrages obsolètes (Beauvallon, Bengalis, Paniandy…), limitation de l’usage des pesticides et des nitrates, lutte contre le braconnage et meilleure régulation des prélèvements.

« Une ressource piscicole n’est jamais illimitée », rappelait Niels Techert, pour qui l’espoir reposait, déjà à l’époque, sur une prise de conscience collective. 

L’aquaculture pourrait-elle apporter une réponse à la raréfaction des bichiques ? La piste se heurte à un obstacle majeur : « Il nous manque la maîtrise de la phase marine en milieu expérimental », répondait le chercheur. En attendant, seule la protection des milieux naturels et une meilleure gestion des ressources permettront de maintenir ce patrimoine biologique unique.

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Etiquettes : Bichiques | Environnement

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