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Bichiques : « Tout le monde doit faire des efforts »

Ecrit par Philippe Madubost – le dimanche 6 juillet 2025 à 11H32

Au moment d’engager un nouveau round de consultations avec les autorités et gestionnaires des rivières concernant la réglementation de la pêche des bichiques, les pêcheurs appellent à des ajustements tout en maintenant les efforts engagés, se disant bien conscients de la diminution de la ressource.

Alors que les bichiques sont toujours menacés de disparition, qui serait favorable aujourd’hui à un retour en arrière et à une suppression de la nouvelle réglementation, en place depuis trois ans ? Une réglementation qui a permis d’engager une structuration et une professionnalisation de la pratique tout en donnant plus de temps (six mois contre 15 jours) aux alevins pour tenter de remonter les rivières. Pas les pêcheurs que nous avons rencontrés.

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L’enjeu de la sauvegarde du bichique est désormais bien ancré dans les mentalités. « La nouvelle réglementation a apporté du bon, ça va dans le bon sens », déclare d’emblée Marceau Maillot, le président de l’association A2PVB et élu au Comité des pêches où il représente les pêcheurs.

"On an laissé passer 4 tonnes"

La pêche des bichiques, il l’a dans « le cœur » : « Je pêche depuis l’âge de six ans, c’est notre culture, notre patrimoine ». Et même s’il juge le retour de l’alevin encore timide, il appelle à poursuivre dans le sens de la réglementation, mais avec quelques ajustements. Comme beaucoup, il estime que les pêcheurs ont déjà fait des efforts : « En mars, on a laissé passer quatre tonnes de bichiques ».

Il demande à modifier le calendrier en allongeant la période de pêche à mars, contre une interdiction qui inclurait le mois de septembre. Autre demande : ne plus imposer l’ouverture d’un canal libre en période de pêche pour compenser la baisse du niveau de l’eau.

C’est en trouvant un nouvel équilibre entre les demandes des pêcheurs et l'obligation de préservation que la réglementation sera acceptée et la professionnalisation enclenchée de la pratique se poursuivra. « Je suis fier d’avoir ma carte de pêche », intervient le Saint-Andréen. Il ambitionne de voir émerger une véritable filière, « créatrice d’emplois » alors que les jeunes se feraient aussi rares dans les canaux. L’âge moyen des pêcheurs est aujourd’hui de 55 ans, indique la DEAL.

Elu au Comité des pêches, Marceau Maillot plaide pour un maintien de l'arrêté mais avec des modifications.

"Ce n'est pas normal"

Secrétaire de la Fédération des pêcheurs traditionnels de bichiques de la rivière du Mât, Anselme Annibal est plus amer sur le bilan de la réglementation. Son association l’applique depuis 2020 en tant que « site pilote ». Si les pêcheurs se sont pliés aux nouvelles règles et paient leurs cotisations, les montées ne sont toujours pas au rendez-vous selon lui. « À Langevin, à Saint-Benoît ils ont eu de bonnes pêches, mais nous, quasiment rien, ce n’est pas normal », clame le pêcheur bien connu. Pour augmenter les chances de faire des prises tout en maintenant une période d’interdiction, il appelle à ramener sa durée à trois mois contre six mois aujourd’hui.

« Tout le monde doit faire des efforts », lâche à son tour Patrick, un pêcheur de longue date de la rivière des Marsouins. Dans sa famille, la pêche des bichiques est une tradition perpétuée de génération en génération. Une activité difficile : « Un pêcheur ne gagne rien s’il ne pêche pas, alors que l’entretien est dur, ce sont des terrassiers avant d’être des pêcheurs », aime à rappeler Stéphane Étienne, dont le grand-père, Antoine Alfred, poissonnier au marché couvert, était l’un des plus célèbres pêcheurs de la rivière des Marsouins. « Il ne savait pas lire mais il savait que les bichiques allaient monter demain. Pour pêcher les bichiques, il faut connaître la lune, la rivière, les vents, ça ne s’improvise pas », commente son petit-fils.

Anselme Annibal (à gauche) souhaite une réduction de la durée de l'interdiction de pêche.

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"Plus de devoirs que de droits"

La famille ne peut que confirmer la baisse de la ressource, alors qu’au début des années 90, des pêches de plusieurs tonnes étaient encore possibles. « Les bichiques entraient dans le tuba, on pouvait pêcher à la main, on a connu ça, mais n’importe qui est venu dans la rivière, par appât du gain », raconte Patrick.

Un tableau appartenant au passé, même si des montées plus significatives ont eu lieu en fin d’année dernière. S’ils continuent, c’est d’abord par « héritage, pour la famille. Les enfants ne veulent même pas regarder le bichique, ne parlons pas de travailler dedans ».

Concernant la réglementation, « ça a amélioré certaines choses. Avant, c’est vrai qu’il y avait un vide juridique, il n’y avait pas de lois, tout le monde pouvait rentrer dans l’eau. Mais les pêcheurs ont supporté plus de devoirs que de droits. Pour donner un carri à sa famille, il faut encore le déclarer, mais la ressource reste en déclin », juge Stéphane.

La famille se dit elle aussi favorable à une interdiction de pêche ramenée à trois mois, en hiver, mais aussi à une adaptation de la réglementation selon les embouchures : « Dans chaque rivière on pêche différemment. À la rivière des Roches, la mer rentre dans la rivière ; à la rivière du Mât, ce sont de petits canaux ; ici, la rivière rentre dans la mer ».

102 contrôles opérés en 2024

Reste une demande commune à tous les pêcheurs interrogés : renforcer toujours plus la lutte contre le braconnage, particulièrement en fin d’année. Une contrepartie forte demandée par les pêcheurs à l’interdiction de pêcher pendant six mois. Trois ans après, la lutte s’est bien renforcée.

De mars 2024 à février 2025, 102 contrôles ont ainsi été réalisés. C’est 40 % de plus en nombre de contrôles par rapport à 2023, grâce au déploiement de moyens supplémentaires et à une meilleure coordination entre les différents acteurs (Fédération de pêche, DMSOI, OFB, gendarmes…). Parmi les plus grosses prises : une amende de 10.000 euros infligée en décembre à des braconniers contrôlés avec près de 200 kilos de bichiques.

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Des brigades d’éco-gardes ont ainsi été créées dans le Nord et dans l’Est après la signature de conventions entre la Cinor, la Cirest et les associations de pêche. Un projet est aussi en cours avec le TCO.

Le bilan sera présenté dans les prochains mois aux pêcheurs, en même temps que la concertation autour du renouvellement de l’arrêté réglementant la pêche des bichiques.

Etiquettes : Bichiques | Environnement

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