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Pollution, prélèvements, climat : ce que dit le dernier état des lieux de l’eau à La Réunion

Ecrit par S.I. – le samedi 28 juin 2025 à 08H02

Face aux pressions croissantes sur les milieux aquatiques, le Comité de l’eau et de la biodiversité (CEB) a tenu une séance plénière cette semaine. Diagnostic territorial, stratégies de gestion et lancement de projets structurants ont rythmé cette rencontre majeure pour l’avenir hydrique de l’île.

Réuni à la Cinor cette semaine, le Comité de l’eau et de la biodiversité (CEB) a rassemblé l’ensemble des parties prenantes impliquées dans la gouvernance de l’eau et de la nature à La Réunion : représentants de l’État, des collectivités comme l'Agence régionale de la biodiversité (ARB), des usagers et experts. Cette instance locale de concertation a examiné les avancées du futur cycle 2028-2033 de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), validé un nouveau plan d’actions de gestion de la ressource, et fait le point sur des problématiques clés, comme la pêche des bichiques ou les projections climatiques à l’horizon 2100.

Cours d’eau : un état écologique en amélioration, mais encore fragile

Entre 2015 et 2025, l’état écologique des cours d’eau réunionnais s’est amélioré. Alors qu’aucun cours d’eau n’atteignait un bon état écologique en 2015, ils sont désormais 17 % à être classés ainsi. La majorité (75 %) reste en état moyen, et 25 % en état médiocre. Aucun cours d’eau n’est toutefois classé en "mauvais état", ce qui marque une avancée notable.

Sur le plan chimique, 88 % des masses d’eau sont jugées en bon état, contre seulement 17 % dix ans plus tôt. Les efforts doivent néanmoins se poursuivre, notamment à travers la réduction des intrants agricoles dans les rivières Saint-Jean et Sainte-Suzanne, l’effacement de barrages obsolètes (Beauvallon, Paniandy, Bengalis, Bourbon) et la lutte contre le braconnage.

Étangs : un état chimique en nette dégradation

Le diagnostic est plus alarmant du côté des étangs. En 2025, seulement un tiers d’entre eux sont considérés en bon état écologique, une proportion qui stagne. Leur état chimique, en revanche, se dégrade fortement : 67 % sont désormais classés en mauvais état, contre 33 % en 2015.

Des mesures sont recommandées, notamment à l’Étang du Gol et à l’Étang de Saint-Paul : limitation de la pollution agricole, amélioration de l’assainissement et de la continuité écologique.

Eaux souterraines : un bon état global, mais des déséquilibres localisés

Les eaux souterraines restent majoritairement en bon état : 81 % pour le volet quantitatif et 74 % pour le volet chimique. Cependant, des déséquilibres importants persistent dans certaines zones, en raison de prélèvements excessifs, d’intrusions salines ou de pressions agricoles sur les zones de captage.

Selon les données du SDAGE, 9 masses d’eau souterraines sur 27 sont aujourd’hui en déséquilibre quantitatif. Ces déséquilibres touchent notamment Saint-Gilles, Pierrefonds, l’Étang-Salé et la Plaine du Gol — des zones marquées par une forte activité agricole, touristique ou résidentielle.

Eaux littorales : une dégradation préoccupante

Après des progrès jusqu’en 2019, la qualité écologique des eaux littorales connaît une tendance à la baisse. Alors que 67 % des masses d’eau étaient en bon état en 2019, cette part pourrait tomber à 50 % en 2025. Plus inquiétant encore, 8 % des zones littorales sont désormais classées en état médiocre. L’état chimique reste cependant stable, avec 100 % des masses d’eau en bon état sur la période 2015-2025.

L’Office de l’Eau Réunion rappelle l’objectif du SDAGE : atteindre 75 % de masses d’eau en bon état d’ici 2027. Pour cela, des actions prioritaires sont identifiées : lutte contre l’érosion des sols, raccordement des logements non desservis par un réseau d’assainissement et réduction des apports en nitrates et pesticides.

Des prélèvements excessifs dans les cours d’eau

Enfin, la pression exercée par les prélèvements reste une préoccupation majeure. Neuf cours d’eau sur vingt-quatre sont aujourd’hui soumis à une forte ou très forte pression de prélèvement. Parmi les plus concernés : la Rivière Saint-Denis, la Rivière des Galets (aval), le bras Sainte-Suzanne, les cirques de Mafate et Cilaos, la Ravine Saint-Gilles, le bras de la Plaine et la Rivière de l’Est.

Face à ce constat, les membres du CEB ont validé une nouvelle feuille de route visant à mieux gérer et protéger la ressource en eau d’ici 2027. Ce plan d’actions intègre les mesures du Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), du Plan eau DOM et du Plan eau gouvernemental lancé en 2023. Il prévoit notamment des actions ciblées sur certaines rivières comme la Saint-Jean ou la Sainte-Suzanne, des travaux d’effacement de seuils hydrauliques jugés obsolètes, et une intensification de la lutte contre le braconnage aquatique. La pêche des bichiques, dont la régulation est en vigueur depuis fin 2021, fait d’ailleurs l’objet d’un premier retour d’expérience, qui devrait permettre d’ajuster les mesures de gestion.

Une volonté d’agir collectivement

"Nous avons stoppé la dégradation des masses d’eau. Mais il faut désormais progresser. Il est temps de rééquilibrer les prélèvements et d’envisager l’interconnexion des réseaux pour plus de solidarité territoriale", a souligné Gilles Hubert, président du CEB et vice-président du Département de La Réunion.

Autre avancée importante, le lancement officiel du projet stratégique Explore 2 – La Réunion, qui vise à accompagner le territoire dans son adaptation au changement climatique. Ce projet prévoit l’élaboration de projections climatiques et hydrologiques jusqu’en 2100 et la co-construction d’une feuille de route commune, avec l’ensemble des acteurs de l’eau et de la biodiversité. La version finale de cette feuille de route est attendue d’ici fin 2025.

Les membres du CEB ont par ailleurs adopté deux motions : l’une visant à renforcer la qualité de l’eau potable à La Réunion, notamment en améliorant les dispositifs de potabilisation, l’autre en soutien à l’Office français de la biodiversité (OFB) pour son rôle dans la surveillance et la protection des milieux aquatiques.

Les échanges ont également porté sur les nécessaires rapprochements entre les politiques d’aménagement et les stratégies de gestion de l’eau. À ce titre, l’ARB et le CEB ont souligné l’importance de mieux articuler le SDAGE et le Schéma d’aménagement régional (SAR). "Le SDAGE est supérieur au SAR. Il faut donc que la réflexion sur l’eau et la biodiversité irrigue toute la politique d’aménagement de La Réunion. Nous devons agir ensemble", a conclu la présidente de l'ARB, Ericka Bareigts.

Etiquettes : Eau

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