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Dispositifs de sûreté incomplets, procédures floues et conditions de travail dégradées : le rapport qui plombe la Brink’s de Mayotte

Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 27 mai 2026 à 06H03
Les locaux de la Brink's dans le quartier de Kaweni, à Mamoudzou.

Après la dénonciation par la CFTC de méthodes de management humiliantes au sein de l’entreprise de transport de fonds, la Brink’s de Mayotte a commandé une mission d’évaluation des risques psychosociaux auprès d'un cabinet spécialisé. Les conclusions, accablantes, seront présentées le 28 mai lors d’un CSE extraordinaire au siège de la société à La Réunion.

Pour la direction de la Brink’s, il s‘agissait d’un simple « recadrage » envers un jeune salarié, dans un contexte de tension au sein de la société en raison de la « disparition » d’une somme de 300.000 euros « en dépit de procédures de contrôle très strictes ».

Retour en arrière. Le 7 mai 2025, sur le site de la Brink’s de Kaweni à Mamoudzou, le gérant de la Brink’s de La Réunion Patrick Liegard s’en est pris publiquement à un salarié, de manière pour le moins choquante selon plusieurs témoins. Avant de s’en excuser en aparté auprès de la victime encore sous le choc, après avoir compris qu’il s’agissait d’un quiproquo : le jeune salarié d’une vingtaine d’années à qui il venait de passer un savon n’était pas celui que ses collaborateurs lui avaient désigné comme étant fautif d’un comportement jugé comme inapproprié.

Un délégué syndical de la CTFC menacé de licenciement

Une affaire qui en dit long sur le fonctionnement chaotique du service de comptage de fonds de la Brink’s de Mayotte, où travaillait l’employé jeté en pâture, comme l’a révélé Zinfos974 en octobre dernier.

Lire aussi : La disparition de 300.000 euros sème le trouble à la Brink's de Mayotte

Après l’affichage d’un tract de la CFTC dénonçant des agissements aux aspects « raciste, dévalorisant et esclavagiste » à la Brink’s de Mayotte, Patrick Liegard a engagé une procédure de licenciement contre le délégué syndical David Balthazar et l’a cité à comparaître pour diffamation devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis de La Réunion.

Parallèlement à ces deux procédures toujours en cours, la Brink’s de Mayotte a engagé la société AMY Conseil OI pour une mission d‘évaluation des risques psychosociaux, de la qualité de vie et des conditions de travail. Les conclusions du rapport, qui seront présentées ce jeudi 28 mai aux élus du CSE au siège de l’entreprise de transport de fonds dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis, sont édifiantes.

Le rapport RPS (risques psychosociaux) vient confirmer l’état de quasi délabrement des locaux et équipements de l’entreprise à Mamoudzou, dénoncé par la CFTC mais aussi par les témoignages recueillis par Zinfos974.

Risque d'incident grave lié aux failles de sécurité

« Parc matériel défaillant », « dispositifs de sureté incomplets », « procédures floues ou non appliquées », « conditions de travail dégradées (chaleur, poussière, équipements de protection individuelle) » ou encore « climat de défiance envers la direction » figurent parmi les « faiblesses » structurelles de l’entreprise pointées par le cabinet d’audit.

Lire aussi : Transport de fonds : l'intersyndicale demande au préfet « des sanctions exemplaires » pour les manquements à la sécurité

Des faiblesses qui pourraient occasionner un « incident grave lié aux failles de sécurité », peut-on lire dans le rapport, lequel souligne aussi que l’absence constatée d’un DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) signifie que la faute inexcusable de la société pourra être retenue en cas d’accident de travail.

Principal point critique des locaux de la Brink’s de Mayotte, la salle de comptage est qualifiée « d’insalubre » par le rapport RPS. Pour rappel, c’est dans cette salle de comptage, où sont installées les vieilles machines à compter les pièces de monnaies et les billets de banque, que travaillent dans des conditions exécrables les Mahorais embauchés par la société, assis à même le sol dans la poussière.

Rappel sur l'obligation de formation des agents de sécurité

La persistance d’un management distant est évoquée, avec des « risques de contentieux pour harcèlement moral », tandis que le respect des obligations dues au CSE est rappelé. Le cabinet d’audit fait par ailleurs observer que la formation et l’habilitation des convoyeurs de fonds relèvent elles aussi de l’obligation, les agents de sécurité privée se devant de détenir une carte professionnelle.

Lire aussi : La Brink's poursuit l'inspection du travail pour son refus de licencier un salarié protégé

Signe que le fondement même du fonctionnement de la direction de l’entreprise pose question, le cabinet AMY Conseil OI rappelle que « toutes les opérations de sécurité doivent faire l’objet de procédures écrites, sécurisées et accessibles », et que la responsabilité civile de la société pourra être engagée en cas de perte de fonds.

Huit non-conformités majeures recensées

Le rapport de mission d‘évaluation établit « un niveau d‘alerte élevé » avec huit non-conformités majeures recensées en matière de santé-sécurité, d’organisation du travail et de prévention des risques psychosociaux.

De quoi conclure à une « exposition significative aux risques psychosociaux » pour les salariés de la Brink’s de Mayotte, une évaluation confortée par le fait que l’entreprise est touchée par un important turn-over. Des signaux très alarmants qui ne manqueront pas d’être soulevés par le syndicat CFTC lors du CSE extraordinaire de ce jeudi 28 mai.

Le siège de la Brink's dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis.
Etiquettes : Brinks | Mayotte

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