Discriminations : Aurore Bergé dialogue avec 200 Réunionnais

Après avoir lancé dans la matinée l’initiative nationale “Talents de France”, la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a rencontré ce vendredi après-midi 200 Réunionnais(es) autour d’un “ron kozé” destiné à nourrir la future stratégie gouvernementale contre les discriminations. Une démarche participative que la ministre entend dupliquer dans chaque région.
À La Réunion, où la jeunesse et le chômage demeurent des enjeux majeurs, la ministre a choisi de lancer “Talents de France”, un dispositif centré sur l’égalité des chances par l’emploi. Il s’appuie sur un test inédit par son ampleur : 16 000 CV équivalents seront envoyés en réponse à 4 000 offres réelles afin d’évaluer l’effet du nom, du prénom, de l’adresse ou encore du sexe sur l’accès à un entretien.
“On a des Français qui ne manquent pas de talent et qui nous disent ‘je reste à la porte’. C’est un paradoxe et un formidable gâchis humain et économique”, a déclaré Aurore Bergé devant les participants réunis dans une salle de la Nordev.
La ministre insiste sur la nécessité de mesurer objectivement les discriminations mais aussi d’agir dès maintenant : “On n’allait pas attendre d’avoir les résultats. On lance des consultations dans toutes les régions pour construire des solutions plus efficaces.”

"La capacité à parler sans s'invectiver"
Installés en petits groupes, les 200 participants ont échangé autour de trois grandes thématiques liées à l’avenir du territoire : l’égalité des chances, la mobilité et l’insertion professionnelle. Aurore Bergé a parcouru les tables pour écouter les propositions et rappeler l’esprit du dispositif : “L’objectif de ce rond kozé, c’est vous écouter. Talents de France, c’est bien tous les talents et tous les territoires.”
La ministre a également salué cette pratique locale du débat : “J’ai découvert cette jolie formule, qu’on pourrait parfois reprendre à l’Assemblée nationale : la capacité à se parler sans s’invectiver.”
Langue créole, mobilité, ouverture internationale... Les propositions des participants
Plusieurs tables ont présenté leurs contributions. L’une d’elles a insisté sur la valorisation de la langue créole et sur un élargissement de l’offre de formations. “On n’a pas beaucoup de choix ici et on est un petit peu loin des choses”, a résumé une participante, évoquant la nécessité de mieux accompagner les mobilités vers les études supérieures, ainsi que le renforcement de l’apprentissage de l’anglais pour ouvrir davantage de perspectives, notamment vers Madagascar ou Maurice.
Une autre synthèse a mis en avant l’importance de “favoriser les mobilités temporaires et choisies”, de faciliter l’accès financier aux études sélectives et de mieux orienter les jeunes vers les opportunités locales. Les participants ont aussi souligné la nécessité d’améliorer transports, logements et information, jugeant indispensable de “réduire les inégalités sociales”.

Renforcer la lutte contre les discriminations territoriales
Plusieurs interventions ont porté sur les discriminations liées à l’origine sociale ou au lieu d’habitation. Jélicia, engagée auprès du Défenseur des droits, a rappelé l’impact des inégalités de départ : “Il suffit juste qu’on tombe dans la mauvaise famille ou dans le mauvais quartier et on a des opportunités qui passent devant nous.” Son groupe propose notamment de renforcer l’accès à l’information dans les quartiers et d’étudier une “loi sociale” pour mieux protéger les enfants vulnérables.

Une démarche étendue à toutes les régions
Interrogée, Aurore Bergé a confirmé que ce format serait reproduit partout en France, adapté aux spécificités locales : “L’idée, c’est de faire ça dans chaque région. Dès le lendemain de la publication des résultats du testing, on veut pouvoir mettre des propositions sur la table.”
La ministre assure que les contributions seront prises en compte dans la préparation d’un futur plan d’action contre les discriminations, y compris territoriales : “L’adresse qu’on met sur un CV renvoie à certains imaginaires. Certains changent même leur adresse par crainte de ne pas être pris au sérieux. C’est insupportable.”
Aurore Bergé promet un suivi : “Dans six mois, ils pourront juger sur pièces que ce dont on se parle ici, on va vraiment le reprendre dans les politiques que l’on portera.”
Une démarche participative appréciée par toutes les personnes interrogées ce vendredi après-midi à la Nordev, mais avec l'espoir que ces discussions donnent lieu à un véritable plan d'actions.


