Aurore Bergé lance “Talents de France” à La Réunion pour lutter contre les discriminations à l’emploi

En déplacement officiel à La Réunion, la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a présenté ce vendredi à la préfecture le nouveau dispositif national “Talents de France”. Une initiative ambitieuse destinée à combattre les discriminations à l’embauche et à lever les freins qui empêchent encore trop de parcours professionnels de se concrétiser, notamment dans les territoires ultramarins.
“Quand l’égalité progresse ici, c’est toute la France qui avance”
Pourquoi La Réunion pour ce lancement national ? Pour la ministre, le symbole est fort. “La Réunion n’est pas une périphérie de la République, elle en est une expression pleine et entière”, a-t-elle affirmé, saluant un territoire “jeune, dynamique, diverse”, où se concentrent avec une intensité particulière les grandes problématiques françaises : accès à l’emploi, reconnaissance sociale et lutte contre les déterminismes.
Dans un contexte marqué par un sentiment de déclassement et de défiance, Aurore Bergé a rappelé que plus d’un Français sur trois estime que sa situation sociale va se dégrader, tandis que deux Français sur trois jugent ne pas recevoir le respect qu’ils méritent. Une réalité qui, selon elle, fragilise la cohésion nationale lorsque la réussite semble “réservée à une autre France”.
Un constat sans détour sur les discriminations
Au cœur du diagnostic dressé par la ministre : les discriminations persistantes dans le monde du travail. “Un Français sur trois a subi une discrimination liée à l’emploi ces cinq dernières années”, a-t-elle souligné, dénonçant un “gâchis humain et économique” alors même que de nombreux secteurs – industrie, santé, numérique, transition écologique, énergie ou encore intelligence artificielle – font face à une pénurie de compétences.
À La Réunion, ces obstacles prennent des formes spécifiques : insularité, coût et durée des déplacements, difficulté d’accès à la formation, manque de réseaux professionnels ou encore difficulté pour les talents partis se former hors de l’île à revenir et trouver leur place sur leur territoire d’origine.
“Talents de France”, une initiative fondée sur deux piliers
Face à ces constats, “Talents de France” repose sur deux piliers indissociables : la mesure objective des discriminations et l’action collective.
Premier volet du dispositif : un testing massif et inédit lancé à l’échelle nationale. Plus de 16.000 CV ont été envoyés en réponse à 4.000 offres d’emploi réelles, couvrant 20 secteurs d’activité, afin d’évaluer objectivement les discriminations selon quatre critères : le sexe, le prénom, le nom de famille et l’adresse. Les premiers résultats seront rendus publics en juin, avec un engagement de transparence assumé par la ministre : “Sans vérité, il n’y a pas d’action”. L’objectif est clair : disposer de données solides pour orienter les politiques publiques et interpeller les acteurs économiques.
Second pilier : l’action. Aurore Bergé lance six mois de mobilisation nationale, réunissant plus de 30.000 entreprises partenaires, aux côtés des fédérations professionnelles, chambres consulaires (CCI, CMA, chambres d’agriculture), associations, collectivités, France Travail, missions locales et acteurs de l’insertion.
L’ambition est de repérer, valoriser et diffuser les pratiques exemplaires déjà à l’œuvre sur les territoires : nouvelles méthodes de recrutement, accompagnement renforcé, dispositifs de formation adaptés, ou encore actions de lutte contre les biais à l’embauche.
“Les pionniers ne doivent plus être des exceptions, mais des éclaireurs”, a insisté la ministre, appelant à transformer les réussites locales en leviers nationaux.
Une méthode de terrain adaptée aux réalités locales
Pensé comme une démarche ancrée dans les territoires, “Talents de France” se veut évolutif et pragmatique. Le lancement à La Réunion marque le point de départ d’un tour de France des talents, que la ministre mènera dans l’ensemble de l’Hexagone et des Outre-mer.
“Nos outre-mer ne sont pas une case que l’on coche en fin de parcours”, a-t-elle rappelé, affirmant sa volonté de faire de l’égalité réelle un moteur de cohésion et de développement.
Une “arme anti-fatalité” pour l’égalité des chances
En conclusion, Aurore Bergé a résumé l’esprit de la démarche : “Talents de France, c’est une arme anti-fatalité”. Un outil pour rappeler qu’en France, nul ne doit être assigné à résidence par son origine, son prénom ou son code postal, et que le travail reste le premier levier d’émancipation et de dignité.
Un message fort, lancé depuis La Réunion, avec l’ambition affichée de libérer les talents partout où ils se trouvent.


