Dimanche créole

J’ai sucé, en étant petit,
Le doux jus de la canne à sucre ;
C’était un goût de paradis,
Un éclatant reflet de lucre.
Soudain, les souvenirs lointains,
Vrais sédiments de ma mémoire,
Par un véritable regain
Surgissent de façon notoire.
Je revois le petit village
Accroché au Piton Saint-Leu,
Puis, au milieu de cette image,
Un frémissement de flots bleus.
A la fin de la grande messe,
De tous les dimanches matin,
Quelques fidèles en liesse,
Heureux d’oublier leur latin
Se dirigeaient vers le « chinois »,
Ce dernier salon où l’on cause,
Où le rhum coule chaque fois,
Bien contents de faire une pause :
S’asseyant sur des sacs de riz,
Regardant la publicité
Montrant Shanghai ou bien Paris
On était calme, on s’en fichait
Et le « chinois » imperturbable,
Tout en tripotant son boulier,
Ajustait un œil implacable
Sur des gestes injustifiés
../..
La vie s’écoule, le temps passe.
Bientôt le repas de midi
Arrivera bien, quoiqu’on fasse,
Brisant cet ennui qui grandit.
Ritournelle du temps passé,
Douce musique de l’enfance,
Vous ne m’avez jamais lassé.
Je n’oublierai pas ces dimanches.
Dans ce coin perdu de mon île,
Cerné par l’espace et le temps,
Noyé dans mon désir futile,
J’attendais mon premier printemps.
Max


