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Cour criminelle : l’éducateur de la PJJ reconnaît "des faits particulièrement monstrueux"

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 27 janvier 2026 à 06H05

Un ancien éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse comparaît depuis hier matin devant la cour criminelle, suspecté de viols et d’agressions sexuelles sur quatre jeunes garçons âgés de 14 à 16 ans. Incarcéré depuis 2023, Richard Derand, 56 ans, reconnaît avoir usé de son autorité pour abuser de victimes particulièrement fragilisées que la justice avait placé sous sa protection.

« Je vous salue pour votre courage et votre ingéniosité car c’est grâce à vous si nous sommes là pour juger l’auteur de ces infractions à caractère sexuel qui est un éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). » C’est par ces mots que l’avocat général, Antoine Tur, a tenu à remercier l’adolescent de 14 ans qui a permis à la justice de mettre hors d’état de nuire un des siens, Richard Derand.

A l’époque, le collégien au parcours scolaire chaotique et à la vie familiale décousue, bien qu’il grandisse aux côtés d’une mère aimante, est suspecté par la justice d’avoir imposé une relation sexuelle à une jeune fille. Une éducatrice de la PJJ s’occupe de son suivi. Mais en juillet 2022, celle-ci s’absente. Il est alors confié aux bons soins de son collègue Richard Derand. Le quinquagénaire, qui est censé évaluer sa situation, a une autre idée en tête quand il l’invite à déjeuner au Burger King. Tous deux prennent une formule à emporter pour la partager à l’Etang de Bel Air.

" Il met la main dans ma culotte pour me masturber"

Le gamin se retrouve dans la voiture de son éducateur. Celui-ci n’attend pas d’arriver à destination pour passer à l’action. « Pendant qu’il conduit, il met la main dans ma culotte pour prendre mon zizi et me masturber », explique le jeune homme à la barre. Tétanisé, il ne réagit pas sur l’instant. « Je suis choqué », confie-t-il devant la cour criminelle. Une fois sur place, l’éducateur lui impose une fellation. Puis il le raccompagne en lui recommandant « de ne pas en parler ». Comme pour acheter son silence, il lui tend un ticket pour un repas au fast-food.

En rentrant chez lui, l’adolescent se précipite dans la salle-de-bains. Il prend plusieurs douches d’affilée en vidant des bouteilles de savon comme pour mieux se débarrasser des souillures qui lui a infligé son éducateur. Il en ressort en pleurs et il fait le choix de briser le silence. Mais chez lui, personne ne prend son récit au sérieux. Sa mère refuse de croire que le quinquagénaire, aux allures de papy gâteau, avec ses lunettes cerclées de métal, ses cheveux blancs et sa barbe a pu abuser sexuellement de son fils.

" Je ne l’ai pas cru car c’est un bonhomme qui travaille avec la justice "

C’est d’autant plus inimaginable que cet homme, en apparence bienveillant, est auréolé du titre d’éducateur spécialisé et qu’il est missionné par la justice pour protéger les mineurs en grande difficulté. « Il m’a dit qu’il était pédé et qu’il faisait des trucs mais je ne l’ai pas cru car c’est un bonhomme qui travaille avec la justice », déplore-t-elle. Pire, loin de se douter que le loup est dans la bergerie, elle insiste pour que son fils continue de le voir…

Quatre jours plus tard, Richard Derand et l’adolescent se retrouvent devant un hôtel de Saint-Pierre qui jouxte les locaux de la PJJ. Sous couvert de faire une carte de bus, l’éducateur le fait entrer en lui disant de mettre une veste et sa capuche sur la tête par soucis de discrétion. Une fois dans la chambre d’hôtel, l’éducateur abuse de lui pour la seconde et dernière fois. Car l’adolescent a la présence d’esprit de le piéger.

"J’ai filmé la scène avec le téléphone qu’il m’avait passé pour regarder des pornos "

L’éducateur, sans doute sûr de son impunité, lui confie un téléphone portable pour immortaliser la scène. Sur la vidéo, diffusée à l’audience, Richard Derand apparaît assis dans un fauteuil, en débardeur rouge et cuisses nues. Tandis qu’il passe un coup de fil avec un autre portable, il caresse en toute décontraction le sexe du garçon. « J’ai filmé la scène avec le téléphone qu’il m’avait passé pour regarder des pornos. Puis j’ai envoyé la vidéo sur mon compte en Instagram », témoigne la victime. Une fois fait, il désinstalle l’application du portable. Ni vu ni connu.

Au-delà de cette courte scène, l’insupportable huis clos s’étire pendant près de deux heures où l’adolescent doit se soumettre à des caresses sous la douche et des fellations. Quand le calvaire s’achève, il rentre chez lui où il repasse une fois encore sous la douche dans l’espoir d’effacer les traces de son calvaire. Sauf que cette fois, il a la preuve irréfutable que l’éducateur est un vrai pervers.

"Il a détruit mon marmaille et ma vie ! "

En visionnant la vidéo, les siens ne peuvent faire autrement que de le croire et une plainte est déposée auprès des gendarmes. L’avocat général cherche à savoir pourquoi il ne s’est pas enfui devant l’hôtel. « Parce qu’il m’a dit d’attendre et parce qu’il ne m’a pas expliqué tout de suite ce qu’il voulait… », se remémore celui qui n’avait que 14 ans et une peur bleue de ce référent qui incarnait la loi.

A la barre de la cour criminelle, la mère du jeune homme laisse échapper sa colère contre cet homme qui lui a volé son fils. « Il a détruit mon marmaille et ma vie ! Il est facile de dire des excuses mais il ne fallait pas le faire. Ou travaille pour la loi… C’est ça les ordres de la loi ? Mi retiens a moin… », tonne-t-elle comme si elle était prête à bondir sur l’accusé. Car cet homme qui ne perd pas une miette des débats, pas même la vidéo de ses exploits diffusée sur grand écran, a brisé leur relation, semble-t-il pour longtemps.

"Je reconnais les interdits, les lignes franchies pour commettre une telle atrocité"

Invité à s’exprimer après les accusations portées par la victime, Richard Derand se veut repentant. « Je ne suis pas forcément d’accord avec la totalité de son récit mais je suis tellement confus et honteux que je n’ai pas les mots pour qualifier ce que j’ai fait à ce jeune garçon », glisse-t-il. Mais très vite, l’accusé change de registre en se remettant dans la peau de l’éducateur qu’il ne sera plus. « C’est une jeune avec une histoire complexe qui se cherchait et qui avait besoin d’appuis solides. Malgré ses difficultés, il avait quelque chose sur lequel s’appuyer pour tracer un petit chemin de vie… »

La présidente finit par recentrer les débats. « Il s’est dit choqué et sidéré par ce que vous lui avez fait subir… » « Je peux comprendre qu’il était dans cet état-là car ce sont des faits particulièrement monstrueux. C’est une vie que j’ai complètement abimée et détruite. Je reconnais les interdits, les lignes franchies pour commettre une telle atrocité », s’autoflagelle Richard Derand avant d’entamer un flash-back sur sa propre adolescence en émoi. « Je fantasmais sur mes professeurs de collège et j’avais le désir de coucher avec eux. J’aurais voulu que ces hommes là fassent le premier pas », explique-t-il pour la première fois comme s’il cherchait à excuser son comportement.

" J’avais mis tout ça au fond de moi…"

« Vous travaillez sur les violences sexuelles dans votre métier mais vous n’en parlez pas pour vous faire aider par des professionnels et empêcher un passage à l’acte », coupe la présidente. « J’avais mis tout ça au fond de moi… », se dérobe l’accusé.

Mais les gendarmes ne se sont pas contentés d’entendre celui qui avait dénoncé les faits. Fouillant dans le passé professionnel de Richard Derand, ils ont retrouvé la trace de trois autres victimes qui ont accepté à leur tour de briser le silence. Le deuxième garçon qui s’approche de la barre est aujourd’hui âgé de 28 ans. A l’époque où il a eu à faire à l’éducateur de la PJJ, il était en classe de 4ème. Et un brin délinquant pour avoir volé des jus de fruits Diego.

" Le dimanche après-midi dans les locaux de la PJJ, à l’hôtel, dans la nature…"

Quand Richard Derand a abordé le sujet pour la première fois, ils étaient en voiture. « Il m’a demandé si je me prostituais pour acheter mes vêtements. On a rigolé. Il m’a demandé si j’avais déjà eu des relations avec des hommes. Il m’a proposé du sexe. Comme j’étais dans la galère, j’ai fait des trucs pour qu’il me paie un peu. » Il l’a laissé abuser de lui « pour 15 à 20 euros pendant 30 à 45 minutes ».

En deux ans, les rencontres sont allées crescendo. Deux à trois fois par semaine au début. Caresses, masturbations, fellations et rapports sexuels complets. A deux ou avec d’autres partenaires. Et toujours la même consigne : « Il ne faut pas en parler. » A domicile, les séances commencent sous la douche. Mais elles ont lieu un peu partout. « Le dimanche après-midi dans les locaux de la PJJ, à l’hôtel, dans la nature, chez lui, dans les hauts de Langevin, à la Souris Chaude… »

"Vous avez dit que c’est lui qui vous a emmené dans ce monde… "

Le jeune homme a pensé que « c’était quelqu’un qui pouvait me protéger ». Il précise d’ailleurs qu’il « a essayé de jouer le rôle du père » avec lui. En fait, il s’est débrouillé sans l’aide de l’éducateur. « Vous avez dit pendant l’enquête que c’est lui qui vous a emmené dans ce monde… » « C’est à cause de lui que je suis attiré aujourd’hui par les hommes », précise le jeune homme qui reconnaît sa bisexualité.

« C’était un éducateur, il était plus âgé que vous de presque 30 ans, vous n’étiez pas attiré par lui, il vous forçait, vous faisait mal et vous donnait de l’argent… Vous en pensez quoi aujourd’hui ? » « Je restais dans le silence… », conclut-il. Aujourd’hui, la journée est notamment consacrée à l’interrogatoire de l’accusé.

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