Le premier hôtel en containers de La Réunion, “site pilote” de la construction modulaire

Le premier hôtel entièrement construit à base de containers maritimes recyclés est en train de sortir de terre à Sainte-Suzanne. Porté par Joël Narayanin, fondateur de la société EM2R, le Gayatri est fabriqué à partir de modules assemblés dans l'île. Une réponse locale et adaptée à l’époque et à la crise du logement pour l’entrepreneur.
Une sorte d’application grandeur nature de ce que le public peut continuer de découvrir jusqu’à ce soir sur le stand de la société EM2R à la Nordev. La société est spécialisée dans la construction modulaire hors site. Son produit phare : des modules livrés clés en main, meublés et équipés, clim compris. Le tout prêt à être installé car préfabriqué dans l’usine de la société à Saint-Pierre. « On ne subit pas les contraintes du chantier », argumente le dirigeant de l’entreprise, Joël Narayanin, propriétaire de l’hôtel Akoya et acteur de longue date dans les domaines du BTP et du logement.
Leur particularité : ils sont fabriqués à base de containers maritimes recyclés et isolés avec des panneaux à base de matériaux composites en partie recyclés. « On ne parle pas de bungalows en algécos mais de véritables maisons d’habitation », cadre le chef d’entreprise. Mais ces modules sont-ils résistants aux éléments alors que La Réunion a été balayée par le cyclone Garance ?
“Rien n’a bougé avec Garance”
En guise de réponse, il nous fait découvrir le chantier d’un nouvel hôtel qu’il est en train de faire sortir de terre au cœur de Sainte-Suzanne, en face du Bocage, sur un terrain familial bordé par les champs de cannes et la rivière. Ou plutôt un futur meublé de tourisme qui sera constitué de 50 modules capables d’accueillir de 2 à 6 personnes. Le premier hôtel fabriqué à base de containers maritimes recyclés.

Les modules de 40 pieds sont tout confort avec cuisine intégrée, salle de bain, varangue, chambres séparées et moustiquaires intégrés. « Tout a résisté au cyclone, la construction a débuté en décembre et les modules étaient déjà en place, rien n’a bougé en termes de fixation, il n’y a pas eu de dégâts alors que nous sommes dans la zone qui a été la plus exposée et touchée », assure l’entrepreneur. Face au vent, un container standard de 40 pieds affiche de base un argument de taille : un poids à vide de plus de 3 tonnes.
Initialement, le projet portait sur la construction d’un hôtel plus classique, mais après la crise du Covid, le chef d’entreprise a changé son fusil d’épaule : « Les hôtels avec trois, quatre étoiles, ça n'a plus de sens, avec l’économie qui est difficile, il faut réduire la voilure. Il faut réinventer le modèle de l’hôtellerie mais aussi proposer des hébergements plus abordables ».

La piscine est au Bocage
Le Gayatri sera aussi le tout premier véritable hôtel à ouvrir ses portes dans la commune, offrant une solution d’hébergement dans une région Est encore peu dotée en infrastructures touristiques. L’offre se veut plus accessible avec des nuitées comprises entre 80 et 100 euros.
Pas de piscine : « On retrouve déjà tout en face, au parc du Bocage, il y a un stade, une piscine, des terrains de tennis, un parcours de santé… On vient compléter les infrastructures existantes, c’est de la cohérence ». Le projet est présenté comme éco-responsable : en plus d’être construit à base de containers maritimes recyclés, il intègre une production solaire sur toiture avec batterie et un système de récupération des eaux pluviales qui seront ensuite utilisées pour l’arrosage des espaces verts.

Une statue de 7 mètres de Gayatri
Des vélos électriques seront proposés à la location : « On pourra aller jusqu’au Barachois en utilisant les voies sécurisées aménagées par les collectivités ».
L’ouverture de l’hôtel est prévue d’ici aux vacances de juillet. Il ne sera pas difficile à trouver, une statue de sept mètres de la divinité Gayatri devant faire son apparition dans un angle du terrain, en direction du soleil levant.

« Gayatri, ça veut dire bienvenue au soleil, cela a beaucoup de significations pour nous, avec ce projet, je veux rendre hommage à la mémoire de mon père et à notre histoire religieuse », commente l’entrepreneur qui ambitionne de faire de l'hôtel un « site pilote exemplaire » - et déclinable - de la construction modulaire made in Réunion. Il voit dans le produit une réponse adaptée au manque de logements et à la raréfaction du foncier. Une manière de construire qu’il présente comme « plus rapide, plus responsable et plus durable » et qu’il ambitionne de développer à l’échelle de l’île.



