Conflit en Iran : la Chambre d’agriculture alerte sur les risques pour l’agriculture réunionnaise

A l'occasion de l'assemblée plénière de la Chambre d’agriculture, Olivier Fontaine a évoqué de possibles répercussions du conflit en Iran et notamment des risques pour l’approvisionnement en intrants agricoles.. La séance a aussi examiné le compte financier 2025 de l’institution, qui confirme une amélioration progressive de sa situation financière, malgré une dette encore importante.
A peine une crise s'arrête, qu'une autre commence. Dans son discours prononcé ce mercredi lors de l'assemblée plénière de l'institution, Olivier Fontaine a évoqué la situation internationale et le conflit en Iran, alertant sur les conséquences possibles sur l’agriculture réunionnaise.
Le président de la Chambre d’agriculture a notamment évoqué l’importance du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial : « Le détroit d’Ormuz permet la libre circulation d’un tiers des volumes d’engrais du monde. Les gens n’ont pas conscience de l’impact de ce couloir géostratégique dans la circulation de gaz et d’engrais azotés », a-t-il expliqué.
Selon lui, toute perturbation dans cette zone pourrait rapidement se répercuter sur les coûts de production agricole.
« Cela concerne l’approvisionnement en matières premières pour les animaux, les outils de travail, l’impact sur les intrants et par rebond sur la pérennité de la production locale », a-t-il indiqué.
Une dépendance aux intrants importés
Interrogé sur le sujet à l’issue de la séance, Olivier Fontaine a évoqué les risques pour les exploitations réunionnaises.
« Cela pose des questions en termes d’approvisionnement pour les intrants agricoles, que ce soit le gasoil, le fuel ou même les engrais », s'inquiète-t-il. Selon lui, une hausse des coûts de production pourrait rapidement fragiliser davantage les exploitations.
« Tous les experts s’attendent à une augmentation de ces coûts. L’agriculture est déjà en très grande difficulté à La Réunion. Si les coûts de production augmentent encore, c’est le revenu de l’agriculteur qui risque de prendre le coup ».
"Sécuriser nos approvisionnements"
Face à ces incertitudes, la Chambre d’agriculture appelle les autorités à anticiper les effets de la crise. « On espère déjà sécuriser nos approvisionnements pour qu’on ait encore une capacité de produire », souligne Olivier Fontaine.
Il appelle également à une vigilance particulière des autorités françaises et européennes dans un contexte où l’on parle de souveraineté alimentaire : « On dépend encore de l’extérieur et il faut être vigilant à l’heure où on parle de souveraineté alimentaire ».
Pour le président de la Chambre d’agriculture, cette nouvelle crise révèle une nouvelle fois le besoin de plus d'indépendance et de développer des solutions locales, notamment à travers la valorisation des effluents d’élevage ou la structuration d’une filière d’engrais organiques.
Des inquiétudes renouvelées sur la PAC et le POSEI
Au-delà de la crise internationale, Olivier Fontaine est également revenu sur les incertitudes qui pèsent sur les politiques agricoles européennes. une motion des élus de la chambre a été lue sur le sujet, demandant le maintien du POSEI dans son cadre actuel.
« L’entrée en vigueur accélérée du Mercosur ne nous rassure en rien, tout comme la baisse annoncée du prochain budget de la PAC et les incertitudes actuelles sur le POSEI », a-t-il déclaré.
Pour lui, ces évolutions donnent le sentiment que les agricultures ultrapériphériques pourraient devenir « une variable d’ajustement économique ».
Présent lors de la séance, le directeur de la DAAF, Jacques Parodi, s’est voulu rassurant : « Soyez convaincus de la volonté du Gouvernement et de l’État de maintenir une politique agricole commune et de préserver les spécificités de nos territoires dans cette PAC », a-t-il déclaré.
Une situation financière en amélioration
L’assemblée plénière a également présenté le compte financier 2025 de la Chambre d’agriculture.
Pour l’exercice 2025, l’institution affiche un résultat positif de 85.609 euros contre moins de 10.000 euros fin 2024 et une capacité d'autofinancement de 91.850 euros, en hausse de près de 30.000 euros.
La trésorerie représente désormais 71 jours de fonctionnement contre 26 en 2025.
« Cela fait maintenant trois années que les comptes de la Chambre sont positifs », a rappelé Olivier Fontaine, évoquant une "stabilité retrouvée". Il rappelle que le compte financier 2018 "affichait un résultat négatif de 939.326 euros. Chacun fera son analyse des chiffres mais personne ne peut les contester. »
Une façon de renvoyer la responsabilité des difficultés financières de la chambre verte à la mandature qui avait précédé l'arrivée de la FDSEA-JA aux commandes de l'institution.
Une demande d'aide "exceptionnelle" en cours
Le président de la Chambre d’agriculture a toutefois rappelé que la trajectoire de redressement reste fragile.
« Nous savons que le chemin à parcourir est encore long et complexe mais nous sommes sur la bonne trajectoire avec cet unique objectif : renouer avec la stabilité qui était celle de l’institution avant 2015 ».
La Chambre d’agriculture continue ainsi de mettre en œuvre son plan de restructuration tout en poursuivant ses missions d’accompagnement auprès des exploitants.
Le directeur de la DAAF, Jacques Parodi, a salué les efforts engagés par l’institution : « Vous avez fait une partie du chemin, mais on n’est pas au bout. La qualité de la gestion et la qualité de la présentation des résultats sont largement encourageantes », a-t-il déclaré.
Il a notamment souligné les efforts réalisés pour maîtriser les dépenses, en particulier la masse salariale, dans le cadre du plan de restructuration engagé par la Chambre.
Concernant le soutien financier exceptionnel demandé par l’institution pour faire face au poids de sa dette, le directeur de la DAAF a indiqué que le dossier avait été relancé auprès du ministère.
Pour Olivier Fontaine, l’objectif reste désormais de poursuivre les efforts engagés afin de consolider la situation financière tout en maintenant le rôle de l’institution auprès des agriculteurs.
« Jamais nous ne laisserons cette Chambre être reléguée à de seconds rôles », a-t-il conclu.


